Depuis plusieurs semaines, les images venues de Gaza ne montrent plus seulement les immeubles pulvérisés ou les hôpitaux réduits à l’état de ruines. Elles dévoilent aussi des enfants aux ventres creusés, des visages émaciés, des familles réduites à faire bouillir de l’herbe pour survivre. L’arme de la faim est désormais utilisée à ciel ouvert, transformant le siège de Gaza en un laboratoire du génocide par privation.
Selon le Programme alimentaire mondial, plus de 80 % de la population de Gaza se trouve aujourd’hui en insécurité alimentaire sévère. Les Nations Unies parlent de « famine imminente », un terme rarement employé par leurs agences, tant il implique une situation de désespoir extrême. Dans le nord de l’enclave, certaines zones sont décrites comme étant « au seuil de la famine », avec des centaines de milliers de personnes privées d’accès à des denrées de base. Les convois humanitaires, déjà limités, sont régulièrement bloqués ou attaqués par des colons israéliens, souvent sous l’œil complice de l’armée ou pire lorsque l'armée génocidaire orchestrait des distributions de nourriture pour abattre en masse des civilis affamés qui devaient prendre le risque d'une balle dans la tête pour un sac de farine.
Le droit international est pourtant clair : l’article 54 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève interdit explicitement l’utilisation de la famine comme arme de guerre. Mais à Gaza, le régime coloniale israélien a transformé ce tabou absolu en pratique quotidienne. Les destructions ciblées des boulangeries, des entrepôts alimentaires et des infrastructures agricoles révèlent une stratégie méthodique visant à rendre la survie elle-même impossible. Il ne s’agit pas d’effets collatéraux, mais d’une entreprise organisée d’anéantissement.
Les témoignages qui remontent du terrain confirment cette logique implacable. Des mères racontent comment elles doivent choisir lequel de leurs enfants mangera, tandis que les ONG humanitaires expliquent ne plus pouvoir acheminer de farine ou de lait en poudre. La mort ne vient plus seulement des bombes : elle s’installe lentement, dans le vide de l’assiette, dans le cri étouffé d’un nourrisson qui ne reçoit plus de lait maternel parce que sa mère, affamée, n’a plus de lait à donner.
L’hypocrisie des grandes puissances ajoute une dimension insupportable à ce drame. Les États-Unis, tout en continuant à fournir des armes et une couverture diplomatique à l'occupation israélienne, parlent de « préoccupations humanitaires ». L’Union européenne, paralysée par ses divisions et ses dépendances, se contente de déclarations creuses. En laissant la famine s’installer, la communauté internationale valide un projet politique : celui d’effacer un peuple par la destruction de ses conditions d’existence.
Résister à ce crime, c’est d’abord nommer les choses. Ce qui se déroule à Gaza n’est pas une « crise humanitaire », mais un génocide par la faim, méthodiquement planifié. L’histoire jugera la passivité et la complicité de ceux qui, aujourd’hui, détournent le regard. Mais dès maintenant, elle nous oblige à rompre le silence, à témoigner, à dénoncer, à soutenir sans relâche la lutte du peuple palestinien pour son droit à vivre.