"The Uprising" : Un soulèvement dérangeant à Lussas

Très attendu aux États généraux du film documentaire, la projection de The Uprising partage les spectateurs durant sa projection à l’atelier intitulé : « soulèvements, révoltes, le sursaut des images ». Peter Snowdon, réalisateur du film, très controversé, est présent à Lussas pour parler de sa démarche volontairement dérangeante...

org_14551_img1.jpgTrès attendu aux États généraux du film documentaire, la projection de The Uprising partage les spectateurs durant sa projection à l’atelier intitulé : « soulèvements, révoltes, le sursaut des images ». Peter Snowdon, réalisateur du film, très controversé, est présent à Lussas pour parler de sa démarche volontairement dérangeante...

Exclusivement composé de vidéos issues de YouTube, The Uprising est un film unique en son genre en cela que l’exercice n’a – curieusement – jamais été accompli pour un long-métrage. Habilement monté, le film s’attache à dépeindre sept jours des révolutions arabes survenues en 2011, qu’il s’agisse d’images filmées en Égypte, en Syrie, en Tunisie, à Bahreïn, en Syrie, au Yémen ou en Libye.

L’idée commence à germer dans l’imaginaire de Snowdon dès la première fois qu’il est face à ces images, seul derrière son écran d’ordinateur ; à l’époque, il est frappé par la portée de ce qu’il appelle des « gestes cinématographiques », nous dit-il en évoquant ces vidéos filmées par des inconnus au péril de leur vie. C’est d’ailleurs en ces termes qu’il résume sa conception du cinéma : « les images qui valent le coup de figurer dans un film sont celles qui sont filmées en dépit du risque d’y laisser sa propre vie », indique le cinéaste.

Mises bout à bout, ces images amateurs, une fois ancrée dans une narration, donnent à voir une représentation de ces événements, un récit de cette révolte généralisée. Sans contextualisation ou ancrage géographique, Peter Snowdon parvient à créer l’illusion d’un soulèvement progressif ayant lieu dans une seule et même nation. Réussite qui doit beaucoup à la virtuosité du montage, qui entretient l’idée qu’un soulèvement aussi fédérateur que meurtrier se déroule sous nos yeux – exception faite des spectateurs au fait des événements de manière précise ou de ceux qui sont familiers des dialectes parlés à l’écran.

Or, c’est précisément cette réussite qui provoque un malaise et qui fait de The Uprising une œuvre dérangeante, car tout ce qui est donné à voir s’est réellement produit. Faire le choix de ne pas ancrer ces vidéos dans leurs contextes, en plus de présenter un danger de surinterprétation, peut témoigner d’une certaine gratuité des images. « Quand je vois quelqu’un mourir dans une scène, j’ai le sentiment qu’il est mort pour une seconde fois », s’écrie en ce sens une spectatrice à l’issue de la projection.

S’ouvrant et se clôturant sur des séquences métaphoriques de tempêtes destructrices, The Uprising, plutôt qu’une enquête relative à des événements ou une reconstitution contextualisée de révoltes, présente finalement une certaine concrétisation, un certain regard sur l’idée de soulèvement. En définitive, il s’agit d’un rappel à l’ordre de la part de Snowdon, qui nous interpelle sur la puissance dévastatrice qui réside dans les mains d’un peuple au moment où il se rassemble au nom de ses idéaux.

Certes, le chemin emprunté par le cinéaste peut s’avérer dangereux et est légitimement critiquable, mais les réactions suscitées par ses détracteurs, qu’il a par ailleurs longuement et intelligemment discutées, ne le gênent pas nécessairement : « à mes yeux, pour qu’un film soit réussi, il faut qu’il provoque un malaise chez le spectateur », affirme-t-il.

 

David Da Costa

 

 

Et sur Universciné ? Cinq documentaires "au coeur du réel, au coeur du malaise"...

 

Urgences (1987) de Raymond Depardon

Animal Love (1995) de Ulrich Seidl

Capturing the Friedmans (2002) de Andrew Jarecki

Tahrir, place de la libération (2011) de Stefano Savona

Qu'ils reposent en révolte (des figures de guerre !) (2011) de Sylvain George

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