lettre à mes filles

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Lettre à mes filles

Les filles, je vous regarde vivre et grandir et j’aimerais vous dire ces mots. Je ne sais pas si vous les lirez un jour. Les filles, j’aimerais vous dire de ne jamais renoncer, de ne jamais laisser personne vous rabaisser, vous laisser croire que vous êtes moindre. J’aimerais vous dire de ne jamais laisser personne décider pour vous, surtout pas moi.

Les filles, laissez vous guider par vos émotions et vos instincts, qui vous prétendra le contraire est un con. Fiez vous à vos intuitions, à ce que votre cerveau vous renvoie de manière inconsciente. Ecoutez le aussi surement que votre cœur, ils ne font qu’un. Votre cerveau reçoit, il analyse pour vous, il enregistre les sons, les odeurs, les émotions, laissez-le bosser dur et écoutez-le, il a toujours raison. Fermez les yeux, laissez vous envahir par le son de ses rouages. Apprivoisez-le, qu’il vienne en secret, le soir dans la nuit, vous apporter les réponses. Laissez-vous envahir, laissez-vous croire en vous.

Dressez vous droite et fière, ne baissez pas la tête, regardez le monde et les emmerdeurs dans les yeux. Ne renoncez pas à vos rêves, croyez toujours que vous êtes les meilleures. Ne dites jamais oui pour faire plaisir. Montez sur la table, hurlez vos joies et vos tristesses, soyez vivantes. Ne laissez personne vous éteindre. Ne laissez personne moucher vos colères. Hurlez-les à la face du monde ! ou chuchotez-les dans les alcôves des gens de pouvoir. Ne les laissez pas s’échapper, jamais, elles reviendront, elles reviennent toujours. Au moment où on s’y attend le moins, elles sont tapies dans l’ombre et c’est bien. Ne cédez pas au politiquement correct, ne cédez pas aux gens qui vous diront d’être plus sage. Ne soyez pas sage ou soyez le en toute connaissance de cause. Ne dépendez pas d’un regard ou d’une parole, ne soyez qu’à vous. Ne laissez personne prendre le pouvoir sur votre âme. Ne vous perdez pas en route, ou alors sachez vous retrouver. Je prie pour laisser des fils d’Ariane que vous saurez suivre…

J’aimerais que vous appreniez que les mots nous guident, j’aimerais que vous sachiez vous entourer d’histoires, que vous laissiez danser les lettres autour de votre tête. J’aimerais que vous soyez l’histoire elle-même, que le son des mots vous fasse vibrer. Il est des histoires qui vous laissent le cœur en vrac et les mains tremblantes. J’aimerais que vos yeux soient brillants, que le livre vous laisse d’attente et d’espoir, que vous n’arriviez pas à le poser dans la nuit profonde. Qu’il vous appelle comme un amant possessif, qu’il ne vous laisse pas de répit, qu’il vous emmène aussi loin qu’ils ont pu m’emmener. Que la suite de l’histoire soit une suite de vous-même, que les personnages soient vos amis, vos amours. Qu’ils vous laissent le cœur battant sur le rivage, trop tôt, trempée d’émotions contraires comme une chanson entêtante.

J’aimerais que la nuit vous emporte, comme elle m’emporte souvent. Les nuits m’appartiennent, depuis toujours. Les nuits sont miennes, je vous voudrais solaires. Mais la nuit, les filles, la nuit, c’est vous avec vous. Chaque nuit, je rêve et je suis à moi, seule. Je voudrais vos rêves doux et libres, je les voudrais tendres et ravageurs. Mais ils sont vôtres et je n’y pourrais jamais rien. Rendez-les réels, redonnez-leur la liberté, ne les enfermez pas, n’y renoncez jamais.

Les filles, je vais vous regarder grandir et vous, me regarder vieillir, j’espère qu’un jour, nous nous croiserons au point fugace d’équilibre. Mes amours, soyez fortes, soyez-vous, jusqu’au bout !

 

T.L.

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