Rapide bilan des "Instants Corentin"

Ci-dessous les réflexions que cette intervention hebdomadaire d'un auditeur érudit de l'Afterfoot en parallèle avec la glorieuse tournée du trophée de la CdM de football m'a inspirées

On a pu entendre parler des équipes extérieures au spectre national habituel : Mexique, Croatie, la Corée du Sud, et autres. Mais qu’a-t-on entendu d’autre que des noms ? Analyse strictement ad hominem, contenu superficiel irritant – il y aurait tant à dire sur celles-ci plutôt que de faire du name-dropping ;

À chaque fois que Brisbois lance Corentin, celui-ci arrive à pleine vitesse, car gêné par le manque de temps – pensez donc, le jingle promotionnel qui annonce/désannonce sa gratuite venue n’allait pas prendre du temps sur le temps de parole des salariés d’RMC – et le mépris ennuyé, l’impatience plus ou moins déguisé-e-s de messieurs Riolo et Rothen (« Adieu. » dixit ce dermier en cloture de son ultime chronique), ne peut rien faire d’autre que de jeter lesdits noms en pâture aux auditeurs ;

Auditeurs qui par ailleurs s’identifient à lui et continuent mimétiquement de s’attacher à devenir les mêmes spécialistes en énumération de footballeurs, pensant par là détenir un savoir rare et précieux. La constitution dudit savoir ne fait que polariser d’autant plus leur attention sur le spectacle du football ;

Ce spectacle pris pour tel, dans un déluge de publicités, est éminemment aliénant comme préfiguré par Guy Debord par exemple. La connaissance de son objet se doit d’être englobante, totale, dialectique, et non intérieure et incomplète, stérile comme l’est celle exposée par Corentin (sans doute capable de plus, le saura-t-on jamais). La suggestion faite aux auditeurs, attirés par le plateau, est la mauvaise. C’est une incitation au vain savoir qui contredit le discours percant, critique dont Riolo se réclame souvent à juste titre (je parle d’intention, de sa probité vraie) ;

Généralement, on ne peut pas faire à l’after le reproche du mercantilisme. Cette émission en critique plus ou moins vigoureusement les ressorts à l’occasion de parution d’ouvrage dont ils invitent les auteurs. Mais là, avec cette pseudo-tribune octroyée à un auditeur érudit, ils appatent le connaisseur tout en le frustrant du fait de leur position entre-deux : culture footballistique transdisciplinaire passionnée et émission de football d’un groupe audiovisuelle aux visées lucratives ;

Conclusion : ce genre de lucarne incite au scepticisme concernant les buts éditoriaux ciblés par RMC, antenne du groupe possédé par Drahi, homme d’affaires économiquement libéral dont les derniers mouvements sur le marché médiatique rappellent ceux de Gérard Lopez en matière de football. Alors la conditio sine qua non pour l’existence de l’AF ne serait-elle pas ce genre de concessions faites à la gente parieuse ? Celle qui s’avachit dans le canapé après ses journées, avalent des matchs diffusés par des consortiums multinationaux plutôt que de faire (sur)vivre les milieux associatifs locaux ? Celle qui se croit cultivée parce qu’elle connaît une bonne moitié de l’effectif du Costa Rica ? Prohibée est ma candeur étant donné le caractère privé de l’entreprise ayant fait naitre cette émission. Quel inquiétant comble que celle-ci ne vienne pas des cuisses d’un medium étatique ;

Je ne sais qui décide de cela. S’il s’agit d’un élan de Brisbois seul avalisé et conditionné par ses supérieurs à un sponsoring opportuniste. Ou s’il s’agit de populisme teinté de méritocratie dont le critère est le savoir en pure perte, pour lui-même, pour la citation et la promotion de celui qui ne provient pas du carcan journalistique. Cette carotte agitée devant l’audimat est une preuve d’irrespect envers lui, dont l’idée latente est celle qu’on prend l’auditeur pour un client, une unité pour laquelle il faut trouver le bon stimulus afin qu’il reste, s’aligne, s’accumule et s’empile. À quelle fin ? Celle du chiffre, sans quoi le jingle n’existerait pas, ou serait, dans la pure tradition afterienne passée, un extrait gag, une référence cinéma fendarde ; mais ce temps semble révolu, place aux boissons pétillantes hypersucrées, aux critiques incomplètes de la FIFA, à l’humour cynique et, en l’espèce, aux auditeurs avides de supplanter ceux qui les dédaignent.

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