Argent sale

Une paisible carrière d’avocat d’affaires, loin du fracas médiatique et surtout loin du regard trop curieux des journalistes. C’est ce dont rêvait Me Albert Rey-Mermet, avocat associé de l'étude Monfrini Crettol à Genève. Pendant toutes ces années, cet ancien magistrat valaisan a toujours pris soin de ne pas faire parler de lui. Sans doute parce que la plupart de ses richissimes clients n’aiment pas non plus la publicité. Les potentats, les escrocs de tout poil et les mafieux qui s’adressent à des avocats genevois pour réinjecter leur argent sale dans des circuits propres ou pour mettre leur fortune à l’abri n’aiment vraiment pas qu’on mette le nez dans leurs affaires. Quand ils viennent à Genève ou lorsqu’ils y envoient leurs émissaires, c’est dans la plus grande discrétion. Certes, le secret bancaire tombé, la Suisse n’est plus tout à fait la place dorée qu’elle était autrefois. Mais l’expertise reste.


Certains avocats excellent dans l’art de dissimuler les avoirs de tout ce petit monde en usant de prête-noms et des sociétés écrans dans des paradis fiscaux. Une activité extrêmement juteuse et lucrative dès lors qu’on ne s’embarrasse pas de principes. Me Albert Rey-Mermet s’est fondu dans la bonne société genevoise en offrant, en public, le profil d’un bon protestant, discret, effacé et éloigné des tentations. C’était sans compter sur ces deux séismes qu’ont été les «Panama Papers» et les «Offshore Leaks».


La belle façade de l’avocat bon teint s’est fissurée de long en large. L’homme au costume bien taillé qui se tient bien à table est aussi l’homme de confiance des tenanciers de tripots. Oui, c’est parce qu’il a accepté de planquer le pactole de ceux qui tirent de gros profits du business du crime, du luxe et de la luxure qu’Albert Rey-Mermet s’est enrichi. Une vérité aujourd’hui lourde à porter et qui vaut à l’intéressé des signalements auprès de plusieurs services de renseignements à travers le monde. Les noms des clients de l’avocat genevois n’ont pas tous été rendus publics.


Heureusement pour lui… Mais ceux qui sont sortis ne sont guère flatteurs pour l’ancien magistrat qui, par le passé, s’est montré volontiers moraliste. En tête de liste, figure le nom de Cheung Chi-tai. Un mafieux chinois qui exerce un règne sans partage sur les jeux, la prostitution et tous les trafics à Macao. Un type qu’il ne vaut mieux pas décevoir sous peine de finir en boulettes, dévoré par des carpes Koy. Une technique très en vogue à Macao pour ne pas laisser de traces…


Me Albert Rey-Mermet a joué et perdu en s’acoquinant avec la société panaméenne Fabrega, Molino & Mulino. Les centaines de milliers de documents rendus publics dans l’affaire des «Panamas Papers» montrent que cette société était au cœur de gigantesques opérations de blanchiment d’argent. L’avocat genevois ne pouvait pas l’ignorer. Ce qui fait de lui, au moins moralement, un complice de criminels. L’image de probité de Me Albert Rey-Mermet est définitivement entachée. Evidemment, ce ne sont pas ses confrères qui lui jetteront la pierre, Beaucoup ont trop peur qu’elle rebondisse…

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