Homophobie : hypocrisie du football et démagogie des institutions

Je suis footballeur, supporter et homosexuel. Satisfait de voir les instances du football français agir enfin contre l’homophobie. Affligé par la méthode consistant, une fois de plus, à stigmatiser et sanctionner, sans aucun dialogue, des « footeux » à qui on croit pouvoir faire la leçon. Gay friendly un peu. Démago beaucoup.

Le football a un problème avec l’homosexualité et j’en suis le premier témoin. J’ai fréquenté des vestiaires — temples de la virilité — où on s’insultait tendrement de « pd », « fiotte » ou « pédale ». J’ai chanté dans un stade, au milieu d’un kop qui hurlait que les adversaires étaient « des pd et de pauvres demeurés ». Difficile pour un adolescent en construction d’accepter une orientation sexuelle différente quand le mot qui la désigne est une insulte dans la bouche des autres. Ils n’entendent pas la violence des mots qu’ils emploient et ne soupçonnent même pas que des « pd » puissent jouer sur le même terrain. La grande hypocrisie d’un football qui ne se croit pas concerné par l’homosexualité.

La LFP (Ligue de Football Professionnel), sous la pression des autorités publiques elles-mêmes sous la pression des associations LGBT+ (dont le travail est exceptionnel) a alors décidé d’agir. Mais de quelle manière. En disputant les supporters tels des enfants à responsabiliser. En les méprisant avec la complicité des préfectures et ministères dont les arrêtés privent trop souvent les supporters de déplacements. Des institutions qui préfèrent le hard power au soft power, la sanction au dialogue, qui par leur mépris déclenchent la rage et la défiance.

La lutte contre l’homophobie se retrouve alors prise en tenaille par cette tempétueuse relation entre la LFP et les groupes de supporters. Le résultat est catastrophique. Etait-ce vraiment à la LFP d’agir sur un sujet aussi sensible ? Ne fallait-il pas, par exemple, missionner les clubs de dialoguer avec leurs supporters ?

Je sais la tolérance des vestiaires, des tribunes, des buvettes où se mélangent déjà les couleurs, les religions et les nationalités. Footballeurs professionnels, criez comme je le fais votre homosexualité. Montrez au monde du ballon rond qu’il est concerné. Ne laissez pas quelques institutions et ministres démagogues parler à votre place, le changement viendra de l’intérieur. Vous serez peut-être insultés, mais vos supporters se lèveront et vous applaudiront pour vous soutenir. Car s’il est une institution que les supporters respectent et défendent, c’est leur club et tous les joueurs qui en portent les couleurs.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.