3 ANS APRES, LE SYNDROME SIVENS

La nuit du 25 au 26 octobre 2014, Rémi Fraisse mourait sous l’impact d’une grenade lors d’un affrontement lié à l’évacuation de la zone du barrage de Sivens. Botaniste décrit comme pacifiste par ses proches, Rémi Fraisse devient néanmoins l’incarnation du mouvement zadiste, prêt à mourir pour la nature. Ce terrorisme vert lié à des contestations écologiques se répand sur le territoire national et

Il y a 3 ans, la France découvrait le zadisme

La contestation écologico-paysanne n’est pas née à Notre Dame des Landes, même si celle-ci fut la première ZAD autoproclamée. La lutte du Larzac, qui dura une décennie est restée dans la mémoire collective comme un mouvement de désobéissance civile ayant conduit François Mitterand à abandonner le projet d’extension de camp militaire. Si le terme de zadiste recouvre bien des motivations et des histoires de vie très différentes, il exprime une idéologie radicale, totalitaire et appelant à la violence contre l’Etat de droit. La mort de Rémi Fraisse est alors apparue comme un double symbole qui n’a que renforcé l’antagonisme : symbole de la violence policière gratuite pour les uns qui légitime du coup le recours à l’illégalité ; symbole d’une manifestation terroriste pour les autres, commise au nom de l’écologie.

Une capacité d’influence de l’opinion publique nationale

Sous le vocable de projet « inutile et coûteux » sur lequel ils cristallisent leur contestation, les zadistes rassemblent l’opinion publique excédée des gabegies d’argent public et aspirant à conserver une France bucolique pour leurs escapades le week-end. Vu depuis Paris, les intérêts économiques, sociaux locaux sont évidemment futiles et de toute façon techniquement inextricables. Pourquoi les Bretons et les ligériens auraient-ils besoin d’un nouvel aéroport alors que l’on est si bien desservi à Paris ? Quel dommage de se priver de ces zones humides alors qu’à Paris, on a tant de béton ! Les zadistes ont intérêt à ce que leur combat devienne une cause nationale pour sortir le débat de toute analyse rationnelle des avantages et inconvénients du projet pour le territoire. Ils savent parler le langage des média : ils se donnent un nom (les zadistes), se trouvent une méthode (l’insubordination généralisée), donnent à voir un autre mode de vie (locavore et RSA) et surtout offrent des images fortes mettant en scène la violence, leur arme politique. Comme les djihadistes, ils fascinent une génération de l’image qui trouve plus de sens à affronter la police que dans les débats politiques et qui viennent grossir les rangs de la ZAD, à la belle saison.

Le syndrome Sivens

Il eût été plus simple que le NON l’emporte au référendum, offrant un prétexte démocratique au renoncement au projet NDDL. Las pour les opposants, l’opinion publique locale n’est pas dupe de la mise en scène des zadistes et, excédés par les actes d’intimidation et le vandalisme, les habitants partagés entre terreur et colère, ont voté massivement en faveur du projet. Voilà qui met le pouvoir politique dans une impasse. "C'est un outil bien plus puissant que les coups médiatiques d'un jour, puisque cela bloque effectivement le projet. Et cela place les autorités face à un dilemme : elles doivent choisir entre ne rien faire, au risque que le projet soit abandonné, ou faire évacuer la zone au risque que cela dégénère", explique Philippe Subra, professeur à l'Institut Français de Géopolitique et auteur de "Zones à défendre. De Sivens à Notre-Dame-des-Landes" (ed. de l'Aube).

Centerpark de Roybon,  axe de contournement de Strasbourg, nouvelles lignes grande vitesse du Sud-Ouest et maintenant, Europacity… Tous ces projets souvent plébiscités localement mais contestés idéologiquement sont victimes de cette couardise politique que l’on nommera, le syndrome Sivens.

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