Bientôt à nouveau le temps des cerises sur le gâteau - vigilance aux bonus

C'est bientôt la période que les entreprises tiennent leurs assemblées générales. On va savoir si les ayants droit se permettent d’octroyer des primes à leurs dirigeants quand bien même la performance des entreprises ne le justifierait pas, mais aussi si celles-ci sont parmi les entreprises bénéficiaires de mesures significatives de soutien de l’État.

Au temps des cerises, au printemps 2020, la grande majorité des actionnaires d’Air France-KLM avaient voté pour un bonus d’environ € 768,000 au profit du Directeur-Générale (DG) de l’entreprise pour l’année 2019, alléguant qu’il s’agissait d’un droit acquis concernant la période avant le début de la crise Covid-19. Peu de monde s’est étonné à ce moment-là du fait qu’on ait mis l’accent sur ce droit dans une année où la France et les Pays-Bas ont décidé d’injecter ensemble autour de € 10 milliards dans cette entreprise sous forme de soutien en période de crise. La presse a mis en exergue l’histoire du bonus d’une personne, le DG, mais il est probable que ce traitement du DG voté par l’assemblée générale de l’entreprise ait réjoui et accommodé bien d’autres personnes (et actionnaires). En revanche, il y a lieu de mentionner que, outre une réduction de salaire de 25%, le même DG a renoncé à sa prime pour l’année 2020. Le temps dira quel est le sort de ces primes pour les années suivantes, comme la conjoncture reste pour le moment très sombre pour l’entreprise.

C’est typiquement au printemps que les entreprises tiennent leurs assemblées générales, entre autres pour faire le point sur la performance de l’année précédente. Eu égard à l’évolution de la crise, on s’attend à voir des mines inquiètes cette année dans ces réunions, au moins en ce qui concerne des entreprises frappées par une réduction de leurs activités. Certes, la performance du CAC 40 n’est qu’une indication approximative de la santé de l’économie française (paradoxalement, l’indice CAC peut monter à des moments où l’économie réelle va mal). Tout de même, en regardant sa performance en 2020, on voit que les actions de certaines entreprises se sont plutôt bien portées (en hausse) par opposition à celles d’autres qui ont connu une sérieuse dégringolade. La liste ci-après reprend les résultats des entreprises dont les actions ont le plus progressé en 2020 par rapport à celles dont les actions ont le plus baissé dans la même période. De nouveau, il s’agit d’une photographie approximative. Pour avoir une idée plus complète de la santé de ces entreprises cotées en bourse, il faudrait regarder l’évolution de leur bilan réel.

CAC 40 - 2020, % de changement (Source: Bourse - les tops et flops du CAC 40 en 2020, www.moneyvox.fr, 1 janvier 2021)

  • Le plus progressé en 2020: Hermès + 32,03; Schneider Electric +29,29; STMicroelectronics +26,32; Worldline +25,26; Teleperformance +24,79;LVMH +23,35; Arcelor-Mittal +20,70; Alstom +19,03; L'Oréal +17,73; Capgemini +16,44; Dassault Systèmes + 13,37; Air Liquide + 6,38; Peugeot +5,02; Publicis +5,00; Saint-Gobain +2,74; Vivendi +2,17; Kering +1,57; Atos +0,62; Legrand +0,50;
  • Le plus baissé en 2020: Unibail-Rodamco-Westfield -54,08; Société générale -45,12; Airbus -31,19; Danone -27,25; Total - 26,84; Orange -25,81; Axa -22,29; Crédit Agricole - 20,15; Thalès -19,04; BNP Paribas -18,41; Safran -15,76; Véolia -15,61; Vinci -15,34; Renault -15,22; Engie - 13,06; Sanofi -12,18; Bouygues -11,17; Essilor Luxottica -6,08; Carrefour - 4,68.

C’est un moment clef de l’année pour suivre attentivement comment les assemblées générales - qui vont se réunir bientôt - traiteront des questions de primes des gestionnaires et aussi de paiement de dividendes. Car que ça soit au niveau des entreprises dont l’évolution des actions est positive ou celles dans le rouge, il faut rappeler qu’il y en a plusieurs qui ont bénéficié et continuent de bénéficier des soutiens publics importants que l’État justifie par la crise. Rappelons que Bercy appuie de façon régulière de grandes entreprises dans lesquelles l’État est actionnaire sous forme de conseil en stratégie, d’appui à la recherche de financement, de repreneurs, etc. De surcroit, suite à la pandémie et considérant ses effets sur l’économie, le même ministère a élaboré un Plan de Relance de €100 milliards, couvrant de multiples appuis/mesures de soutien aux entreprises et aux salariés. Son volet Compétitivité inclut des soutiens au financement de la modernisation, de la relocalisation et de la transformation écologique dans des secteurs stratégiques tels qu’entre autres l’automobile, le nucléaire, l’électronique, les télécommunications, la chimie.

Ces appuis vont de la petite à la grande entreprise. Quant aux petites et moyennes entreprises (PME), la question des bonus ne se pose vraiment pas. Il suffit de regarder autour de nous pour savoir que le chef d’entreprise a tendance à survivre de ses réserves si le bilan est faible ou négatif, aussi longtemps que possible. C’est surtout dans les grandes entreprises que s’est enracinée la culture du « droit » à des bonus de différentes formes. A cet égard, ce printemps mérite une vigilance particulière par rapport aux comportements des ayants droit au vote sur les bonus. Bientôt on va savoir s’ils se permettent d’octroyer des primes à leurs dirigeants quand bien même la performance des entreprises ne le justifierait pas, mais aussi si celles-ci sont parmi les entreprises bénéficiaires de mesures significatives de soutien de l’État.

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