Capacité d'indignation journalistique.

 

Nous étions prévenus, la rupture serait aussi celle de l'hypocrisie. Désormais, les arrangements avec la justice se font au grand jour, au mépris de tous. Désormais, un procureur ami peut violer la loi pour enquêter sur des journalistes sans que cela ne suscite grande émotion. Il faut dire qu'auparavant, d'étonnants enregistrements n'avaient finalement eux non plus, pas suscité l'émotion escomptée. Car, si pour la majorité des journalistes, il n'est pas de bon ton d'en rajouter dans cette affaire sarkozienne, il me semble pourtant évident que sa gravité mériterait davantage d'investigations. Une nouvelle rupture est-elle en train d'apparaître ? Les journalistes ne peuvent-ils donc pas être autre chose que les éternels contempteurs d'un pouvoir qui les fascinent tout autant qu'ils les tétanisent ? N'ont-ils plus aujourd'hui la liberté d'être aussi des opposants ?

Défendre la liberté de la presse, c'est défendre le droit des journalistes mais aussi celui citoyens à connaître la réalité. Défendre la liberté de la presse, c'est défendre le devoir de chaque journaliste d'informer sans retenue. Un journaliste qui connaît certaines vérités et qui ne les dit pas, c'est quoi ? Y-aurait-il d'un côté, ceux qui savent et qui peuvent savoir, les gens responsables, et de l'autre tous ceux à qui il est préférable de raconter de jolies sornettes ? Je me permets donc d'être indigné du manque de zèle de nombreux journalistes. Peut-être craignent-ils quelque chose ? Peut-être est-il plus facile de s'en prendre à l'inoffensif Mélenchon ?

On nous parle toujours du fossé qui se creuse entre le peuple et ses représentants. Il arrivera un moment ou l'écart sera tel qu'aucun message ne sera plus reçu. Les journalistes auront pour la plupart choisi de demeurer sur l'autre rive et pourront ainsi continuer de bavarder entre eux de sujets qui n'intéressent qu'eux sans public, sans plus personne pour les écouter. Car aborder les vrais sujets c'est faire du populisme, c'est faire le jeu des extrêmes. Tel est le refrain des journalistes dits responsables, des journalistes qui n'en sont peut-être pas ?

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