La démocratie, ce n'est pas un jouet.

Avant même qu'il soit élu, nous savions déjà, nous, les médiapartiens, que son quinquennat serait un drame. D'accord, sa médiocrité à dépassé toutes nos « espérances » mais à un an d'un nouveau scrutin, n'est-il pas devenu aujourd'hui urgent de l'oublier et d'envisager la suite sérieusement ? C'est d'ailleurs bien ce que toute la gauche proclame, construisons une alternative réelle, proposons aux électeurs une autre politique qui remettra l'humain au centre de tout, par exemple.

Le problème, c'est que la gauche est en miette, c'est surtout que la gauche ne veut pas comprendre les règles du jeu. Je suis le premier à souhaiter la fin de la cinquième, à bien me rendre compte que l'idée même de confier tous les pouvoirs à un seul est absurde mais puisqu'il en est ainsi pour l'instant, la gauche doit en tenir compte.

N'est-ce pas pathétique de voir le spectacle qu'offre aujourd'hui la gauche ? De voir le sectarisme de Besancenot qui viendra faire son petit tour et ses 5%, tout comme la candidate de LO dont personne ne connait le nom, d'assister affligé aux querelles internes du PS qui ne sont que des querelles de personnes, tout comme le sont celles des verts qui veulent probablement ressemblés au PS. Tous sont prêts à tout ou presque, en vue de « faire un score » au premier tour, la belle affaire. Et l'alternative que la gauche est sensée proposée, où est-elle et qui la portera le jour du second tour ? Car après le premier tour, il y en a un second, et c'est bien celui-là qu'il faudra gagner.

Alors d'accord, il faut du pluralisme, d'accord, il faut défendre ses convictions et ses valeurs, évidemment, mais cela ne doit pas nous faire oublier qu'en face, la cavalerie umpiste est déjà attelée, prête au combat, et bien consciente que l'important sera d'avoir, au soir du second tour, 50% des voix plus une, et rien d'autre.

Je crois que nombreux sont à gauche ceux qui vivent dans une illusion quasi délirante. Je ne veux pas remettre en cause leur sincérité ni le sérieux de leurs analyses mais le devoir du citoyen ne se limite pas à sa participation au premier tour de l'élection présidentielle et à la défense de son poulain. Il est aussi d'être capable de prendre en compte l'existence des autres électeurs et d'autres convictions toutes aussi respectables. De rechercher d'emblée celle ou celui qui saura le mieux proposer une ligne acceptable par le plus grand nombre, parmi ceux qui ne veulent pas de l'UMP.

Mais la gauche toute entière peut-elle s'entendre sur un socle commun, celui qu'elle devra brandir toute ensemble une fois connus les résultats du premier tour ? Il est malheureusement permis d'en douter. La lecture de certains commentaires écrits ici ou là par des personnes se proclamant toute de gauche me laisse surtout croire que nombre d'entre eux sont prêts à s'abstenir plutôt que de voter pour tel(le) ou tel(le) autre candidat de gauche.

Pendant ce temps là, nos adversaires se frottent les mains et se réjouissent des états d'âme des électeurs de gauche. Pendant ce temps là, ceux qui sont tout en bas et qui n'ont rien, ceux que la gauche est sensée défendre, tous ceux là demeurent encore et toujours complètement oubliés. Au nom des états d'âmes de certains enfants gâtés de la démocratie, ils sont sacrifiés. C'est à pleurer.

La démocratie, ce n'est pas un jouet.

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