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Billet de blog 21 juin 2014

Lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Cher camarade coprésident du Parti de Gauche, je ne suis qu'un militant ordinaire du PG. Je n'ai donc aucun titre à faire valoir. Je ne suis dépositaire d'aucune fonction, d’aucun mandat représentatif. Ma parole n'engage donc que moi-même. Certain-e-s la considèreront donc pour quantité négligeable. Sans doute ont-ils raison ! Je suis humble et donc, je ne crois pas que ce que je pense et dise ait une importance démesurée. Et pourtant, je suis un citoyen engagé, un militant et la vie de mon pays et du monde m’importent. J’ai donc des idées sur ce qu’il convient de faire et de ne pas faire. Et je me sens renforcé quand je sens qu’autour de moi, d'autres partagent aussi bien mes attentes, mes espérances que ma rage. Mais ce n’est pas parce que j’ai des idées que je postule à des fonctions pour les défendre moi-même. Je n’use que de mon droit d’expression. Ce dernier est celui de tout citoyen et a fortiori de tout militant engagé. Mais je continue, pour l’instant, à espérer que nos représentant-e-s, locaux ou nationaux, sachent et veuillent nous représenter. Donc vous incarnez pour moi notre avenir. J’avoue avoir encore confiance en vous et espérer encore que vous incarnerez la République Française sous peu. Avec d’autres !

Voilà deux ans que nous subissons, au sein du Front de Gauche, les pires avanies et que nous ne cessons de nous discréditer aux yeux du plus grand nombre. Le PG a su tenir la tranchée mais une partie du PC, et pas la moindre, a fait un autre choix qui nous a largement desservis tous. Aujourd'hui, il semble que cette partie du PC, qui nous a déjà fait tant de tort depuis deux ans, accélère sa soumission au PS sous couvert de « négociation ». NOUS NE POUVONS LE TOLERER DAVANTAGE.

À cause d’eux, le Front de Gauche est déjà mort aux yeux du peuple. On peut le regretter mais il est idiot de le nier. Je le regrette amèrement moi-même puisque, comme beaucoup d'autres, je lui ai donné pas mal de temps et d'énergie et que j'avais mis en lui beaucoup d'espoirs. En outre, je suis, avec d'autres, de ceux qui ont lancé l'appel pour les Assises du Front de Gauche. Le sort actuel de ce mouvement qui n’en est pas un vraiment ne me laisse donc pas insensible. Je suis heureux que le PG ait soutenu ces ASSISES lors de son CN du week-end dernier mais c'est hélas TROP PEU ET TROP TARD ! Désormais, le peuple français assimile le Front de Gauche à la Gauche qu'il conchie. Et ce n'est pas avec l'attitude de MM. Laurent et Chassaigne, entre autres, que cela va changer !

Donc, cher Jean-Luc, nous ne pouvons certes pas vous donner un ordre. Vous êtes libre d'agir et de parler à votre guise. Mais comme vous occupez une fonction non seulement tribunicienne mais aussi de coprésident d'un parti, chacun-e des membres de ce parti a le droit d'attendre de son principal porte-parole qu'il soit à l'unisson de ses troupes.

Dans votre dernier billet vous admettez avoir compris que l'électoralisme n'était pas une bonne idée. Dont acte ! Mais alors usez de votre influence pour conduire le PG vers autre chose.

Vous-même devez revenir à l'esprit de votre campagne présidentielle, et donc redevenir le rassembleur du peuple dans ses diverses sensibilités que vous aviez commencé à être, et ne plus œuvrer seulement comme n°1 d'un parti. C'est parce que vous vous étiez élevé au-dessus du PG, au-dessus du FdG et même au-dessus de la Gauche, que vous aviez été soutenu par près de 4 millions d'électeurs et d'électrices. Et c'est pour les raisons que nous savons, et dont j'ai dit ici quelques-uns des éléments les plus saillants, que le PG et le FdG ont tant perdu depuis...

Votre vocation est d'être élu Président de la République pour que vous soyez le dernier de ce régime honni, que vous permettiez d’instaurer la 6e République sociale, solidaire, écologique, populaire, universaliste, internationaliste, non impérialiste… Pour cela, vous devez rassembler très largement.

Le projet à porter est celui que vous avez porté l'an dernier, certes augmenté et mis à jour. Notamment avec une véritable RUPTURE avec l'Union européenne. Le peuple de France doit retrouver sa SOUVERAINETÉ pleine et entière. Cela implique que nous sortions des institutions européennes, de l'euro et de l'OTAN.

Ce n'est pas mon propos ici que de faire l'inventaire de ce que nous devons faire. Vous devez le savoir très bien vous-même. Ce que je crois, c'est que vous renâclez à assumer la rupture, aussi bien avec l'UE qu'avec le PC car vous devez craindre que cela ne conduise qu'au désastre. Sauf que le désastre est là et plus nous attendons, plus nous allons perdre le peu de crédit qu'il nous reste.

Vous disiez, il y a quelques temps, que vous ne pouviez courir loin devant vos troupes car il y aurait alors une trop grande distance entre vous et elles. Je ne pense pas que ce jugement soit à la hauteur de la gravité de la situation que nous connaissons ni de votre vocation d’éclaireur, de messager et de voiture de tête du cortège du peuple en marche. Quand on a un moteur de fusée sous le capot, il est normal que l’on sème ses poursuivants qui n’ont eux qu’un faiblard deux temps… Sauf que votre crainte est infondée. Loin devant, vous ne serez pas seul. Beaucoup vous suivraient. Nous avons encore pas mal d’énergie pour mener la course d’autant plus que nous sommes distancés par le FN et qu’il n’y a pas d’autre alternative que d’accélérer et de rattraper le terrain perdu puis de les devancer avant de les laisser loin derrière. Qui veut aller loin ménage sa monture ne doit pas être de mise quand nous sommes si loin derrière les forces régressives. Vous citiez un vers de La Fontaine dans votre dernier billet, en écrivant « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». Permettez-moi de faire remarquer que bien que nous soyons partis à point, faute d’avoir couru, d’autres nous ont distancé sensiblement et il sera désormais plus long et pénible de réduire la distance entre eux et nous. Surtout si nous ne nous libérons pas de nos boulets, de nos chaînes, que constituent aujourd’hui le PC. Vous-même et le PG tout entier doivent se libérer, s’émanciper du PCF et oser leur dire : « Maintenant, y’a basta ! Oui, maintenant, ça suffit ! On ne marche plus avec vous puisque vous persistez dans votre stratégie dévastatrice. Vous souhaitez vous allier avec le PS ? Faîtes-le mais nous reprenons notre ENTIÈRE souveraineté et de même que nous ne souhaitons pas être assimilés d’une quelconque manière avec le PS et ses bagages accompagnés, nous ne voulons plus être perçus comme les alliés directs du PC. Nous rompons les rangs nous aussi ! »

Quoi que vous décidiez, cher Jean-Luc, de toute façon, vous aurez des alliés et des rivaux, des fidèles et des traitres, des convaincus et des sceptiques face à vous et autour de vous, des heureux et des déçus, des enthousiastes et des grognons. Il en va toujours ainsi. Sauf que le PG, votre garde prétorienne, attend de vous, je le crois, un langage clair. Elle n’attend pas que cela mais ce serait déjà un signe clair que nous allons repartir au front et que notre général en chef incarne bien ce que nous défendons, que lui au moins ne cèdera pas ou plus aux accords entre galonnés. Nous n’avons pas oublié votre serment de la porte de Versailles…

« Voici ce que je peux vous promettre, comme homme et comme militant :

Sur mon honneur, jamais je ne me dédierai du drapeau que vous m’avez confié, du message que vous m’avez demandé de porter, de la grande et noble cause que nous avons fait vivre ensemble.

NI À VENDRE, NI À ACHETER, NI À DOMESTIQUER !

Avec mes camarades du Front de Gauche, nous serons ET POUR TOUJOURS, la force AUTONOME, INDÉPENDANTE, EXIGEANTE, QUI NE SE MARCHANDE PAS, qui ne tripote rien sur les coins de bistrot, qui ne s’arrangera avec PERSONNE D’AUTRE QU’AVEC LE PEUPLE LUI-MEME ET AVEC SON PROPRE PROGRAMME ! »

Demain vous parlez à la radio. Je vous supplie, cher Jean-Luc, d'assumer enfin la rupture, avec le PC, avec l'Union européenne. Il ne s'agit pas de détruire mais de rompre les rangs comme vous le dîtes si souvent, et à juste titre, à l'attention des Socialistes et des écologistes... Sauf qu'ici, c'est avec le PC et le FdG qu'il convient de rompre. Pour recréer du neuf, à partir du PG mais pas que…

Au début de l’histoire du PG et du FdG, vous étiez parmi ceux qui souhaitaient fonder un seul parti nouveau. Le PC a dit non et l’on a dû s’incliner. Par la suite, vous avez eu l’occasion, dans votre blog, de dire que vous suiviez avec intérêt la fondation d’Ensemble. Vous avez même été un peu plus loin et dit presque ouvertement que vous souhaitiez vous rapprocher d’Ensemble. Ensemble est divers et en son sein vous n’y avez pas que des alliés. Le PG, non plus, n’est pas uniformément perçu par Ensemble avec bienveillance. Ils ont parfois raison de nous opposer une certaine défiance. À cause de ce que nous sommes et/ou de ce que nous disons ou ne disons pas… Mais parfois, nous avons, nous-mêmes, raison contre eux. Cela dit, malgré nos divergences, je suis de ceux qui croient qu’Ensemble et le PG pourraient commencer à écrire, ensemble justement, une page nouvelle. En commençant par se rapprocher fortement puis en fusionnant.

La Gauche Anticapitaliste de Myriam Martin qui n’est pas pour rien dans la fondation d’Ensemble et qui est si souvent, pour ne pas dire toujours, un soutien loyal et fidèle, sur le temps long, du PG et de vous-même, devrait être le fer de lance, avec le PG, de cette évolution du paysage politique français. Le NPA pourrait nous rejoindre pour mener un combat radical contre nos ennemis communs. Le NPA, avec toutes les critiques légitimes qu’on peut lui adresser, avait finalement raison de douter de nous, ou de douter du PCF…

Enfin, le PG doit VRAIMENT évoluer dans son mode de fonctionnement. Il faut qu’il applique les préceptes de démocratie jusqu’au bout qu’il porte et on en est assez loin dans la vie quotidienne de ce parti.

Cela dit, en cohérence avec ce que je disais plus haut, à savoir que vous avez vocation à dépasser la Gauche, ce n’est pas à vous de vous salir les mains dans la cuisine politicienne. Nous allons nous charger de cette tâche, nous, les militant-e-s.

La seule chose dont on a besoin pour cela, c’est un CONGRES refondateur. Nous avons globalement le bon projet, qui nécessitera des évolutions et des mises à jour, mais il est là. Ce qu’il faut changer, c’est nos règles d’action et notre positionnement stratégique.

Puissiez-vous, de votre place de coprésident, agir en ce sens.

Demain soir, il y aura beaucoup de militant-e-s pour espérer vous entendre dire publiquement et solennellement ce genre de choses. Ne nous décevez pas !

Cher Jean-Luc, je vous adresse un salut militant très chaleureux.

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