A Rome, l’aide aux migrants passe par le sport

En Italie, des initiatives lancées par la société civile pour aider les migrants permettent la réhabilitation d’espaces publics abandonnés.

 © Lea Lavigne © Lea Lavigne

C’est à Pietralata, au Nord-Est de Rome, que l’Association Liberi Nantes a été lancée en 2007 sous l’impulsion d’un groupe de jeunes italiens. Ses fondateurs, dont l’actuel président Alberto Urbinati, ont décidé d’établir le quartier général de l’association dans un espace sportif construit dans les années 1960 et progressivement abandonné, le « Campo XXV Aprile » (en référence à la date anniversaire de la Libération de l’Italie de l’occupation nazie, le 25 avril 1945).

L’idée était de réhabiliter cet espace où d’antan se retrouvaient les jeunes du quartier, et qui symbolise à la fois une identité culturelle et la cohésion sociale dans cette zone de Rome populaire et excentrée. Inspirée par les Mondiaux Antiracistes organisés par l’Union Italienne du Sport pour Tous, l’association fonde l’équipe de football « Liberi Nantes FC », exclusivement composée de joueurs étrangers, plus précisément des réfugiés et des demandeurs d’asile.

Durant un entrainement © Lea Lavigne Durant un entrainement © Lea Lavigne

Ainsi, une nouvelle dynamique s’ajoute à la première : permettre à cette population vulnérable de récupérer une certaine dignité, perdue le long d’un trajet souvent extrêmement violent, et de lui permettre de s’évader du quotidien des centres d’accueils, le temps d’un entraînement ou d’une partie de foot. L’objectif est de lui offrir l’opportunité de pratiquer une activité sportive et d’améliorer ses conditions physique et psychologique, de se faire de nouveaux amis et de pratiquer l’italien.

Durant un entrainement © Lea Lavigne Durant un entrainement © Lea Lavigne

Liberi Nantes considère en effet que le football permet de créer un esprit de cohésion et de solidarité entre les joueurs. Ceux-ci, informés des activités de l’association par le bouche à oreille, sont très satisfaits de cette initiative, comme en témoigne l’un d’eux : « ici, au Campo XXV Aprile, nous nous sentons à la maison ». Le gardien de but, Bob Rasta, Érythréen installé à Rome, est membre de l’équipe depuis quelques années. Selon lui, ce qui fait la force de la Liberi Nantes FC c’est d’avoir permis à des Africains de pays et cultures différentes de se rencontrer et de se créer un groupe de solidarité ici en Italie, au regard de leur situation difficile. Cependant, il témoigne du racisme ambiant, notamment de la part de joueurs italiens. L’initiative est pourtant bien perçue par les riverains : « ils sont très gentils, parfois ils viennent même assister aux matchs » témoigne-t-il.

Des réfugiés et demandeurs d'asile suivent un entrainement de foot © Lea Lavigne Des réfugiés et demandeurs d'asile suivent un entrainement de foot © Lea Lavigne

Les joueurs de l’équipe Liberi Nantes FC sont à 90% originaires d’Afrique Sub-saharienne. Étant demandeurs d’asile et n’ayant pas le statut de résidents en Italie, l’équipe n’est officiellement pas considérée comme professionnelle. Cela ne l’empêche pas de participer régulièrement à des championnats fédéraux contre des équipes italiennes, dont elle sort souvent victorieuse.

Match entre les équipes Liberi Nantes FC et Nuova Castelchiodato © Lea Lavigne Match entre les équipes Liberi Nantes FC et Nuova Castelchiodato © Lea Lavigne

Aujourd’hui, l’Association Liberi Nantes fête ses 13 ans d’existence avec beaucoup de succès, d’initiatives (des excursions aux alentours de Rome, des cours d’italien, la formation d’une équipe féminine de rugby composée d’étrangères et d’italiennes) et de projets, notamment celui de rénover entièrement le Campo XXV Aprile avec des matériaux durables pour en faire un lieu de rassemblement ouvert à tous.

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