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Le Club de Mediapart mer. 24 août 2016 24/8/2016 Édition du matin

"Démondialisation", libre échange et protectionnisme

. La « tentation protectionniste » est dénoncée ou glorifiée en stéréo dans tous les médias. En outre, un concept marketing pour dédiaboliser l’isolationnisme souverainiste fait fureur : la « démondialisation », terme absurde mais vendeur. Qu’en penser ?

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La « tentation protectionniste » est dénoncée ou glorifiée en stéréo dans tous les médias. En outre, un concept marketing pour dédiaboliser l’isolationnisme souverainiste fait fureur : la « démondialisation », terme absurde mais vendeur. Qu’en penser ?

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La contreverse n'est pas nouvelle. « Le Monde » (27 janv. 2009) et « Libération » (12 fév. 2009) lançaient le débat tandis que « Le Monde diplomatique » (mars 2009) publiait un dossier intitulé « Libre-échange ou protectionnisme, telles sont les alternatives entre lesquelles nous serions obligés de choisir…

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Nul doute que le dossier à charge du libre-échange est lourd. Surtout depuis qu’il est pratiqué dans les termes voulus par les gouvernements pour être imposés par l’Organisation mondiale du commerce (OMC): élimination par les Etats de tous les obstacles tarifaires (les taxes ou les aides publiques) et non tarifaires (les législations et réglementations fiscales, sociales, sanitaires, environnementales, sur les marchés publics et les investissements) qui entravent la libre concurrence alors qu’aucune norme n’est imposée au secteur privé. Ce libre-échange, tel qu’il sévit depuis la création de l’OMC, réduit à néant la souveraineté des peuples soumise à l’intérêt des firmes transnationales.

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Ainsi est légalisé, de fait, le dumping social, fiscal et écologique. La recherche, par les firmes privées, du pays le moins-disant dans ces trois domaines s’accompagne, à l’OMC, de négociations successives pour éliminer, les unes après les autres, les barrières sociales, fiscales et écologiques à la liberté d’établissement et de circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes. Ce qui, dans le quotidien de la vie des gens, se traduit par la délocalisation des entreprises, par le démantèlement du droit du travail, par le pillage des ressources naturelles, par la destruction de la biodiversité, par la privatisation des activités de services, y compris des secteurs dont les gouvernements de droite comme ceux prétendument de gauche avaient juré qu’ils étaient intouchables : l'éducation et la santé.

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Dans quel monde vivra-t-il ?

 

D’aucuns avancent que la réponse la plus appropriée à ce retour au laisser-faire, laisser passer, cette fois étendu à la planète, serait une dose de protectionnisme. Une réaction qu’on peut comprendre, dans la mesure où la liberté de choisir comment on assure sa sécurité alimentaire, comment on met en œuvre le droit à l’eau potable, à l’éducation, à la santé, au logement, à la culture, au travail, à des moyens de se déplacer, à un environnement sain, relève de la souveraineté populaire et que celle-ci est agressée et bafouée par la logique du libre-échange. Assurer la protection de la souveraineté populaire est sans conteste la plus légitime des intentions. D’autant qu’il est manifeste que la pratique du libre-échange entre pays de niveaux économiques différents constitue une forme nouvelle de colonialisme au profit exclusif, cette fois, des firmes transnationales.

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Mais le protectionnisme offre-t-il la garantie que les droits énumérés ci-dessus seront effectivement mis en œuvre ? L’espace protégé, qu’il soit national ou européen, devient-il soudainement un espace libéré en interne des contraintes du marché et de la concurrence ? La protection contre la concurrence extérieure élimine-t-elle la concurrence intérieure et sa logique destructrice ?

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De toute façon, ne voit-on pas les deux acteurs les plus agressifs en matière de libre-échange, l’Union européenne (UE) et les Etats-Unis, recourir au protectionnisme quand leurs entreprises y trouvent un intérêt ? Ne soutiennent-ils pas leur agriculture industrielle à hauteur de 1 milliard de dollars par jour, avec pour conséquence qu’ils maintiennent dans la pauvreté les paysans du reste du monde ? UE et USA demandent que leurs produits manufacturés et leurs produits agricoles, ainsi que leurs entreprises de services pénètrent librement les marchés du reste du monde. Mais, dans le même temps, ils sont à la pointe pour renforcer toujours davantage la législation internationale sur les droits de propriété intellectuelle, c’est-à-dire pour renforcer la protection des brevets détenus à plus de 90% par des firmes occidentales. Cette privatisation des savoirs crée une hiérarchie durable entre l'Occident et le reste du monde et, partout, entre ceux qui peuvent payer et ceux qui ne le peuvent pas.

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Libre-échange et protectionnisme sont les instruments d’un même système : le capitalisme qui exploite à la fois les humains et la planète. Limiter le débat sur la sortie de crise à une discussion sur la pertinence de l’un ou l’autre de ces instruments, c’est éviter la question essentielle : la remise en cause du capitalisme pour résoudre à la fois la crise sociale et la crise écologique. Ce qui doit être à l’ordre du jour, c’est : comment mettre fin à la subordination de nos vies à la loi du profit, c’est-à-dire à la logique de l’accumulation dont le libre-échange ou le protectionnisme ne sont que des moyens ? Ou encore : comment passer d’un système fondé sur la valeur d’échange à un système fondé sur la valeur d’usage afin de concilier satisfaction des besoins sociaux et contraintes écologiques ?

C'est donc du côté des thèses altermondialistes qu'il conviendrait de se tourner.

A suivre...

 

 

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La démocratie et la liberté sont des armes à double tranchant qui peuvent faire le bonheur de tous autant que le bonheur de quelques uns seulement au détriment du plus grand nombre.

On voit comment la démocratie et la liberté ont été détournées de leur but premier pour conduire à leur confiscation complète au profit de l'oligarchie capitaliste, en place aujourd'hui partout en Europe et pratiquement partout ailleurs dans le monde. Si le seul moyen de lutter contre le totalitarisme libéral est le protectionnisme, je trouve qu'il n'y a pas à hésiter une seule seconde et F. Lordon s'est fort bien expliqué sur cette option et sur la manière de l'appliquer.

Mais il est une question qui demeure au-delà de toutes les solutions qu'on peut imaginer pour venir à bout de ce qu'on peut appeler l'imposture capitaliste. Que faire, à supposer que nous parvenions à nous sortir pour la énième fois de ce mauvais pas, pour empêcher que cela se reproduise sans cesse à l'avenir ?

Au travers de mes prises de bec avec Melchior Griset-Labûche, mon parti-pris pour la tendance dure stalino-maoïste n'échappera plus à personne. Je considère qu'il y a là un véritable abcès à percer et un vrai sujet de discussion à propos duquel nous pourrions mettre à profit quelques-unes "des lumières" fournies par plus de deux cent vingt ans d'histoire en plus de celles que nous ont léguées les philosophes du même nom.

Qui sont nos adversaires ? Ceux d'aujourd'hui sont-ils les mêmes que ceux d'hier ? Sont-ils multiples et par conséquent insaisissables, ou bien parfaitement identifiables et par conséquent combattables ? Et enfin la question cruciale : quelle doit être notre attitude en cas de victoire ?

Autant de questions qui restent en suspens du fait que l'intelligentsia ne les juge pas dignes de son intérêt. Mais nous qui ne sommes pas l'intelligentsia pour la bonne et simple raison que nous sommes le peuple, ces questions nous intéressent parce qu'elles nous concernent directement. Et surtout parce qu'elles sont de nature à nous mobiliser vraiment.

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