Congrès du PG: quel projet au-delà du mélenchonisme ?

Sur le terrain des mobilisations contre le gouvernement et sa politique, le PG est, sans conteste, avec le NPA, l'une des formations les plus engagées. Qu'en est-il pour son programme et sa stratégie ? Quel décor plantera son congrès ?

Sur le terrain des mobilisations contre le gouvernement et sa politique, le PG est, sans conteste, avec le NPA, l'une des formations les plus engagées. Qu'en est-il pour son programme et sa stratégie ? Quel décor plantera son congrès ?

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À quelques jours du congrès du PG, le livre de Jean-Luc Mélenchon « Qu'ils s'en aillent tous ! » est dans le top 20 des ventes et quelques sondages montrent une percée qui peut faire « boule de neige ».

Si le PG est très loin du PCF en termes de forces militantes - néanmoins vieillissantes -, il a réussi à renouveler l'expression d'un réformisme radical que le transparent Pierre Laurent incarne bien peu. Les textes préparatoires au Congrès du PG témoignent de sa prise de distance avec les politiques de soumission au libéralisme menées par le PS et l'ensemble de la social-démocratie européenne et propose de véritables réformes de structures.

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Le cadre posé est celui du programme du Conseil national de la Résistance (CNR) auquel s'ajoute une tangible réflexion écologiste, bien loin d'un capitalisme repeint rapidement en vert et l'on y trouve, notamment, une forte critique du productivisme et de l'énergie nucléaire(1).
Il y a donc, sur le terrain programmatique, matière à convergences sur beaucoup de points avec le NPA et les petites formations de la gauche alternative.

JL Mélenchon - photo Rouge JL Mélenchon - photo Rouge

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Qu'est-ce qui gêne, alors ?
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D'abord, le temps, celui d'un capitalisme globalisé prédateur, n'est plus à « reproduire » un programme « national » typé CNR.

En outre, la référence logomachique de Mélenchon à la République, même qualifiée de «sociale», à la «patrie républicaine», alors que cette construction en France est marquée par la collaboration de classes, l'héritage colonial, le nationalisme et le libéralisme économique pose un véritable problème à celles et ceux se situant dans une gauche de gauche plus libertaire, davantage liée aux grands moments de révolte populaire et d'affrontements de classes.

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Ensuite, le niveau de radicalité de la rupture envisagée paraît hésitant. Ainsi, alors que la socialisation du crédit, avec un monopole public, à l'échelle européenne si possible, apparaît comme un minimum pour briser la spéculation et donner les outils du contrôle social sur l'économie, le PG, lui, reste à mi-chemin...

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Enfin, la révérence permanente envers les processus institutionnels se traduit au PG par la défense d'une coupure entre le « social » et le «politique» - qui, dès lors, se résume aux élections. Cette "discontinuité" a d'ailleurs été mise en pratique lors du mouvement de défense de la retraite en usant du recours au référendum comme substitutif à l'affrontement de classes. La «révolution citoyenne» revendiquée par le PG, traduction française de certains processus en Amérique latine, apparaît alors bien décalée. Après Die Linke, fait irruption le chavisme du PSUV tout en soutenant le social-libéralisme, doux euphémisme, du PT brésilien. Difficile à suivre...
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C'est cependant au niveau des choix stratégiques immédiats que se posent le plus de questions: le PG défend la nécessité de l'alliance avec le PS combinée avec la possibilité d'en changer le centre de gravité. L'idée étant que l'unité du Front de gauche (élargi, par exemple, au NPA) permettrait de «jouer la gagne», et d'imposer ainsi un « tournant antilibéral » au PS. Cette mirifique hypothèse est... invraisemblable. Du moins, en l'état du rapport de forces et de la caractérisation du PS.

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La question qui fâche est donc: le PG ira-t-il dans une coalition PS - EE en position subordonnée?

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Beaucoup de sympathisants et de militants du PG concéderaient sans doute une réponse négative et s'effaroucheraient que la question leur soit ainsi posée.

Comme le dit, ce jour, dans Le Monde, Philippe Marlière (1) « La clé du problème appartient à la gauche radicale qui doit amener Jean-Luc Mélenchon à servir, non pas son destin personnel, mais un front anticapitaliste unitaire. »

Bonne question à laquelle s'en ajoute une autre: ce front est-il possible ?

Oui, sans doute, si toute idée de « marchandage » avec le social-libéralisme est écarté par le PG et son allié jusqu'ici privilégié, le PCF.

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Les militants du PG peuvent, s'ils le souhaitent, lors de leur congrès, apporter une réponse audible à tous ceux qui désespèrent d'une vaste union anticapitaliste qui ne peut pas, néanmoins, se nouer que par des accords au sommet.

Il est peu de dire que les partisans d'une « gauche radicale » sont bien plus nombreux et déterminés en dehors des partis qui sont censés les représenter qu'à l'intérieur de ces organisations, PG inclus...

 

(1) Ce qui est loin d'être le cas de son allié du Front de gauche, le PCF, toujours marqué par le productivisme et une nucléophilie non démentie.

(2) professeur de science politique à l'University College

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