L’ÉCOLE DES FANS : REMAKE FAÇON MÉDIAPART

Ce billet d'humeur contrariée ne figurera pas dans la sélection du club, et c’est tant mieux ! L'école des fans, pas pour moi!!!

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Le rideau vient de tomber, dans la pénombre des projecteurs, un homme tire sa révérence dans le silence de la nuit. Le décès de Claude Régy aurait presque pu passer inaperçu dans la grande euphorie collective de la kermesse de Noël. Juste quelques lignes effleurées dans les principaux supports d’information et puis ce billet délicat, presque anonyme, comme une offrande, une oblation à la liturgie d’une figure atypique publié sur le blog de Denys Laboutière ( Recommandé par les abonnés) : LA PLACE DES LARMES : Claude RÉGY est mort

Un billet d’une qualité irréprochable qui retrace les plus grandes lignes de la vie de « l’apôtre du silence, de la pénombre et du dépouillement" selon Gérard Depardieu. Une ode poignante et intimiste à la gloire et à la mémoire de celui qui bouscula les codes de la mise en scène,  faisant passer ce qui est dessus, dessous. Sous sa plume aiguisée et subtile, entre  fulgurance et transcendance, nous entrainant dans la furie galopante et la folie contagieuse du spectacle vivant. Denys nous emporte dans le tourbillon de cette quête inépuisable de la vérité à travers la scène et de ses multiples craintes d'une création de plus en plus frileuse. Un billet sincère et élogieux à la gloire d’un  personnage  très critique à l’endormissement  d’un théâtre qu’il qualifiait de subventionné. Et pourtant malgré cette belle épitaphe quasi inconditionnelle, ce billet a sombré dans les oubliettes du labyrinthe de ce journal participatif, même pas l’ombre d’un projecteur…

Le lendemain, dans la sélection du club figure en tête de liste un tout autre billet de Jean-Pierre Thibaudat sur le même sujet : Silence, Régy est mort» . Un texte à la ferveur de l’homme qui vient de s’éteindre. L’hommage d’un journaliste culturel.

Et voilà que l’on s’interroge sur les biens séants et les biens pensants d’une telle différence de traitement de faveur. Qu’est ce qui peut faire que pour deux billets tout aussi élogieux, traitant du même sujet, l’un soit encensé, mis en lumière sous les feux d’une actualité probante tandis que l’autre croupisse dans la pénombre de l’arrière scène ? Quels sont les critères impérieux qui décident  de l’intérêt journalistique au détriment  de la création artistique ? Les plus grands talents restent souvent cachés, il en est ainsi depuis des générations d’artistes contrariés, poètes maudits et peintres miséreux reclus dans des univers parallèles, loin des fastes de la reconnaissance officielle.

Il y a de quoi s’interroger sur les mystères de cette sélection à l’aveugle et sur le fondement de cette iniquité que l’on serait en droit de qualifier d’aléatoire. Avons- nous affaire à un énième concours de distribution de bons points, à cet infect hit-parade où trop souvent trônent navets sans saveur , sans odeur? Sommes- nous face à une intelligentsia taillée sur mesure détentrice de la bienséance d’un parterre trié sur le volet, se congratulant avec efficience dans un remake de satisfactions entre gens de même bord et de bonne manière dont nous abreuvent les plateaux télévisés dans ce qu’ils qualifient de show- business. Le mot business étant de trop, le show  tronqué de sa véritable qualité artistique au sens le plus profond du terme, tout n’est que paillettes, pathétique spectacles de distribution de breloques de satisfecit.

Et tout à coup, on s’interroge sur les méandres obscurs de Médiapart. Toujours les mêmes têtes d’affiche qui squattent le haut du pavé, qui font la une ou la sélection du jour, cela finit par devenir presque grotesque…On devrait s'en moquer ou bien en rire, pas que l'on ait l'idée de figurer tout en haut à décrocher la lune, mais au moins la reconnaissance d'une certaine qualité d'écriture qui défie les éternels flonflons aux airs connus et archi reconnus. Inutile de les citer tous, j'aurai plutôt plaisir à énumérer les sans nom, les sans grade et les sans gloire, éternels piliers de l'ombre des besogneux, cochons de payants bâillonnés!!!

Alors oui, je comprends aisément ce ras le bol latent qui vermine les envies les plus nobles et torture les esprits les plus élogieux. Les plus grands ne sont pas ceux que la critique encense, j'ai toujours eu un faible, une préférence pour les taiseux, les humbles, les nobles de cœur, ceux qui trempent leurs tripes dans leurs idéaux, ceux qui bousculent l'ordre des choses, ceux qui proposent un regard neuf à la face de l'establishment intellectuel. Les forçats de l'art primaire méritent mieux qu'une simple sélection notoire à la Une.

Je salue Denys Laboutière pour la précieuse qualité de son travail de fourmi.

Palme d'Or du silence.

 

 

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