En Marche: La Marque à la mode de la politique française.

Des candidats inconnus un mois plus tôt qui atteignent des scores de plus de 30% et ringardisent des élus bien établis, c’est la force d’une marque! C’est ce qu’a utilisé Macron , c’est ce qu’En Marche est devenu.

Les 99% d'électeurs passifs  

En un mois de campagne, avec quelques articles superficiels dans la presse locale, une couverture télé de quelques minutes, des pages d’accueil de sites web visitées par quelques centaines de personnes, et un participation aux réunions de campagne de quelques dizaines, les 15,000 votants par circonscription pour le candidats En Marche n’ont pas pu évaluer les qualités et connaître les idées du candidat pour qui ils ont voté.

Les candidats des marques passées de mode, malgré des réunions publiques remplies de supporters déjà convaincus plutôt que d’électeurs en questionnement sur leur vote, ont parfois fini à moins de 10%, souvent à moins de 20%, confirmant la différence entre militant et électeur lambda.

Au-delà des abstentionnistes, cela fait 99% d'électeurs passifs.

L’absolution par la Marque

La Marque a d’autres effets miraculeux: tout candidat, même cumulard, même à son  troisième mandat ou à l’éthique douteuse, paré de cette nouvelle marque atteint des scores de 30% ou plus, alors que ses alter ego restés fidèles à l’ancienne marque est généralement laminé.

Cela démontre que le vote En Marche fonctionne comme l’achat d’un produit de marque sans se poser de questions. L’électeur se dispense de faire son boulot préparatoire, à savoir d’évaluer les candidats et leurs qualités propres, approches, et programmes.

La Marque politique: une nouveauté?

Certains feignent la surprise, or les grands partis ont toujours permis de faire élire le candidat de leur choix, sauf accidents de parachutage ou de dissidence locale. Peu de députés indépendants ont émergé, et l’hégémonie d’un seul parti à une élection a existé.

Une campagne pour créer La Marque

Le succès d’En Marche n’est pas un hasard, mais le fruit d’une très bonne campagne marketing. Le marketing fonctionne et ceux qui le pratiquent ne font que présenter aux électeurs ce à quoi ils sont prêts à succomber. Comme toute campagne marketing, il faut des ressources pour la mener, et pas seulement des bénévoles, mais il faut aussi du temps de média, non pas acheté mais offert. Mais c’est une autre question. Bref, pour rivaliser avec des forces existantes, il vaut mieux arriver avec la méthode Uber que comme une petite coopérative.

Grandeur et décadence des Marques

Facebook et Google ont émergées en répondant, voire en créant les attentes des consommateurs. En Marche aussi, n’a pas raté la cible et répondait le jour du vote aux attentes des électeurs.

Des positions hégémoniques vite gagnées mais parfois perdues tout aussi vite comme pour MySpace ou Yahoo. L’image de start-up sympas telles que Google, Amazon ou Uber disparaît pour apparaître comme de grosses entreprises voraces quand l’opinion s’aperçoit que leur objectif est la maximisation du profit par l’abus de leurs salariés ou des données de leurs utilisateurs . Tout cela peut arriver aussi en politique française si ces nouveaux députés se contentent d’être la relève des précédents et ne tiennent pas la promesse du changement de façon de faire de la politique?

Le député et ses électeurs

Le tassement d’En Marche du 2eme tour est le signe que les électeurs veulent une opposition, il pourrait même indiquer qu’ils ont eu peur qu’En Marche ne tienne pas ses promesses de renouvellement par le débat et la diversité interne. Et plutôt que de risquer l’unisson laudateur à l’assemblée, le schéma Vème République classique est reconduit, avec une majorité dont on accepte qu’elle soutienne les yeux fermés le gouvernement et des oppositions de tailles suffisantes s’opposant souvent dogmatiquement au gouvernement et ses projets, mais cela ne changera pas la réalité de l’assemblée comme chambre d’enregistrement des projets du gouvernement.

Pour que les choses changent il faudra qu’En Marche incite ses députés à utiliser leur intelligence individuelle et collective pour analyser, innover, proposer, débattre sur les textes de loi.

L’électeur et sa responsabilité

On peut douter qu’En Marche veuille vraiment que le changement ait l’ampleur que les électeurs imaginaient lors de leur vote. Le marketing excelle à faire monter l’enthousiasme qui culmine au moment de l’acte mais après il peut laisser les acheteurs/citoyens souvent déçus, parfois prisonniers. Ces derniers en appliquant une certaine pression sur les députés, peuvent provoquer ce changement.

On peut néanmoins être pessimiste, car si les électeurs avaient cette exigence démocratique, on aurait observé plus d’engagement au moment de ces élections pour examiner les candidats et leur programme ou participer à la campagne et au débat d’idées plutôt que de simplement démontrer un engouement pour une marque.

Les électeurs étant les mêmes que les consommateurs, il est probable que seule une minorité fasse l’effort. Dans le cas contraire, les rencontres de campagne et les boîtes mail des candidats auraient dû avoir une fréquentation 10 ou 20 fois supérieure. Le domaine commercial souffre du même manque d’engagement avec très peu de consommateurs attentifs au commerce alternatif, aux circuits courts, au commerce équitable, ou à l’appropriation des données personnelles par les GAFA…

La voie du progrès

On perçoit tout de même une tendance de fond ou les causes progressistes, gagnent en influence et en notoriété, parfois au moyen de labels (solidaire, environnementaux…) , version moins capitalistique de la marque. Les élus En Marche vont-ils vraiment changer la façon de faire de la politique ou ont simplement renouvelé ceux qui la feront dans la période à venir ?  Cela tient à eux et aux initiatives et approches qu’ils adopteront, mais cela tient aussi à une minorité d’électeurs agissants qui devront être exigeants et contrôler l’action de leur député tout au long de son mandat, l'interpeller sur ses choix et ses actions et pas seulement se reposer dans 5 ans la question pour savoir quelle est la marque la plus à la mode. Ces exigences c’est bien sûr à nous tous individuellement, mais aussi collectivement au sein d’organisation citoyennes et autres mouvements de les rappeler, de témoigner du changement et de sonner l’alarme en cas de besoin pour éviter que En Marche devienne un Marque de godillots.

 

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