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Billet de blog 20 sept. 2022

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Réflexions autour de l'affaire Quatennens

Je livre ici mes réflexions au sujet de l'affaire Adrien Quatennens. Elles n'engagent que moi.

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Un article laconique. Le Canard enchaîné, dans la journée du 13 septembre, servait à ses lecteurs une réclame audacieuse. "La direction de LFI, indique-t-il, s’inquiète d’une main courante qui vise Adrien Quatennens, déposée par son épouse". Nous attendions la mort politique du député. Nous avons eu le chant du Canard - à défaut d'être un cygne -, journal autrefois respectable. L'article est à l'image du tweet : laconique. Ce qu'il faut pour divertir. 

La lutte contre les violences sexuelles et sexistes, en revanche, importe peu. Le journaliste, à ce titre, respecte les traditions en divulguant l'information sans le consentement de la victime. (À ce sujet, cf. L. Bredoux, Violences conjugales : la voix confisquée des victimes, disponible sur Mediapart). Il ajoute une prédiction qui - heureux hasard - vise Sandrine Rousseau. Elle "va sûrement applaudir" précise-t-il. À la fin de l'article, le lecteur - de droite - est diverti mais pas informé. Le sujet méritait bien mieux. 

Des informations tardives. Les faits susceptibles d'être à l'origine de la main courante sont révélés par Adrien Quatennens en personne dans un communiqué du 18 septembre 2022. Il nous livre les comportements problématiques dont il est l'auteur : harcèlement téléphonique, confiscation du portable, violences physiques... Il conclut par le retrait de ses fonctions de coordinateur de la France insoumise. Il ne dit rien cependant de son mandat de député. 

Le communiqué est critiquable. L'agresseur admet qu'aucun contexte ne justifie ses violences mais précise que la situation est "complexe". Il reconnait des agissements graves mais ajoute qu'il n'est "pas un homme violent". L'assertion est cynique, à l'évidence. Ses conclusions aussi peuvent être insatisfaisantes : pourquoi considérer que ces faits justifient son retrait de la direction du parti mais pas de son mandat de député ? Malgré tout, ne devons-nous pas voir dans ce communiqué un progrès ? Celui des luttes féministes. Adrien Quatennens n'est pas courageux mais contraint. Les luttes ont ainsi permis de séparer l'agresseur de son mensonge. L'homme politique - de gauche pour le dire simplement - ne parjure plus, il se repent.

Des réactions décevantes. Ces quelques réjouissances sont toutefois escamotées par les réactions déplorables de certains cadres de la France insoumise. Jean-Luc Mélenchon pour commencer qui, dans un tweet du 18 septembre, salue la "dignité" et le "courage" d'Adrien Quatennens et lui réitère sa "confiance" et son "affection", sans avoir un seul mot pour la victime... Ou Sophia Chikirou qui l'admire pour "son honnêteté et son abnégation". Ces mots prononcés publiquement et immédiatement après les aveux de l'agresseur ne sont-ils pas insolents ? Pire, l'article "le krach qui vient" publié sur le blog de Jean-Luc Mélénchon et qui fait référence au simple "divorce de camarades" ne témoigne-t-il pas d'une dérision à l'égard des violences sexuelles et sexistes ? Plus que le communiqué d'Adrien Quatennens, ce sont ces réactions qui devraient être l'objet de la critique. 

Quelques questions en guise de conclusion. Une dernière remarque relative au communiqué du député mérite pourtant d'être étudiée. L'agresseur s'exprimerait à la place de la victime. Tout le monde d'ailleurs s'épanche sur ces violences : l'agresseur, les représentants de la France insoumise, les opposants politiques, les médias, les internautes, moi... tout le monde sauf la victime. L'agresseur, ici, décrit les violences qu'il a commises. La victime, en conséquence, ne décide de rien : ni de ce qu'elle veut dire, ni de ce qu'elle ne veut pas dire, ni de comment elle veut le dire...
Cela doit nous interroger collectivement sur le comportement que doit adopter l'agresseur. Il ne doit pas nier, bien sûr. Mais que doit-il faire ? Doit-il conserver le silence (médiatique) ? Doit-il s'exprimer uniquement après la victime ? Dans ce cas, comment doit-il le faire ? Doit-il être succinct ? Ou bien, devons-nous considérer que ces questions ne doivent pas être posées ? Que les remords de l'agresseur ne comptent pas ?
Il y a dans nos rangs une logique répressive à laquelle je ne souscris pas. L'agresseur doit, évidemment, être écarté de toute position de pouvoir, mais doit-il pour autant être exclu du corps social ? J'aime à penser que les luttes contre les violences sexuelles et sexistes ne conduisent pas nécessairement à une logique purement punitive. Qu'au fond, la mort sociale n'est que du spectacle mais ne résout rien. Peut-être même qu'elle détourne du véritable objectif : abolir les rapports de domination. 

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