« Les yeux de la parole » au cinéma St-André des arts

Des ateliers ont lieu dans un collège de la banlieue d'Aix-en-Provence à l’occasion de la création d’un opéra en langue arabe. Les élèves vont alors découvrir les écrits d’un poète syrien, dont l’actualité résonnera bien au-delà de leur cour d’école.

C’est finalement assez rare qu’un monteur prenne la parole pour défendre un film dont il a fait le montage. Habituellement ce serait plutôt aux diffuseurs de le défendre. Mais trouver un diffuseur, télé ou cinéma, relève aujourd’hui d’une gageure particulièrement ardue sur un « marché concurrentiel » où une tomate doit être rouge et ronde, c’est-à-dire avoir une forme clairement catégorisable (documentaire-télé, documentaire « de création » ou « d’auteur » pour amateurs éclairés) et un message limpide qui tient si possible en une phrase. Si la tomate rouge et ronde est sortie du jardin d’un gentil Géant vert, elle aura accès à ce sésame de notre époque saturée d’informations : la visibilité.

Et bien, le fruit de notre travail ne ressemble qu’à lui-même, et c’est de sa singularité qu’il tire toute sa saveur. L’une des grandes joies que procure le montage, c’est de créer des effets inattendus par des rapprochements inhabituels. Or quels rapports y a-t-il entre des musiciens issus du pourtour méditerranéen (Maroc, Tunisie, Palestine, Liban, Turquie) qui tentent de créer ensemble un opéra - une forme commune et harmonieuse - avec une classe de collège d’un quartier populaire ? Entre un monument de la littérature arabophone datant du VIIIe siècle, dont notre « poète national » Jean de la Fontaine s’est inspiré pour écrire ses Fables, et un poète syrien en exil qui cherche à rejoindre l’Europe ? Entre la difficulté à traduire de la poésie et celle à comprendre le monde chaotique qui nous entoure ?

Hegel disait que « l’art est une pensée qui ne peut se donner sous une autre forme que par laquelle elle se donne ». Les yeux de la parole est à lui-même sa propre réponse à ces questions.

Et il sort le 16 mai prochain au cinéma St-André des arts à Paris pendant un mois.

Il est soutenu, entre autres, par Patrick Boucheron, l’IReMMO et Jean-Paul Chagnollaud, Dominique Vidal, Vénus Khoury-Ghata et Nathalie Bontemps, la Maison des Écrivains et de la Littérature, qui nous feront l’honneur de leur présence aux projections du film.

Le programme complet des projections et intervenants :
https://www.facebook.com/lesyeuxdelaparole

La bande-annonce :
https://vimeo.com/217287607

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