Et si on allait voir chez les Grecs ?

 

 

 

 

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Il s’en passe des choses en Grèce. Et porteuses de bien des espoirs. Enfin, pour le peuple mais pas pour les banques et leurs affidés ultralibéraux qui laminent l’Europe ! Ainsi, ce vendredi 6 et samedi 7 mai s’est tenue, dans un amphithéâtre bondé de l’université de droit d’Athènes et dans une atmosphère électrique, la conférence « Dette et austérité : du Sud global à l’Europe ».

En cause : les politiques européennes néolibérales en faveur du capital et la soumission du politique aux « saigneurs » de la finance. Le caractère illégitime voire odieux de la dette grecque, contractée pour l’achat d’armement à l’Allemagne et la France ou dans le cadre du plan « d’aide » de l’UE et du FMI, a été vivement dénoncé. Le mémorandum signé avec le FMI et la Commission européenne vise simplement à faire payer, parfois de leur vie (le nombre de suicides est en augmentation), les citoyens et citoyennes grecs pour sauver la mise de banquiers cupides et sans scrupules. (Rappelons que cette dette touche essentiellement quatre banques : deux françaises et deux allemandes). Aujourd’hui, en Grèce et ailleurs en Europe, la dette est le terrain privilégié de la lutte entre capital et travail. Il est grand temps que la majorité contre laquelle cette guerre est menée s’unisse et reprenne l’offensive, en refusant de payer cette dette.

 

Le député allemand de Die Linke Andrej Hunko a d’ailleurs émis le souhait que de tels rassemblements se tiennent dans chaque pays d’Europe, et que la riposte se construise à l’échelle européenne, que les solidarités brisent les stratégies de division utilisées par les élites et éloignent la menace bien réelle que représente l’extrême droite.

 

« En Grèce, le gouvernement socialiste continue de faire comme si la Grèce allait rembourser cette dette pendant les 25 prochaines années. Mais personne n'y croit plus, et c'est désormais aux Grecs d'imposer le défaut de leur dette » avance Costas Lapavitsas, un économiste grec, intervenant durant ce sommet. Comment s'y prendre, pour provoquer ce défaut? «Il faut former une commission, qui intègre des représentants de la société civile et des syndicats, afin de décider quelles tranches de dette sont susceptibles d'être remboursées, et quelles autres tranches on peut oublier.» A court terme, l'avantage d'un tel panel est évident: annuler le pouvoir de nuisance des marchés financiers, et permettre à la population de chacun des pays de reprendre la main sur la gestion de leur dette.

 

L'exemple de l'Equateur est revenu en boucle dans les débats. Ce pays d'Amérique latine a mis sur pied, en juillet 2007, une commission d'audit. Son rapport a conclu, 14 mois plus tard, à l'«illégitimité» d'une bonne partie de la dette. Si bien qu'en décembre 2008, le président Rafael Correa suspendait le paiement de près de 40% de sa dette internationale. Au grand dam des banques américaines. « Nous avons passé au crible trente ans d'endettement du pays, de 1976 à 2006», se souvient Eric Toussaint, président du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM), qui fut l'un des membres de cette commission. Dans leur jargon, les experts ont identifié des tranches de dettes «illégales» (dont le contrat est contraire au droit international ou équatorien), «odieuses» (contractées par un gouvernement despotique, à l'encontre de l'intérêt des populations) ou encore «illégitimes» (par exemple lorsqu'elles sont creusées pour voler au secours des banques privées...). Autant de critères qui pourraient servir pour adoucir le fardeau des dettes en Grèce et en Irlande. Une fois formés, ces panels pourraient donc se coltiner à un certain nombre de questions délicates. Quelle est la «légalité», par exemple, d'une dette qui fut camouflée pendant des années, en douce, par une grande banque américaine, en l'occurrence Goldman Sachs ? Quelle est la « légitimité » du prêt de 110 milliards d'euros accordé par Bruxelles et le FMI en l'échange de l'austérité? « C'est une manière alternative de réfléchir au défaut, de façon plus démocratique, et je trouve le débat grec plutôt encourageant ces temps-ci », veut croire Costas Lapavitsas.

 

Les derniers chiffres sur l'économie grecque donnent la mesure de la « réussite » du plan de consolidation imposé par les ultras libéraux qui sévissent tant à l’U.E. qu’au FMI. Au dernier trimestre de 2010, le PIB de la Grèce a plongé de 7%. Le pays va connaître en 2011 sa troisième année consécutive de récession, avec un taux de chômage dépassant les 18%. Le déficit public, qui était antérieurement annoncé à 9,5% du PIB, a été révisé à la hausse et atteint 10,5% en 2010. La dette publique s'élèvera à 340 milliards d'euros, soit plus 150% du PIB d'ici à la fin de l'année. Les taux obligataires sur la dette à deux ans dépassent les 25,2%. Mais à part cela, tout va très bien. C’est ça que la « restructuration de la dette » peut contrecarrer.

 

Ben en voilà des nouvelles qu’elles sont bonnes !

 

Sources :

http://www.mediapart.fr/journal/economie/050511/crise-de-la-dette-lexemple-de-lequateur-peut-il-servir-en-europe

http://www.cadtm.org/Global-Gatheri... .

 

 

 

Illustration X - Droits réservés


Décadi 20 floréal de l'an 219 de l'ère de la Liberté

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