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Le Club de Mediapart mar. 3 mai 2016 3/5/2016 Dernière édition

Tunisie: une bouffée d'air pur!

 

Au-delà des enfumages quenéliens, il s'est passé quelque chose de formidable, une bouffée d'espoir pourtant largement passée inaperçue dans la presse purée et les canards laquais: c'est l'avancée décisive de la Tunisie vers la démocratie. Laissons la parole à l'excellente journaliste et essayiste Martine Gozlan, spécialiste du monde arabo-musulman dans cet article publié dans Marianne ainsi que le blog Télégrammes d'Orient

 

Formidable Tunisie

 

Non, la charia ne passera pas et oui, l'accusation d'apostasie est interdite. Non, l'islam ne sera pas la source du droit mais oui, la femme est l'égale de l'homme. Et la liberté de conscience est protégée. Les Tunisiens, avec un minimum de violence et un maximum de raison, se sont battus pour une Constitution qui répudie l'obscurantisme et ouvre la porte à l'espérance laïque dans le monde arabe.

 

Formidable Tunisie!

 

 

Ailleurs, il n'y a pas le choix: c'est le barbu ou le képi. Pour que l'islamisme morde la poussière, il faut que celle des tanks se répande dans les rues. Et l'islamiste, bien sûr, reprend le maquis et les explosifs. Ailleurs, il n'y a pas le choix: c'est sang pour sang et l'exclusion de l'autre à tous les rendez-vous de l'Histoire. Cet ailleurs-là, il a frôlé les Tunisiens et ils n'en ont pas voulu. Ils l'ont rejeté de toutes leurs forces claires, en comptant leurs morts sur les doigts de leur main mais c'était déjà bien trop. Ceux d'entre eux qui se mettaient à dériver vers les rivages de la déraison, tentés par l'ailleurs sauvage et radicalement étranger, ils se sont dressés contre eux, bien que l'illusion lyrique et la soif de revanche qui suit toute révolution leur ait miraculeusement donné le pouvoir. Mais cela se reprend, un pouvoir prêté par le peuple, surtout quand ce pouvoir prétend à une éternité pseudo-démocratique de droit divin! 


Et voilà: la société tunisienne laïque et ouverte, constituée en opposition enfin dynamique, s'est battue face aux islamistes médusés pour une Constitution qui sauvegardera les libertés.

 

Non, l'islam ne sera pas la source du droit, ce qui exclut définitivement la charia, la loi religieuse. Oui, accuser un citoyen ou une citoyenne d'apostasie, de reniement de l'islam sera désormais un crime. C'est une première dans le monde arabe!  Et on doit cet amendement de l'article 6, qui a été furieusement débattu, à une nouvelle faute majeure d'un certain député d'Ennahda célèbre pour son aptitude mineure au dialogue: le dénommé Habib Ellouze, qui s'illustre depuis trois ans en cajolant prédicateurs saoudiens et djihadistes égarés, a fait pleuvoir une grêle d'insultes et de menaces sur le député de l'opposition qui défendait les idées laïques. Cette violence a suscité un tel rejet que l'amendement a été voté. Et c'est ainsi qu'on ne pourra plus parler d'apostasie en Tunisie!


CONSEQUENCE: IL FAUT LIBERER JABEUR MEJRI, EMBASTILLE POUR ATHEISME!


Ce serait la suite logique et immédiate de la fantastique prise de conscience qui a inspiré le vote de cet amendement.


Mais attention: ils n'ont pas encore tout gagné, les Tunisiens de l’État enfin civil, de la liberté de conscience inscrite dans les textes. Nadia el Fani, la magnifique réalisatrice célèbre pour son document "Laïcité Inch Allah!", tant de fois menacée et injuriée, me souffle que je suis  un brin angéliste et beaucoup trop naïve pour penser à la tunisienne: " Doucement! Tu oublies que l'article 1, qui date de Bourguiba, est toujours en place: l'Islam est religion d’État! Même s'il ne dicte pas sa loi, ce consensus là ne me plait pas du tout! Et puis la Constitution commence par une invocation à Dieu: Au nom d'Allah, le Tout puissant et le Miséricordieux! Tu trouves ça laïque, peut-être??" Sur Facebook, me dit-elle, les commentaires se déchainent.


Bref, là où nous voyons une fin, ils ne voient qu'un début. ils sont prêts à batailler encore et encore sur le terrain mouvant des interprétations. Ils ne se laisseront pas duper. ils sont décidés à aller jusqu'au bout.


Face à eux, les islamistes n'ont pas dit leur dernier mot. Le premier ministre doit rendre son tablier le 9 janvier et un autre gouvernement se mettre au travail dans un contexte économique dramatique. Le 14 janvier, la révolution aura 3 ans. Tout continue. Tout recommence. Un pas après l'autre vers le refus de la négation de l'autre.


Formidable Tunisie!

 


Rédigé par Martine GOZLAN

 

 

 

Primidi 21 nivôse 222

 

Photo X - Droits réservés

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Tous les commentaires

C'est une mauvaise Constitution !
Hélas, c'est encore le peuple qui en fera les frais.
Une Constitution est un texte destiné à protéger le Peuple des abus de pouvoirs de ceux à qui le Peuple a besoin de confier des mission d'intérêt général :

  • La gestion des affaires courantes,
  • La police,
  • La justice,
  • L'information des citoyens pour qu'ils puissent faire des choix éclairés quand ils sont consultés,
  • La création monétaire, la monaie étant le lubrifiant des échanges économiques
  • L'armée
  • Et si les citoyens le veulent ainsi, le pouvoir religieux

Si la Constitution ne remplit pas ce rôle, ce sont les puissants qui en profiteront et le peuple sera mal traité par les tenants de ces pouvoirs.

Ces pouvoirs doivent être séparés et sous contrôle citoyen.
Les citoyens chargés de contrôler ces pouvoirs doivent être tirés au sort pour des mandats courts et non renouvelables, ils doivent être indemnisés pour leur pertes de salaires, mais ils doivent pouvoir être jugés s'ils se sont rendus coupables de corruption.

Et si le Peuple veut se révolter, il devra encore verser son sang ... c'est désolant !!!

Oui nous ne sommes pas un exemple !
Mais nous espérions tant que les Tunisiens puissent nous montrer l'exemple à nous les Français !

Il n'y a pas de démocratie sans tirage au sort.
L'élection doit être réservée aux postes qui nécessite de la compétence.

Et si vous estimez que le peuple est incompétent pour controller, alors pourquoi lui demandez vous de voter si ce n'est parceque vous savez que l'on s'arrangera toujours pour que ce soit des gens compétents qui soient élus.

Au fait, c'est qui ce "on" ?
Ce sont les riches, les partis politiques et les banques qui financent les campagnes électorales.

Alexis de Tocqueville avouait déjà : "Je ne crains pas le suffrage universel : les gens voteront comme on leur dira."

A lire, ce document.

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