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Billet de blog 21 oct. 2014

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Approchez ! Mesdames et Messieurs ! L’industrie nucléaire vous accueille !

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« Approchez ! Approchez ! Vous n’en reviendrez pas ! » Pim. Pimpim. Pimpimpimpimpimpim ! »

Eh oui. Sans vergogne, l’industrie la plus dangereuse qui soit, mais aussi – heureusement – la plus passéiste vient de faire son « cho », le semaine dernière, au Bourget. « Worl Nuclear Exhibition » que ça s’appelait. Eh ouais. Faut parler globish, ça fait moderne… En fait, cette « exhibition » ressemble à un dernier tour de piste avant la fin du spectacle. Car l’industrie nucléaire est une industrie du passé. Sans avenir. Ou plutôt si : elle a un grand avenir mais…dans la gestion très approximative des déchets-merdes qu’elle fabrique et surtout dans le démantèlement des centaines de centrales qui vont fermer dans la décennie à venir.

Sa part dans la production mondiale d’électricité est passée de 17,1% en 2001 à 10,9% en 2012 (chiffre provenant de l’Agence internationale de l’énergie atomique et publié dans son dernier rapport [PDF]). Autre signe significatif de ce déclin, l’action d’Areva - numéro Un mondial du secteur – qui planait autrefois autour de 82 euros, se traine autour de 10 euros !

Cette industrie crève ? Mettons-lui le pied sur la tête pour l’enfoncer dans sa merde ! Elle est caractérisée par son incompétence, ses mensonges, son irresponsabilité.

Incompétence. Sans revenir sur le désastre de Tchernobyl, il y a trois ans maintenant que les réacteurs en fusion de Fukushima crachent leur mort. Car aucune solution efficace n’a pu être mise en œuvre pour sortir du sol et neutraliser ces réacteurs. Les « spécialistes » industriels les plus pointus, venus du Japon, mais aussi de France et des Etats-Unis se montrent absolument incapables de mettre au point des procédures, des machines, des techniques appropriées pour  se saisir des coriums fondus et de les traiter. L’océan sert de poubelle où sont relâchées des quantités phénoménales de radioactivité. Sans qu’aucune solution sérieuse ne soit en vue.

Irresponsabilité. Cette incompétence se combine avec une totale irresponsabilité reconnue par la Convention nucléaire de Paris de 1960 (https://www.oecd-nea.org/law/nlparis_conv-fr.html) qui reconnait que « la production et l’utilisation de l’énergie atomique comportent des risques sans commune mesure avec ceux dont le monde a l’expérience » et énonce explicitement l’irresponsabilité des exploitants. « Aujourd’hui, en France, en cas de catastrophe nucléaire, la responsabilité dommage de l’exploitant est limitée à 91 millions d’euros, celle de l’Etat, tous mécanismes confondus, à 345 millions d’euros. L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a récemment proposé une estimation de 430 milliards d’euros, pour un scénario d’accident nucléaire lui-même très minimisé : fusion d’un tiers d’un réacteur, dans la centrale de Dampierre (Loiret), et relâchement de radioactivité pendant seulement deux heures. Avec ce scénario très optimiste, 25 000 km² deviendraient inhabitables, il faudrait évacuer 2,6 millions de personnes (dont la ville d’Orléans) mais il serait « réaliste » d’en évacuer seulement 26 000 et d’indemniser les autres ; 50 000 cancers. Á Fukushima, ce sont trois réacteurs entiers qui ont fondu et le relâchement massif de radioactivité a duré des mois. » (http://rue89.nouvelobs.com/2014/10/14/salon-mondial-nucleaire-bourget-derniere-espere-255474)

Mensonge. Le secret et le mensonge sont consubstantiels à cette industrie. Parce qu’elle est entachée des massacres épouvantables de sa composante militaire. Parce qu’elle s’est construite sur un culte du secret, du confidentiel, du mensonge, bref, du bourrage de crâne. Rappelons-nous le « professeur » Pellerin assurant que le nuage radioactif de Tchernobyl s’était arrêté…aux frontières de la France !!!). Cette culture du secret est officialisée par le fait que l’OMS (organisation mondiale de la santé), émanation de l’ONU chargée de résoudre les problèmes de santé publique et d’éclairer l’opinion mondiale, est directement liée à l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) par un accord signé le 28 mai 1959, qui stipule, dans son article 3, qu’il est possible « de prendre certaines mesures restrictives pour sauvegarder le caractère confidentiel de certains documents ». Ben voyons ! Dès lors, pourquoi se gêneraient-ils nos nucléocrates pour nous raconter des bolas ? Avec arrogance, voire mépris, ils nous assènent qu’un accident « est très peu probable chez nous ». Ben voyons… On est d’autant plus enclin à  les croire que les dommages liés à leur industrie ont pour eux un coût quasi nul ! On comprend dès lors les insuffisances de la sécurité et le recours systématique à des sous-traitants mal formées, mal équipés, mal payés et irresponsables. L’irresponsabilité étant un dogme en la matière.

Ainsi, mesdames et messieurs les nucléocrates qui vous êtes pavoisés, qui vous êtes gargarisés du « développement », de « l’avenir » de votre industrie, vos rodomontades ne trompent personne : les contrats nouveaux ne concernent que la gestion et la réparation des 390 réacteurs encore en service sur Terre.

Par contre, vous avez encore un bel avenir, et particulièrement les Français. Votre compétence, votre expertise sont indispensables pour mener à bien le grand chantier nucléaire des décennies à venir : le démantèlement des centrales.

Sources :

http://rue89.nouvelobs.com/2014/10/14/salon-mondial-nucleaire-bourget-derniere-espere-255474

http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/wne-le-bourget-du-nucleaire-les-158066

 Illustration X - Droits réservés

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