Marseille. La kalach ET le tarpé !

Une démonstration de force des narcotrafiquants marseillais à la Busserine. Un véritable commando paramilitaire avec uniforme noir, voitures noires et kalachnikovs tire dans la cité et n'hésite pas à flinguer les flics qui arrivent. La routine quoi. Comme au Mexique.

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Encore une fois, Marseille est montrée comme Chicago au joyeux temps de la prohibition. La ville où l’on défouraille comme l’on galèje. La ville où les différents se règlent à la kalash. Par ailleurs, cette ville est souvent citée comme un modèle d’intégration, de vie (presque) harmonieuse parmi les composantes d’une population traditionnellement cosmopolite. Paradoxe mais réalité.

Il n’empêche que les règlements de comptes se multiplient, voire se banalisent. Le moindre différend se règle au calibre et – escalade – à la kalachnikov. Les flics font ce qu’ils peuvent, c’est-à-dire pas grand-chose. Cette ambiance de far-west est sous-tendue par le chômage à haute dose qui sévit dans les quartiers dits sensibles de cette ville pauvre, avec pour conséquence la nécessité d’une économie parallèle, en l’occurrence le trafic de drogues, essentiellement de shit (cannabis).

Ce trafic est parfaitement organisé avec les gros bonnets (n’habitant pas sur place mais de luxueuses demeures au soleil), les pourvoyeurs qui remontent la drogue depuis le Maroc où elle est cultivée, soit en grosses bagnoles, soit planquée dans des cargaisons de poids lourds, les revendeurs (dealers) dans les citées, les « nourrices » qui logent les stocks, les choufs (guetteurs) des minots généralement qui surveillent l’éventuelle venue des flics, les rabatteurs de clients. Tout ça croque plus ou moins selon la place dans la hiérarchie du trafic. Mais la dure loi de la concurrence « libre et non faussée » fait que les conflits de territoires, de parts de marchés, voire de massacres « pour l’exemple » pour maintenir la « rigueur » dans un même réseau sont nombreux. Et se règlent à la kalach…

Comment casser cette spirale de la mort ? Certainement pas avec des gesticulations policières. Les bataillons de CRS de Villeneuve près de Grenoble ou dans les quartiers nord de Marseille ne sont pas inutiles en ce sens qu’ils donnent un coup de pied dans la fourmilière et désorganisent momentanément les réseaux, mais ils ne règlent pas le problème de fond : misère due au manque de boulot et trafic. Le chômage étant ce qu’il est, le boulot n’arrivera pas dans les citées à coups de baguette magique, on n’est pas dans Harry Potter. Reste le trafic de drogue.

J’entendais ce matin Menucci, conseiller municipal et ancien député de Marseille, tirer les conclusions de cet état de fait : légaliser le cannabis afin de couper l’herbe (qui fait rire !) sous les pieds des trafiquants. Il n’est pas le premier, il n’est pas le seul à prendre enfin le chemin du réalisme. Une position vigoureusement combattue à droite comme à gauche par des responsables politiques fermement opposés à toute tentative de légalisation du cannabis ou des drogues dites douces qui conduisent inexorablement, prétendent-ils, à l’usage de drogues de type cocaïne ou ecstasy. Des konneries que réfutent ceux qui connaissent la question, le cannabis étant jugé moins dangereux que l’alcool et moins addictif que le tabac. Les lobbies de l’alcool ne sont peut-être pas étrangers à cette intransigeance que Macron a faite sienne.

La France est le pays qui envoie le plus de gens en taule pour possession ou trafic de cannabis. Les prisons sont encombrées et la réponse est de remplacer la zonzon par une prune. Pourquoi pas. Malgré cette répression la France est le pays où on fume le plus en Europe. C’est bien la preuve que cette politique répressive ne mène nulle part, et au contraire permet le financement des réseaux mafieux, car plus c’est illégal, plus c’est rentable.

Le système de légalisation, comme au Colorado et ailleurs aux États-Unis, permettrait : - production en France ou en Europe via des filières contrôlées, - autoproduction pour ceux qui veulent pour leur conso perso, - vente dans les bureaux de tabac, - interdiction évidente pour les mineurs, - et… de juteuses rentrées de fric pour l’État.

Les résultats seraient : - remise des flics sur des tâches utiles, - du boulot pour les agriculteurs notamment en zones de montagnes, - de l’activité pour les buralistes, - la fin des financements des réseaux maffieux, puisqu’ils n’auraient plus rien à y gagner, - une meilleure détection des personnes à la dérive par surconsommation, - une prévention plus aisée, notamment par la suppression de « l’attirance pour l’interdit » chez les ados, - des taxes pour la sécu, - une meilleure qualité, contrôlée, garantie pour les consommateurs, - et pourquoi pas, des « dealers » devenant chef d’entreprise et confrontés alors aux règles de concurrence !

Et donc beaucoup moins d’insécurité dans nos villes, renflouement du trou de la Sécu et prospérité dans certains départements ruraux de montagne.

Et Jupitunet, Tarpet ?

Illustration: merci à Placide.

 

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