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Cinq ans après la première grande manifestation de Villeneuve-sur-Berg (Ardèche, 15.000 personnes), quatre ans après celle de Saint-Christol-lès-Alès (5.000), les militants anti-gaz de schiste ont ressorti cette semaine les banderoles et les masques à gaz pour manifester, le 28 février, à partir de 14 heures. Ça va se passer au pied de ces Cévennes rugueuses et rebelles, dans un village célèbre pour son engagement écologique à Barjac, dans le Gard. Cette petite ville, engagée dans une démarche environnementale, notamment en passant sa cantine au bio et en créant un « Service Public de Restauration Éducative et Sociale », a fait l'objet d'un documentaire : Nos enfants nous accuseront.

Raison de cette nouvelle mobilisation : le retour de la menace « gaz de schiste ». Avec la loi Jacob de juillet 2011, qui interdit la fracturation hydraulique, les choses s'étaient un peu calmées. Mais en janvier dernier, la décision du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'abrogation du permis de recherches en hydrocarbures dit de Montélimar D'un point de vue légal, ce n'était pas illogique puisque Total n'a jamais parlé de fracturation hydraulique. Mais c'est bien une preuve que la loi Jacob est insuffisante. Les organisations d'opposants qui appellent à manifester estiment qu'il faut une nouvelle loi pour interdire de manière définitive toute recherche d'hydrocarbure dans la roche mère puisque ce n'est pas possible sans fracturation. Ce permis couvre en fait 4.327 km2 et s'étend sur l'Ardèche, la Drôme, le Gard, l'Hérault et le Vaucluse.

Ce retour des manifs contre l'exploitation des hydrocarbures « non conventionnel » met également les projecteurs sur un autre type d'exploitation, que certains considèrent comme acceptables mais que d’autres rejettent au même titre que le gaz de schiste : le gaz de couche.

Gaz de couche ? Késako ? Le grisou ? Ce gaz qui a tué tant de mineurs ? Non. Le grisou, c'est le « gaz de mine », qui peut-être récupéré sans forage, à la sortie des mines. Pauvre en méthane, il est peu rentable. Il s'agit du méthane piégé au sein des veines de charbon des anciennes houillères Ce méthane est fixé dans le charbon, souvent profondément enfoui au-delà de 1000 mètres sous terre. Le gaz, prisonnier des veines de charbon, ne peut-être récupéré en surface comme le gaz de mine. Il est exploité aux États-Unis, au Canada et en Australie. Mais d’anciens bassins houillers français dans le Nord-Pas-de-Calais, le Jura, la Lorraine, la Provence et les Cévennes intéressent des entreprises gazières.Certaines possèdent d'ores et déjà de permis exclusifs de recherche en Lorraine (lien 1, lien 2) , dans le Jura et en Provence, dans le bassin de Gardanne.

Arnaud Montebourg, lorsqu'il était ministre, était plutôt favorable à l'exploitation de ce « gaz en marinière » qui pouvait, pensait-il, réduire le risque de délocalisation des industries chimiques vers des pays où le prix du gaz est très bas, et attirer dans les régions concernées des entreprises consommatrices de gaz et soucieuses de sécuriser leur approvisionnement.

C'est un point de vue. Il n'est pas partagé par tous. Ainsi, un rapport publié en 2013 sous l'égide du ministère de l'écologie, par l'Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS) et le Bureau de recherches géologiques et minière (BRGM)  émet de sérieuses craintes relatives aux impacts environnementaux générés par ces exploitations. Le niveau des nappes phréatiques, la qualité des eaux souterraines et de surface, ainsi que celle de l’air et des sols pourraient être affectés. Le rapport pointe également des risques accidentels comme la migration non-maîtrisée de gaz vers la surface.

Au niveau technique, pour exploiter le gaz de couche, il est nécessaire de coupler à un forage vertical des forages horizontaux en étoile qui s’étendent dans la veine de charbon. Par le pompage de l’eau en bas du puits, il est possible de créer une dépression qui facilite la libération du méthane. La stimulation par l’injection d’un fluide, que ce soit de l’eau ou un autre fluide de fracturation, permet l’exploitation industrielle du gaz de couche. Aux États-Unis et au Canada, qui exploitent ces gaz, c’est le plus souvent la fracturation hydraulique qui est utilisée pour rentabiliser les forages.

L’exploration des gaz de couche, si elle est autorisée, entraînera une exploitation, toujours de courte durée qui dévastera les régions de par la multiplicité des forages nécessaires, impactera les paysages, polluera l’air et les ressources en eau, dévalorisera le patrimoine bâti…

Au temps de la « transition énergétique » et...du pétrole à prix bradé, le jeu (des gaz de couche) en vaut-il la chandelle (des torchères!)?

 

Illustration X - Droits réservés


Sources:

http://www.bastamag.net/Les-gaz-de-couche-nouveau-filon

http://www.ineris.fr/centredoc/note-brgm-ineris-gaz-de-charbon-finale-29-05-13-fin-unique-1382978611.pdf

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