Big Brother va t'écouter, victime, mais ne lui dis pas que tu as été violée

Marlène SCHIAPPA va reprendre à son compte (après l'avoir fait couler) le numéro d'écoute de la plus grande association de défense des victimes de violences sexuelles au travail avec des fonctionnaires pour répondre au téléphone. Il faut espérer que ce ne soit pas sa propre chef de cabinet au bout du fil, celle qui a transmis le signalement confidentiel d'une victime ... à son harceleur.

Je continue de m'interroger sur l'affaire de harcèlement moral que je vous ai relayée dans mon précédent billet ("Récit effroyable d'un harcèlement peu ordinaire").

Il est à relier à la curieuse attitude de Marlène SCHIAPPA, la secrétaire d’État chargée de l'égalité femmes-hommes. Cela devient véritablement une parodie.

Elle vient, ni plus, ni moins, de signer l'arrêt de mort de la précieuse association de défense des violences faites aux femmes sur le lieu de travail  l'AFVT (association européenne contre les violences faites aux femmes au travail - défense des victimes de violences sexuelles au travail)qui soutient les victimes dans les procédures judiciaires contre leurs agresseurs. Elle a privé cette association des moyens nécessaires à la survie de leur ligne d'écoute qui a fermé en janvier 2018.

Mme SCHIAPPA vient allègrement de passer maître dans l'art de la destruction massive des droits des femmes. En pleine phase de libération de la parole des victimes de violences sexuelles, et notamment de harcèlement, par le mouvement #MeToo et en France le mouvement #Balancetonporc, on aurait pu s'attendre au contraire à voir les subventions allouées à cette association augmenter.

C'est sans compter la manie "Miroir, mon beau miroir" de Marlène SCHIAPPA qui a vu là l'occasion d'une part, de se faire de la publicité, nécessaire pour masquer la coquille vide de son action, d'autre part de protéger des amis du président qui pourraient avoir à s'inquiéter des poursuites pénales pour harcèlement sexuel. On sait parfaitement que la notion de harcèlement sexuel ou moral a un lien certain avec le fait d'occuper un poste de pouvoir. On n'oublie pas les plaintes formées contre les ministres, dont Nicolas HULOT et Gérald DARMANIN.

Donc notre secrétaire d’État pétroleuse, non pas au sens de femme qui professe avec véhémence des opinions progressistes, mais au sens premier de femme qui, pendant la Commune, aurait allumé des incendies avec du pétrole, n'hésite pas à refuser un allongement de subventions à l'AVFT, fait capoter son numéro d'écoute, tenu par des écoutants compétents pour pouvoir le récupérer.

Elle annonce fièrement qu'elle va créer un numéro d'écoute pour les femmes victimes de violence, géré par l’État, et tenu par des fonctionnaires, et que ceux-ci seront formés en quelques semaines ...

Le président Macron veut réduire les fonctionnaires, pardon, le nombre de fonctionnaires, il a amputé le secrétariat de Mme SCHIAPPA d'une bonne partie de son budget, tout en affirmant de l'autre coté que c'était sa "grande cause nationale", et on trouverait donc des fonctionnaires pour répondre au téléphone à un nombre incalculable et grossissant de femmes victimes de violences sexuelles ? Formés, dit-elle, "en quelques semaines" ? Quand on sait le caractère sensible de telles infractions ? Quand on sait l'impact psychologique d'une réponse malvenue à une victime ? Du type "Vous portiez quelle tenue ?". Des fonctionnaires ayant suffisamment de psychologie et de solidité pour gérer la tornade émotionnelle qu'est une agression sexuelle et des manœuvres de harcèlement sexuel ? Les policiers ont déjà du mal alors que c'est leur quotidien. Vraiment ? Il semblerait plutôt que ce numéro d'écoute soit un simple effet d'annonce pour Mme Schiappa, un coup de pub à peu de frais car bien entendu, cette ligne d'écoute ne fonctionnera jamais dans l'état prétendu des finances publiques et la baisse drastique du nombre de fonctionnaires.

Autre question : vous connaissez une victime qui va faire assez confiance à l’État pour se confier à ces agents publics ? L'Etat macronnien ? Avec un président qui prend systématiquement pour cible les personnes les plus fragiles ? Chômeurs, malades, handicapés, personnes âgées, travailleurs pauvres ? Une femme victime se tournerait spontanément vers des fonctionnaires de l'Etat macronnien ? On a de sérieuses raisons d'en douter quand on sait le coté Big Brother de cet État, au sens Nixonien du terme, son coté "intempestif, au sens Nietzschien du terme", en référence à l'inénarrable interview du candidat Macron à France Culture en 2017, parodiée par l'excellent site Ridicule (parodiée par l'excellent site Ridicule  - je vous défie d'écrire cet adjectif germanique avec toutes les consonnes dans le bon ordre).

Car si les fonctionnaires en question réagissent à ces signalements comme l'a fait la chef de cabinet de Marlène SCHIAPPA lorsqu'une autre chef de cabinet a transmis à cette dernière un signalement urgent et confidentiel par nature de harcèlement moral par son patron, le président du tribunal de grande instance d'Aix-en-Provence, on a du souci à se faire.

La chef de cabinet de Mme SCHIAPPA a répondu 6 mois après (= prise en compte de l'urgence façon SCHIAPPA) qu'elle avait transmis son signalement confidentiel ... à son harceleur ! Elle a en effet transmis ce signalement de nature intime à la ministre de la justice, laquelle avait entre-temps pendant ce doux semestre de travail fonctionnarial, sanctionné la victime du président du TGI pour avoir "menacé de porter plainte" contre lui, en violation de la loi qui protège les victimes qui ont dénoncé un harcèlement moral !

Mme SCHIAPPA a donc violé la confidentialité du signalement de la victime de harcèlement, l'a envoyé au harceleur, et sur le motif le plus grossièrement stupide de tous les temps : en raison de la séparation du pouvoir exécutif et judiciaire !! En résumé, c'est un magistrat, donc le pouvoir judiciaire, un juge, peut commettre du harcèlement moral et sexuel sur ses employées, Mme SCHIAPPA n'a pas à en connaître.

En marche, pardon, on marche sur la tête ?

La chef de cabinet de Mme SCHIAPPA soit est totalement incompétente, alors que la chef de cabinet harcelée du président du TGI d'Aix est virée alors qu'elle est compétente pour avoir résisté, soit c'est de la provocation. Je vous laisse vous faire votre opinion sur ce point.

Feriez-vous confiance à une ministre qui viole la confidentialité des signalements de harcèlement pour monter une plateforme de protection des victimes tenue par ses fonctionnaires ?

La question ne se pose plus n'est-ce pas ?

Il va falloir faire un bilan du nombre d'interventions télévisées de cette ministre, avec ou sans cheveux détachés, et les comparer au nombre de victimes qu'elle a aidée concrètement, au nombre d'actions qui ont mené à un résultat positif sur les droits des femmes. Pénaliser le sifflement de rue. Détruire les associations de défense des femmes. Écrire un livre pendant son temps de travail qui dit aux petites filles de trouver le prince charmant.

Beau malheur ! (Pardon Emmanuel Moire, euh ... qui vient de sortir la première chanson de son futur nouvel album : "Et si on parlait d'amour")

Et si on parlait d'amour ?

Victoria ARNAUD

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