HarmonyOS : le nouveau système d’exploitation développé par Huawei

Après des mois de silence et avoir fait face à un environnement des plus hostiles à l’échelle mondiale, le géant Huawei a organisé une grande conférence mercredi 2 juin 2021. À cette occasion, l’entreprise spécialisée dans les technologies de télécommunications a notamment officialisé le lancement de son nouveau système d’exploitation, en développement depuis plus de deux ans.

Depuis mai 2019 et à l’initiative du Président américain Donald Trump, Huawei est placé sur liste noire du côté des Etats-Unis. Considéré comme dangereux car soupçonné d’espionnage industriel au profit de Pékin, le géant des télécoms chinois a été dans l’obligation de stopper ses relations commerciales avec les entreprises américaines. 

Si cette mesure empêche Huawei de procéder au développement de nouveaux produits par manque de fournisseurs de composants partenaires, elle prive également le constructeur asiatique d’une collaboration essentielle avec Google puisque Huawei a perdu sa licence Android.

Loin d’être en conflit avec le mastodonte américain qui, au contraire, oeuvre à ses côtés pour trouver des solutions face à la loi américaine, Huawei a toutefois été contraint d’abandonner une grande majorité des services Google. Malgré une première tentative en 2020 avec l’interface EMUI 11, basée sur Android, le géant chinois a perdu de sa superbe et dégringolé du podium des constructeurs phares de smartphones. Pour contrer cet embargo, Huawei a ainsi pris la décision de développer un nouveau système d’exploitation baptisé HarmonyOS. Avec ce projet, l’enjeu est clair : s’écarter de la guerre commerciale sino-américaine.

La solution choisie est de proposer une alternative en créant son propre système d’exploitation. Ce dernier doit être convaincant et rivaliser avec la concurrence sur un marché complètement dominé par les géants iOS (Apple) et Android (Google). Afin de conserver sa place sur le podium des fabricants mondiaux de smartphones, Huawei a donc opté, de manière un peu forcée, pour le renouveau en créant un écosystème unique qui lui est propre. Cette stratégie peut s’avérer pertinente dans la mesure où elle a déjà fait ses preuves par le passé avec le succès de la marque à la pomme notamment.

Présenté lors de la conférence en juin dernier, HarmonyOS se veut beaucoup plus léger et performant que son ancienne version. Certains présentent ce système d’exploitation comme un mélange entre iOS et Android. Il faut concéder que l’interface est effectivement très ressemblante, autant en ergonomie qu’esthétiquement parlant. Parmi les nombreuses similitudes que l’on peut relever figurent le centre de contrôle et différents widgets rappelant ceux des iPhone.

Huawei promet des applications compatibles avec Android, mais plus de PlayStore pour télécharger toutes les autres applications. En revanche, il existera une App Galery ainsi qu’un nouveau moteur de recherche propre à HarmonyOS : Petal Search. À ce jour, de nombreux smartphones sont déjà compatibles avec le nouveau système d’exploitation. C’est le cas notamment des dernières générations de Huawei P40.

Cette émancipation forcée, couplée à la crise sanitaire consécutive au Covid-19, a fait chuter les ventes de Huawei de 16,5% début 2021. Les consommateurs semblent en effet frileux à l’idée d’abandonner les services Google qui restent parmi les plus fiables du marché. Stéphane Curtelin, directeur marketing de Huawei France , reste néanmoins confiant : « Nous avons 530 millions d’utilisateurs uniques sur Huawei AppGallery par mois, 120 000 applications et 2,3 millions de développeurs participent à son amélioration. Il y a déjà Huawei Vidéo, Huawei music…».

“Un pour tous, tous pour un”: voici la devise qu’a choisi d’adopter le constructeur chinois, visiblement symbole d’unification puisqu’il présente de nombreux nouveaux produits pour offrir un écosystème complet et ainsi créer une nouvelle gamme équipée en totalité par HarmonyOS. Avec la volonté qu’un OS universel permette à tous les appareils de communiquer entre eux sans avoir besoin d’application, Huawei mise également sur la domotique. Lors de son discours de présentation, Huawei a ainsi annoncé une révolution pour le monde de l’interconnectivité des appareils mais force est de constater que la concurrence est déjà sur le marché depuis longtemps.

“Entre fin mars et début avril, nous avons sorti une dizaine de nouveaux produits qui enrichissent l’écosystème : des PC (MateBook X Pro, MateBook D16), des écouteurs sans fil et Bluetooth Free Buds 4i, des enceintes connectées avec quatre haut-parleurs (en collaboration avec la marque renommée Devialet) et des montres connectées offrant deux semaines d’autonomie avec leur batterie (Band 6) ». Il faut noter que, tout comme l’écosystème d’Apple, celui de Huawei n’offrira que son plein potentiel dans le cas où l’utilisateur possède uniquement des appareils de la marque et des objets connectés compatibles.

Huawei a également profité de sa conférence pour présenter la vitrine de cette transition majeure : la nouvelle gamme de smartphones P50, prévue pour fin juillet 2021. Sans surprise, le géant chinois devrait à nouveau se démarquer sur la qualité de la photographie avec un immense capteur Sony IMX800 d’1,18 pouce. Alors qu’elle devait être commercialisée au printemps 2021, le lancement de la gamme a pris plusieurs mois de retard, étant finalement reporté à la fin du mois de juillet, faute d’approvisionnement des fournisseurs qui contraint l’industrie depuis des mois.

Huawei pourrait donc proposer deux phases de lancement avec une variante 4G en amont de celle compatible 5G. Les modèles 4G pourraient toutefois compromettre le succès de cette nouvelle gamme face à la popularité des terminaux de cinquième génération sur le marché européen. Les raisons sont évidentes : outre l’interdiction américaine, Huawei est à présent extrêmement limité sur le territoire français. Dans le but de privilégier les équipementiers européens et préserver la sécurité nationale, le conseil constitutionnel a en effet annoncé la loi anti-Huawei le 05 février 2021.

L’ancien leader mondial de la 5G se voit donc forcé de retirer ses antennes déjà installées en France et logeant une grande partie du développement réseau de Bouygues Telecom et SFR, les deux opérateurs devant quant à eux développer leur propre parc d’antennes-relais avec un nouvel équipementier. 

La chute libre continue donc pour Huawei. Mais le fabricant chinois place ses espoirs dans la nouvelle ère HarmonyOS pour retrouver sa gloire d’antan. Il est déjà prévu de nombreuses optimisations pour les produits de la nouvelle gamme dans le but qu’ils soient adoptés par le plus grand nombre dès leurs sorties. Une phase qui s’avère déterminante pour son avenir économique face à une concurrence certaine.

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