Officiellement en récession, le Nigeria doit jouer à fond la diversification

L’économie du Nigeria est officiellement entrée en récession après deux trimestres consécutifs de croissance négative. Pas étonnant, quand on sait qu'elle repose essentiellement sur l'extraction de pétrole.

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Selon les chiffres dévoilés mercredi 31 août par le Bureau National des Statistiques (NBS), le PIB du pays s’est contracté de 2,06 % en termes réels au deuxième trimestre de 2016 par rapport à la même période en 2015. Le recul avait été de 0,36 % au premier trimestre. En un an, le PIB nigérian a perdu plus de 4,4 points. En cause : la chute des revenus pétroliers, qui avaient contribué à faire du pays la première économie d’Afrique.

Le Nigeria tire l’essentiel de ses revenus du secteur pétrolier depuis cinquante ans, et si le pays avait fait des efforts pour diversifier son économie, les revenus des hydrocarbures fournissent encore 70 % des recettes budgétaires. Or, le prix du baril est tombé à moins de 30 dollars en janvier et le secteur pétrolier fait face à la menace de sabotages et d’attaques de groupes armés dans le delta du Niger. Les compagnies étrangères, dont ExxonMobil et Shell, ont déclaré « force majeure » et ne livrent plus leurs clients.

D’après les chiffres diffusés par l’OPEP en juillet, la production de pétrole a diminué de 21,5 % par rapport au mois de janvier. En dix, la production nigériane a fondu quasiment de moitié, passant de 2,5 mb/j en 2005 à 1,5 mb/j aujourd’hui. Mais le ralentissement touche tous les secteurs de l’économie et les experts se posent des questions quant à la capacité du président nigérian, Muhammad Buhari, à gérer l’économie du pays.

Les doutes hantent également les investisseurs étrangers, qui n’ont pas été rassurés par la décision de la Banque centrale du Nigeria (CBN) de restaurer, en juin dernier, les mécanismes d’ajustement automatique du taux de change. En effet, les autorités avaient décidé de maintenir le naira à un taux artificiel depuis mars 2015 pour maintenir des prix bas et éviter une trop grande inflation. Mais la récente décision de la CBN intervient tardivement, alors que l’inflation dépassait les 17 % en juillet et que les investisseurs continuent de fuir le pays.

Aujourd’hui, le Nigeria affiche un taux « historiquement » bas d’importation de capitaux. D’après le NBS, 647,1 millions de dollars ont été investis dans le pays au second trimestre, ce qui représente une « chute de 75,73 % » par rapport à la même période en 2015. Or, « le Nigeria est très dépendant des investissements étrangers pour améliorer ses infrastructures et remettre l’économie sur ses rails », explique John Ashbourne, économiste pour la société de recherche Capital Economics.

Le taux officiel de chômage a grimpé de plus d’un point entre le premier et le second semestre de cette année, à 13,3 %. L’Etat fédéral n’arrive plus à financer ses dépenses publiques et le conflit contre Boko Haram contribue à accélérer la fuite des investissements d’autres secteurs. Selon le FMI, le PIB du Nigeria pourrait se contracter de 1,8 % cette année.

Le gouvernement nigérian veut pour sa part croire à une progression du secteur agricole ainsi que de celui des minéraux solides. Mais il devra d’abord restaurer la confiance. « Les investisseurs ont besoin de voir les directions que va prendre Buhari. Pour l’instant, ils sentent que les décisions qu’il a prises jusqu’à présent ne fonctionnent pas », regrette M. Ashbourne. Si le Nigeria semble enfin aborder le sujet de la diversification de son économie avec sérieux, il s'y prend en effet un peu tard. 

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