Exploitation minière : le casse-tête guinéen

Le potentiel minier constitue un puissant levier de croissance et une opportunité de développement pour la Guinée. Mais le secteur est frappé de plein fouet par la chute des cours et peut constituer un réel danger pour l’environnement.

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La Guinée possède les plus grands gisements de bauxite et de minerai de fer au monde, ainsi qu’un potentiel conséquent d’exploitation d’or, d’uranium et de diamants. Et le pays compte bien en profiter. Selon le ministre guinéen des Mines, Abdoulaye Magassouba, « le gouvernement fait du secteur minier un secteur porteur de croissance. Il contribue pour près de 15 % en moyenne au produit intérieur brut et constitue un des principaux secteurs pourvoyeurs d’emplois ».

De son côté, l’Africa Progress Panel estime que le secteur minier et les ressources naturelles dont dispose la Guinée constituent une « opportunité inédite » de réduire plus vite la pauvreté extrême sur le territoire. A condition toutefois que l’exploitation soit réglementée et réalisée de manière responsable. Autrement, les impacts sur l’économie et l’environnement pourraient être catastrophiques. L’exploitation minière soulève en effet des problèmes en matière de gestion et de contrôle, mais aussi en termes d’égalité, de droits et, finalement, de choix de société.

Or en Guinée, comme le reconnaît M. Magassouba, « il existe parfois des points de vue différents de la part de l’Etat et des sociétés minières sur l’importance et l’étendue des droits des communautés locales lors de l’exploitation minière industrielle ». Pour le ministre, les populations locales peuvent se sentir abandonnées, l’information sur l’activité minière dont elles disposent étant souvent insuffisante pour leur permettre de participer à la prise de décisions. Alors que leurs conditions de vie sont précaires, l’arrivée d’une société minière peut bouleverser leur quotidien et rendre impossibles les activités liées à l’agriculture, l’élevage et même les pratiques culturelles et religieuses.

La convention de base « révisée et consolidée » de la Société Anglo Gold Ashanti de Guinée (SAG) vise à prévenir les risques liés à l’exploitation minière. Signée le 28 juin dernier par le ministre des Mines et le vice-président en charge du développement durable zone Afrique continentale de SAG, cette convention permet de continuer l’exploitation de la concession minière de Siguiri pour 25 ans. Le groupe s’est engagé à assumer « pleinement sa responsabilité sociétale » et à mener ses opérations selon les « meilleures pratiques et normes généralement admises dans l’industrie minière en matière de santé, de travail, de sécurité et d’environnement ».

Cette convention devrait ainsi aider le gouvernement à atteindre ses objectifs pour le secteur minier. En effet, pour le ministre des Mines, « le défi majeur qui interpelle l’ensemble des acteurs du secteur minier est de s’assurer un profit partagé de l’activité minière, d’éviter autant que possible les conflits, d’atténuer les impacts négatifs de l’exploitation minière et d’avoir une meilleure définition des rôles et des responsabilités de l’ensemble des parties prenantes ». Le défi est d’autant plus important que les projets se multiplient malgré la crise du secteur minier dans le monde.

Ainsi, quelques mois après avoir signé avec le gouvernement guinéen un accord révisant le planning de développement de la mine et des infrastructures de Simandou, le groupe minier Rio Tinto vient de mettre en veilleuse le projet. « Au vu du caractère capitalistique du projet et eu égard aux conditions actuelles du marché, les signaux ne sont pas favorables de notre point de vue », a déclaré le directeur général de la compagnie au quotidien britannique The Times.

L’industrie de la bauxite, qui n’a pas réduit son activité malgré l’épidémie d’Ebola, constitue elle aussi un exemple des risques associés à l’exploitation minière. La Compagnie des bauxites de Guinée (CBG) table sur une production de 22,5 millions de tonnes en 2018 (contre 13,5 millions en 2013). Pour le ministre de Mines, « sur le marché de la bauxite, la Guinée peut devenir ce que l’Arabie saoudite est au pétrole ».

Mais, outre qu’elle est très énergivore, l’extraction de la bauxite comporte d’importants risques pour l’environnement. Les « boues rouges » issues de la transformation de bauxite en alumine, puis en aluminium, contiennent des métaux lourds, des hydrocarbures de fluor et du dioxyde sulfuré. Constatant les effets néfastes de la production de bauxite sur l’environnement, la Malaisie, qui travaillait avec des sociétés chinoises, a dû interdire l’extraction du minerai dans le pays. Certains défenseurs de l’environnement affirment que plusieurs rivières sont souillées par les rejets miniers et que des habitants se plaignent de plus en plus de problèmes respiratoires et de démangeaisons.

Après le désastre écologique malaisien, la Chine, principal importateur mondial de bauxite, s’intéresse de plus en plus aux réserves guinéennes. Or, si les opportunités de croissance sont réelles, les risques liés à l’exploitation du minerai n’en sont pas moins importants. La Guinée devra donc faire attention aux accords qu’elle signera avec les sociétés chinoises afin qu’elles respectent les intérêts de la population locale et garantissent la protection de l’environnement. Ce qu’elles ne semblent pas avoir fait en Malaisie.

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