Cap sur l'émergence : tous les voyants au vert pour la Côte d'Ivoire

Mais quel est le secret de la Côte-d'Ivoire, dont la croissance se veut toujours aussi insolente malgré la crise des matières premières ? Guillaume Soro, président de l'Assemblée nationale du pays, en a une petite idée, lui qui encourage la diversification de l'économie ivoirienne depuis des années déjà.

abidjan

L’Afrique a connu un fort dynamisme économique depuis le début de la décennie. Pour autant, elle se construit encore sur un modèle d’exportation, largement basé sur la vente de ses ressources non raffinées, sans valeur ajoutée. Une tendance avec laquelle veut rompre la Côte d'Ivoire, qui depuis plusieurs années déjà, en dépit d’un contexte politique parfois trouble, met en place une transition économique fondée sur l’idée de diversification. Un aggiornamento d’envergure porté par des hommes d’Etat comme Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale ivoirienne, qui insiste sur la nécessité de réformer le cadre institutionnel du pays pour favoriser les investissements.

 Le FMI, dans ses perspectives économiques mondiales, prévoit une croissance d’environ 5% par an pour l’Afrique d’ici 2020. Pourtant, l’institution maintien que les performances économiques africaines ne sont pas en mesure d’atteindre leur plein potentiel car les Etats du continent sont encore trop dépendants des principaux produits exportés – le plus souvent des matières premières. Pour le FMI, il est nécessaire pour l’Afrique de sortir son paradigme actuel, consistant à extraire un maximum de ressources de ses sols pour les vendre au plus offrant, sans transformation préalable. De fait, l’Afrique est un continent riche en ressources, que son modèle de développement n’a pas permis de pleinement valoriser. Pour y remédier, une seule solution : la diversification, sans laquelle si croissance il y a, elle sera peu prodigue en emplois et peu durable.

La Côte d’Ivoire semble l’avoir bien compris. Les indicateurs macroéconomiques du pays sont encourageants :  la dette publique se réduit (elle est attendue à moins de 40% du PIB d’ici 2018), et la croissance est impressionnante, flirtant avec les 10 % depuis quelques années déjà. Si l’on observe un léger ralentissement de cette dernière, il est sans commune mesure avec celui qui frappe de nombreux autres pays africains, chez qui la baisse des prix des matières premières, pétrole en tête, a causé de sérieux dégâts. Nombre de pays ont en effet vu les revenus publics plonger à mesure que l’or noir perdait plus de 50% de sa valeur. La Côte d’Ivoire, elle, a à peine bronché. Une résilience à mettre sur le compte  des importants travaux de diversification entrepris par le pays avant que le vent ne tourne.

Klaus Tilmes, le directeur du département Commerce et Compétitivité de la Banque Mondiale, faisait ainsi le 3 juin dernier, lors d’une conférence de presse, l’éloge des réformes menées en Côte d’ivoire ces dernières années, réformes ayant permis au pays d’entrer dans le cercle des économies les plus performantes du continent africain. Klaus Tilmes de préciser que la Côte d’Ivoire dispose d’énormes atouts favorables aux investissements étrangers. Ce dynamisme réformateur n’a pas non plus échappé aux agences de notation financière, pourtant tatillonnes en ce qui concerne le continent africain. Récemment, malgré une vague de baisse impitoyable, Fitch Ratings a maintenu la notation de la Côte d’Ivoire à B+ pour ses émissions obligataires à long terme, et demeure optimiste : « la croissance à moyen terme devrait être élevée » en raison de la « hausse attendue des investissements publics et privés », notamment avec les engagements de nombre de bailleurs de fonds. Même son de cloche pour la Banque africaine de développement (BAD) : « porté par l’agriculture, les investissements et l’amélioration du climat des affaires, [le pays] devrait poursuivre sa croissance en 2016 et en 2017 » de façon « robuste malgré un environnement international incertain. » 

La Côte d’Ivoire ambitionne de devenir un pays « émergent » en 2020, et a élaboré à cette fin un Programme national de développement (PND) doté d’un montant de 30.000 milliards de Fcfa pour la période 2016-2020. Celui-ci vise à confirmer la « transformation structurelle de l’économie, des produits de base et de l’exportation. » Une dynamique qui ne date pas d’hier, dont les premiers résultats sont déjà visibles. Selon un rapport conjoint de la BAD, du PNUD et de l’OCDE, « l’amélioration du climat des affaires et de l’environnement macroéconomique a facilité l’augmentation des investissements » par la création d’entreprises et l' « afflux d’investissements directs étrangers (IDE). » Autant de satisfecits dûs à un ensemble de réformes structurelles ambitieuses, derrière lesquelles se trouvent certaines figures de premier plan de la vie politique ivoirienne. Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale du pays, n’a ainsi jamais caché sa volonté de réforme : « Pour les tenir durablement en hausse et rendre leur impact plus inclusif, il importe que ces performances économiques se réalisent nécessairement dans un meilleur environnement institutionnel », rappelait-il lors de la clôture de la 2ème session ordinaire de 2015.

Les initiatives portées par Guillaume Soro pour favoriser la diversification de l’économie ivoirienne sont nombreuses, s’articulant essentiellement autour de l’idée de mettre en place un cadre réglementaire attractif. Ainsi, depuis bientôt quatre ans, le gouvernement a par exemple orchestré la réduction des coûts fiscaux de création d'entreprise relatifs aux droits d'enregistrement pour une société à responsabilité limitée (Sarl) au capital social réduit (il doit être inférieur à dix millions de Fcfa). Il a également mis en oeuvre une réduction des délais des procédures administratives – les délais de création d’entreprise sont par exemple passés de 8 jours à 2 jours.

Désormais, l’objectif pour la Cote d’Ivoire est de maintenir le cap sur l’émergence, tout en partageant mieux les fruits de la croissance. Devenue première puissance économique de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEOMA), elle peut servir d’exemple pour tous les pays de la sous-région. Des marqueurs économiques porteurs d’espoir dans un pays où – rappelons-le – la stabilité politique a été retrouvée tout récemment. « La Côte d’Ivoire est sortie du trou noir de la décroissance. Elle est lancée sur les chemins de la performance économique de longue durée », lançait Guillaume Soro, prophétique, il y a peu. On voit mal ce qui pourrait le faire mentir.

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