Entrepreneuriat en Afrique : un succès sous conditions

Parmi les discours sur le développement du continent africain, beaucoup mettent en avant l’importance de l’entrepreneuriat.

Mais l’intérêt croissant des jeunes pour le monde des start-up ne saurait être une solution au défi de l’emploi qu’à condition d’accroître les possibilités en financement, comme le proposent la Bourse régionale des valeurs mobilières, des opérateurs téléphoniques comme Telecel, ou des plateformes crées par Alibaba et Zenith Bank.

L’Afrique n’a pas été ignorée par le bourgeonnement de start-up qui a marqué l’économie mondiale au cours des deux dernières décennies. L’été dernier, 467 millions d’euros y avaient été investis -avec une hausse de 50% d’une année sur l’autre-, 128 levées de fond enregistrées et 443 incubateurs recensés, contre une dizaine au début des années 2000. Trois pays tirent aujourd’hui  le train de la croissance numérique : le Nigeria, le Kenya et l’Afrique du Sud. Derrière ces trois locomotives, l’Egypte, la Côte d’Ivoire et le Sénégal enregistrent des résultats prometteurs. En Ouganda, 28% de la population active a lancé son entreprise.

On assiste aujourd’hui à un véritable engouement pour l’initiative individuelle, au point que les jeunes « se disent attirés à 72 % par l’entrepreneuriat ». Un engouement à tempérer en rappelant qu’il s’agit parfois d’un choix par défaut, lié à l’absence de perspectives de travail, faiblement créateur d’emplois. En outre, le nombre d’entreprises en cessation d’activités est plus élevé en Afrique qu’ailleurs.

Les chiffres et les reportages encourageants qu’on voit passer régulièrement ne doivent pas masquer les obstacles qui peuvent parfois freiner ce mouvement ou l’empêcher de déployer tout son potentiel. Le premier d’entre eux est la difficulté d’accès au capital, qui plus qu’ailleurs peut contraindre les plus motivés à renoncer à leur rêve. « Le talent et la débrouillardise ne suffisent pas toujours pour les aider à réussir », déclarait récemment Elsie Kanza, directrice du Forum économique mondial pour l'Afrique. « Trop souvent, les jeunes entreprises échouent, faute de financement supplémentaire ou à cause de réglementations trop lourdes ».

Africa Start Up Initiative, bourse régionale des valeurs mobilières, plateformes collaboratives

Dans une tribune sur l’entrepreneuriat en Afrique, Stanislas Zézé, PDG Bloomfield Investment Corporation, dressait un état des lieux mitigé de la situation : les «business angels» africains n'existent quasiment pas, le financement public est limité, le marché des capitaux n'est pas toujours adapté au financement des PME et des startups, les banques peuvent être frileuses, les fonds d'investissement ont des tickets d'entrée trop élevés, et les institutions de microfinance proposent de faibles ressources de financement à des taux d'intérêt prohibitifs.

Face à ce manque de solutions concrètes, on peut néanmoins compter sur différents types d'initiatives de la part d'institutions financières ou de sociétés privées. En effet, dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) a ouvert un compartiment PME pour des sociétés qui « ont déjà atteint une vitesse de croisière ». Par ailleurs, des sociétés implantées localement, comme Telecel Group, mettent en place des programmes de financement de start-up (« Africa Start Up Initiative »). « Nous devrions connaître les exigences des clients, puis adapter les technologies pour répondre à ces exigences. Dans le champ des start-up, vous voyez beaucoup de ces idées : elles ont juste besoin de soutien » déclarait récemment Mr. Mohamad Damush, associé du groupe Telecel.

Lors du Forum économique qui s’est tenu début septembre au Cap, la question du financement s’est à nouveau retrouvée sous le feu des projecteurs. A cette occasion a été présentée une plate-forme, soutenue par le groupe Alibaba et Zenith Bank, pensée pour rapprocher les entreprises, les investisseurs et les institutions, afin de les aider à obtenir un financement plus intelligent.

Les femmes particulièrement lésées

Et puis il y a la question des inégalités d’accès à ces financements. Les Africaines figurent aujourd’hui parmi les plus entrepreneuses au monde : près d’un quart d’entre elles en âge d’exercer un emploi sont impliquées dans la création d’entreprises. Si bien que les femmes détiennent plus de 30 % des PME en Afrique.

Pourtant, il existe un déficit de financement abyssal entre les femmes qui entreprennent et leurs homologues masculins. L’environnement hostile, le manque de confiance, la nécessité de se battre davantage participent d’un constat partagé, qui a donné lieu à une floraison de programmes. L’un d’entre eux a reçu récemment un éclairage mondial. L’Action positive pour le financement en faveur des femmes en Afrique (AFAWA) vise à faciliter, par l’intermédiaire de banques commerciales et d’institutions de microfinance africaines, l’octroi de prêts à plus de 50 000 entreprises dirigées par des femmes.

Au cours du dernier G7, l’AFAWA s’est vue octroyer un prêt de 251 millions de dollars, signe de l’importance accordée au facteur femmes dans le développement de l’économie du continent.

 

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