Petits poèmes cousus main

Hommages de poche pour créateurs de mondes

Yohji Yamamoto


Les traits d’une femme se dessinent à l’arrière de vitraux noirs.

Elle porte le manteau d’un homme parti à la guerre.
Sa mue laisse des traces de pas dans la neige,
Et des fils autrefois rugueux, polis par l’usure.

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Martin Margiela

Où que j’aille je me rendais chez toi. J’aimais sentir ton odeur, toucher ton corps de jute blanche, passer ma main sur tes commodes Louis XV peintes à la va-vite au pinceau large. En vingt ans, pas une seule fausse note, pas un nom. L’idée exacte, uniquement. Et puis un jour tu es parti. Depuis tu peins paraît-il, sur des collines autour d’Anvers.

Personne ou presque ne connaît ton visage, pourtant tu as marqué mon histoire. Ton utopie m’a donné envie de créer la mienne. Depuis que tu es parti, j’ai tracé mon chemin. J’ai compris qu’on pouvait partir, que l’on devait partir si on avait plus rien à dire.

J’avais découvert ton existence dans un livre noir. De ton intransigeance j’avais retenu qu’il ne faut pas se lier aux objets. Aujourd’hui je le regrette. J’ai envie de retrouver ce livre noir car depuis que tu es parti et que j’ai compris qu’on pouvait partir, j’ai besoin de le relire.

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Comme des Garçons

Le dedans du dehors exige d’être vu.
Vibrations radiographiques, il s’expulse.
Tulles de poupées, souliers de bronze,
Des chrysalides arpentent,
Fument et piétinent,
couvent des bombes de carreaux Vichy.

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