Après les attaques dans l'Aude : il y a urgence

Avec les jeunes des cités, on peut enrayer la bascule du ressentiment si on se montre tous concernés.

Le spectacle affligeant que certains jeunes de la cité Ozanam à Carcassonne ont donné à voir, avec l'agression de plusieurs équipes de journalistes venus couvrir la perquisition du domicile du terroriste de l'Aude, interroge par leur absence de désolidarisation ou, pire, l'héroïsation (1) d'un « desperado » de Daech – bien nommé par le sociologue Adil Jazouli (2) – dont on peut se demander jusqu'où pénètre encore la rhétorique criminelle. Si récupérer les radicalisés est sans doute impossible, il est urgent d'endiguer ce fléau. Ne nous y trompons pas, une majorité des jeunes des cités ne rêvent que d'intégration sociale.

Mais ces rêves se heurtent à de nombreux obstacles personnels, familiaux, institutionnels et politiques. Aucun de ces paramètres ne peut être négligé et c'est donc de la responsabilité de tous, y compris des premiers concernés, ces jeunes et leurs familles. On peut enrayer la bascule du ressentiment si on se montre tous concernés. J'ai pu l'expérimenter à Besançon.

Entre novembre et décembre 2017, à l'initiative de la MJC Palente, j'ai mené une recherche-action citoyenne visant à mieux faire ensemble autour des jeunes de la cité des Orchamps. Grâce à un dispositif de Thérapie Sociale qui a réuni une vingtaine de personnes sur un total de 14 heures de rencontres, sur cinq groupes de parole, et permis de dépasser la parole brute, les masques, les défenses et les peurs, des sujets aussi brûlants que les obstacles à la démocratisation scolaire ont pu être débattus vers la formulation d'une issue constructive, des préconisations pour mieux faire ensemble, parents et enseignants. Cette recherche répondait ainsi à la demande de la MJC de voir plus clairement les besoins du quartier, s'apprêter à travailler le pouvoir d'agir des habitants et faciliter les échanges parmi et entre tous les protagonistes, habitants comme professionnels de l'accompagnement, autour de jeunes possiblement coincés dans leur quête identitaire, réceptacle et/ou amplification d'un malaise et d'une souffrance sans existence officielle, mais à qui elle a pu montrer, comme aux autres participants, qu'ils peuvent être de véritables agents de changement.

Ici, l'accord sur la réalité partagée vaut tout autant que les préconisations en elles-mêmes ; d'un quartier à l'autre, les personnes ne sont pas les mêmes et vivent des réalités sensiblement différentes, qui ont toutes besoin d'être débattues – et non rabattues sur un modèle de résolution préfabriquée. Un jeune bisontin avertissait : « Il faut montrer aux jeunes qu'ils ont encore leur avenir entre leurs mains ». Une tâche certes immense, mais il y a urgence.

 

Notes :

1. Jean-Marc Ducos, « Il a aussi tué notre communauté : la cité où vivait le terroriste de l'Aude sous le choc », Le Parisien, 25 mars 2018.

2. « Pourquoi il y aura encore des attentats », blog Mediapart, 6 septembre 2017.

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