Scott Atran : "Avons-nous besoin de religion?"

« Nous avons besoin de religion » : l'affirmation de Macron a suscité un commentaire de Scott Atran, paru dans le n°103 d'octobre 2018 de Cerveau et Psycho (p. 58-66), où l'anthropologue décrit entre autres un certain aveuglement des dirigeants face aux dangers d'une jeunesse désespérée. J'en reproduis ici la partie accessible dans la version originale anglaise disponible sur le blog du chercheur.

https://www.psychologytoday.com/intl/blog/in-gods-we-trust

 © Keichii Tahara © Keichii Tahara

La crise des cultures

Quand Emmanuel Macron a déclaré, au cours d’une visite au Vatican au mois de juin 2018, que « nous avons, anthropologiquement, ontologiquement, métaphysiquement, besoin de la religion », bien peu de gens, dans la presse et encore moins parmi les scientifiques ou les intellectuels, ont posé la question : « Quelles sont les preuves historiques, morales ou scientifiques d’une déclaration aussi radicale, venant du dirigeant d’un des régimes séculiers les plus anciens et les plus révolutionnaires ? » Qu’est-ce qui autorise Macron à une telle assurance ? Pour savoir si le président français pouvait – ou non – se permettre cette affirmation, il est indispensable de revenir sur le contexte sociopolitique global actuel en Europe et dans le monde, en partie grâce aux recherches récentes menées en Europe, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient par notre équipe d’Artis International et du Centre for the Resolution of Intractable Conflict à Oxford.

Les valeurs de la démocratie ouverte et libérale semblent aujourd’hui perdre du terrain dans le monde entier devant les nationalismes ethniques xénophobes et devant les idéologies religieuses. La « destruction créative » associée aux marchés globaux a transformé les habitants des régions les plus reculées de la planète en acteurs compétitifs qui cherchent le progrès et l’accomplissement personnel dans l’accumulation matérielle et à travers tous ses symboles, mais sans un sens de la communauté et d’un but moral commun. Le pari de la mondialisation forcée échoue tout particulièrement lorsque les sociétés ne disposent pas du temps suffisant pour s’adapter à l’innovation incessante et au changement. Lorsque leurs membres ne sont pas mus par des aspirations, alors l’anxiété, la colère et l’aliénation qui en résultent peuvent donner naissance à des éruptions de violence le long des lignes de fracture politiques, ethniques et confessionnelles dominantes.

Le mouvement actuel de la droite alternative sécrète le même tissu obtus de tweets, de blogs et de chats reliant des groupes d’individus à travers le monde que le mouvement djihadiste. Ces groupes sont unis par une alliance tacite qui détruit les sociétés de la même façon que les campagnes de démolition menées par les fascistes et les communistes contre les valeurs républicaines dans les années 1920 et 1930. Dans un sondage réalisé en mai 2017 auprès de résidents d’anciens pays communistes comme la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie, il est apparu que des minorités importantes dans chaque pays pensaient que l’Union européenne les poussait à abandonner des valeurs traditionnelles nationales jadis brandies par les mouvements fascistes, alors que la Russie avait pris le parti de ces valeurs traditionnelles. En Hongrie, un nationalisme expansionniste revanchard est porté par les conservateurs au pouvoir (le parti Fidesz) et par le parti d’extrême droite Jobbik, qui proclament le droit de protéger des communautés étendues de Hongrois « ethniques » dans des pays voisins. Le premier ministre Orban, qui a été exclu de l’Internationale libérale (une coalition mondiale de démocrates centristes libéraux), est à présent le chantre européen de ce qu’il nomme « l’État illibéral », citant la Russie et la Chine en exemples. Les jeunes dans leur ensemble soutiennent massivement les appels du gouvernement à restaurer la « cohésion nationale », perdue au moment de la chute du régime profasciste de Miklós Horthy (1920-1944), ainsi qu’à éradiquer les valeurs « cosmopolites » et « globalistes » (tournées en ridicule sur des affiches sponsorisées par le gouvernement, caricaturant le financier juif George Soros). Le parti Fidesz cherche, sans en faire mystère, la fin du « système bipartite qui fragmente sans arrêt les valeurs » et à créer un « gouvernement permanent » dédié aux valeurs authentiquement « hongroises » – une façon salutaire de repenser les valeurs, selon Vladimir Poutine, mais évidemment incompatible avec l’appartenance à l’Union européenne. En Pologne, Jarosław Kaczyński, à la tête du parti populiste Loi & Justice, qui représente le plus important groupe parlementaire du pays, a promis de prolonger ce programme et de créer « Budapest à Varsovie ». Au mois de novembre 2017, le jour de l’Indépendance en Pologne, des dizaines de milliers de manifestants d’extrême droite arboraient des symboles anti-immigration en faveur du « sang pur » mais aussi d’une « prière pour un holocauste islamique », ou appelant à faire prendre conscience à « l’Europe blanche » des dangers de la tolérance. Et à présent, des dirigeants autrichiens et italiens, et les électorats composites qui les ont portés au pouvoir, soutiennent ou tolèrent (laissant ainsi se répandre la haine sans frein) des déclarations similaires contre l’islam, les immigrants ou les Gitans.

Selon le Sondage sur les valeurs dans le monde (un projet international d’enquêtes sur l’évolution des valeurs et des croyances autour du monde), la majorité des Européens ne considèrent pas le fait de vivre dans un pays démocratique comme étant « absolument important » à leurs yeux. Cela inclut la majorité des jeunes Allemands de moins de trente ans, et plus encore leurs aînés de l’ancienne Allemagne de l’Est communiste, qui ont porté au Parlement, en septembre 2017, le parti de droite populiste Alternative pour l’Allemagne. En avril 2017, le Front national de Marine Le Pen et les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon ont réuni plus de la moitié des suffrages des jeunes français de 18 à 34 ans lors de l’élection présidentielle. Et aux États-Unis, les politologues Roberto Foa et Yascha Mounk ont démontré que presque la moitié des Américains ne croient guère en la démocratie, plus d’un tiers des jeunes à haut revenu étant en faveur d’un pouvoir militaire – potentiellement pour endiguer l’agitation sociale provoquée par l’accroissement galopant des inégalités, l’insécurité de l’emploi et les échecs répétés de l’intégration raciale et de l’assimilation culturelle, le tout à une époque placée sous le signe des politiques identitaires.

 

Le rôle de la religion dans la société

Redoutant le chauvinisme et la xénophobie qui ont alimenté deux guerres mondiales, de nombreux dirigeants occidentaux libéraux et « progressistes » dénoncent simplement l’identité nationale et la préférence nationale qu’ils qualifient de racistes et réactionnaires. Ils font preuve d’un aveuglement dramatique face aux préférences humaines universelles pour tout ce qui se rapporte à soi-même. Ce faisant, ils laissent le champ libre aux groupes nationalistes blancs agressifs de la droite alternative ou, aux États-Unis, aux partisans de la Alt-Light, un ensemble de partis de la droite dure récusant les allégations de racisme mais partageant nombre d’opinions avec la droite alternative ou Alt-Right. Alt-Right et Alt-Light [que l’on pourrait comparer respectivement au Front national et à une tendance du parti Les Républicains, incarnée en France par Laurent Wauquiez], ont alors tout le loisir de développer un discours contre l’islam, la mondialisation, le féminisme ou l’homosexualité. Il faut pourtant souligner que le patriotisme n’a en soi rien à voir avec un sentiment de supériorité et de fierté ; il y est question d’appartenance et de responsabilité sociale, par exemple lorsqu’une personne a honte de certaines actions menées par son pays.

Et au milieu de tout cela, il y a les religions, auxquelles de nombreux intellectuels des sociétés séculières reprochent une cosmologie d’apparence primitive et une morale réactionnaire (« Dieu a créé le monde en six jours » ou « Femmes, soyez soumises à vos époux, comme au Seigneur » Colossiens, 3:18) qui conduisent à la stupidité et à la cruauté. Pourtant, à bien y regarder, les canons religieux renferment très peu d’éléments de cosmologie (par exemple : « Il n’y a qu’un Dieu », « Jésus est son fils unique » ou « Mahomet est son prophète ») et la plupart de ses injonctions (les Dix Commandements ou les Piliers de l’islam) concernent moins la moralité que l’accomplissement de rituels sociaux (observer le sabbat, faire la charité). Même la cosmologie religieuse et les injonctions morales sont grandement ouvertes aux interprétations, ce qui est la raison pour laquelle les religions universalistes, du moins, comme le christianisme ou l’islam, s’adaptent si bien à autant de peuples, de lieux et d’époques différents. C’est aussi pourquoi il existe des prêtres, des pasteurs, des rabbins et des imams qui délivrent chaque semaine des sermons fournissant un sens contextuel à des notions souvent absurdes sur un plan logique et empirique (« Dieu est trois en un, sans corps mais sensible, omnipotent et omniprésent ») et introduisant des nuances dans les impératifs moraux (« Tu ne tueras point, tu ne voleras point, sauf si... ») Et c’est enfin pourquoi c’est un non-sens que de dire, comme le font de nombreux responsables politiques ou commentateurs, que telle ou telle religion est fondamentalement une religion pacifique ou guerrière, oppressive ou libératrice. La religion est tout ce que les gens en font par le biais de leurs interprétations, et pourtant les personnes qui agissent selon ces interprétations changeantes en font un moyen de vivre les uns avec les autres.

La religion, de ce fait, est moins une cosmologie figée et un canon moral rigide qu’une façon de créer un sentiment sécurisant d’appartenance à travers la répétition de pratiques communes – les rituels – qui affirment la responsabilité sociale d’un individu vis-à-vis de son groupe. Une appartenance qui plonge ses racines dans des valeurs sacrées et transcendantes fixées dans des symboles mais d’interprétation variable. Ces valeurs relient les personnes (d’où le terme religion, du latin religere, relier) dans des paroles et des rituels chargés de sens et délivrant des messages intemporels, perçus sur un plan émotionnel comme étant à même de traverser les crises, les défis et les incertitudes liées à tel lieu ou telle époque. Leurs fonctions ne peuvent être remplacées par un quelconque contrat social, fût-ce pour le plus grand bien du plus grand nombre. Car tous les contrats sont fondamentalement affaire de convenance, un meilleur arrangement étant toujours possible après coup. Et si la possibilité existe d’un meilleur arrangement après coup (en raisonnant à rebours), il est toujours dans l’avantage d’une personne de résilier le contrat, ce qui implique que les sociétés se construisent seulement sur des contrats instables à long terme. Mais les valeurs transcendantes et les rituels symboliques de la religion rendent les personnes aveugles aux stratégies de sortie, aussi raisonnables et avantageuses soient-elles, et ce quels que soient les coûts ou le stress endurés. En bref, la religion ne peut pas être délaissée sans qu’il en résulte de sérieux effets secondaires sur un plan social, qui l’amènent généralement à ressurgir dans les sociétés appelées à durer [...].

Dans la Filiation de l’homme, Darwin fait l’éloge des vertus morales et spirituelles qui « en viennent à être tenues en haute estime et même sacrées », et également de la dévotion au groupe comme étant « l’esprit de patriotisme, de fidélité, d’obéissance, de courage et de sympathie ». L’engagement pour les valeurs que l’on chérit et pour ses propres camarades apparaît comme la meilleure formule évolutionnaire pour atteindre le succès dans la compétition incessante pour la survie et la domination tout au long de l’histoire humaine. À travers les cultures, les formes les plus puissantes d’identité groupale primaire sont cimentées par des valeurs sacrées, comme le refus d’abandonner son pays ou sa foi, qui sont résistantes à la tentation ou la compensation matérielle. Dieu et la société ne sont-ils pas une seule et même chose ? conjectura le sociologue Émile Durkheim.

Par la parenté imaginaire et la foi au-delà de la raison, les religions permettent à de complets étrangers de coopérer d’une façon qui leur confère un avantage dans la compétition avec d’autres groupes. Cela s’est montré particulièrement vrai depuis l’avènement de « l’ère axiale », voici plus de deux millénaires. Selon l’appellation du philosophe allemand Karl Jaspers (1883-1969), cette période a vu éclore des civilisations à grande échelle placées sous l’égide de divinités puissantes et omniscientes qui punissaient impitoyablement quiconque transgressait leurs règles morales, si bien que même des étrangers finissaient par œuvrer et combattre côte à côte, unis dans des empires multiethniques en train d’émerger sous les latitudes moyennes de l’Eurasie, dans un contexte de concurrence, de guerres mais aussi de commerce de plus en plus développés. On peut appeler cela « Dieu », ou bien – surtout depuis les révolutions américaine et française – n’importe quelle idéologie transcendantale a priori (et qui se trouve de ce fait immunisée contre les contradictions internes ou les réfutations empiriques) ; on y inclura aussi tous les grands « –ismes » à prétention salvatrice de la modernité : que ce soit le colonialisme, le socialisme, l’anarchisme, le communisme, le fascisme ou le libéralisme. En effet, les humains produisent leurs plus grands accomplissements et sacrifices, que ce soit à bon ou mauvais escient, pour faire triompher des idées qui donnent un sens à leur existence. Dans un univers où les humains ne sont peut-être rien de plus qu’une occurrence triviale, et où eux seuls parmi les espèces vivantes reconnaissent la mort comme inévitable, se produit un élan irrépressible pour surmonter cette tragédie cognitive : comprendre « pourquoi j’existe » et « qui nous sommes ».

Souvent, les valeurs invoquées pour répondre à ces questions sont attribuées à la Providence ou à la Nature, et véhiculées par des notions dont jamais personne ne peut vraiment énoncer la signification (par exemple : « Dieu est grand, sans corps physique et tout puissant » ou « Les marchés de libre concurrence ont toujours raison »). Ainsi, les « valeurs sacrées » dénotent toujours intuitivement une croyance religieuse, par exemple lorsque la terre ou la loi deviennent sacrées, ce qui inclut aussi le sacré sécularisé, lorsque les lieux ou les droits se font objets de vénération et d’hommage national (pensez aux cimetières de Gettysburg ou de Normandie pour les Américains, au Panthéon, à la Déclaration universelle des droits de l’Homme). Considérons enfin la notion quasi religieuse de nation elle-même, ritualisée en chanson et en cérémonies, et même en sacrifices. Ou réfléchissons un instant aux aspects prétendument « autoévidents » de la « nature humaine » dont l’humanité est censée se trouver dotée, comme « le droit inaliénable à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur ». Dans la version initiale de la déclaration américaine d’Indépendance, Thomas Jefferson déclara ces droits « sacrés », avant que Benjamin Franklin, cherchant des principes fondateurs rationnels, n’insiste pour qu’ils soient proclamés « autoévidents ». En fait, de tels droits sont tout sauf autoévidents et naturels dans la vie de notre espèce. Par exemple, le cannibalisme, l’infanticide, l’esclavage, l’oppression des minorités et la domination masculine des femmes ont davantage été le tarif de base. Il n’était ni inévitable, ni même probable, que les conceptions de liberté et d’égalité des individus concoctées par des intellectuels européens du XVIIIe siècle finissent par émerger, et encore moins qu’elles ne s’imposent. Elles ne l’ont fait qu’à travers la révolution, l’ingénierie sociale opiniâtre, la compétition économique et la croyance en la « guerre juste ».

 

La vitalité des valeurs

Les civilisations s’élèvent et s’effondrent selon la vitalité de leurs idéaux culturels, pas seulement de leurs atouts matériels. Une nécessité bien perçue par Saint-Augustin qui, après que les Wisigoths eurent saccagé Rome il y a plus de mille cinq cents ans, tenta de décrire dans la Cité de Dieu la cité pérenne ou la communauté d’États qui serait à même de surmonter la chute des civilisations passées ; seule la « République de Dieu », prédit-il, résisterait à toutes les épreuves matérielles traversées. Avec la défaite du fascisme et du communisme, nos vies se sont-elles réduites à la quête matérielle du confort et de la sécurité sur un terrain en glissement permanent ? La recherche perpétuelle et déspiritualisée du gain matériel est-elle suffisante pour assurer la sécurité, sans parler du triomphe, des sociétés ouvertes que nous semblons considérer comme acquises, et sur les bases desquelles nous croyons que notre monde devrait être bâti ?

Parmi les jeunes hommes à peine sortis de l’emprise de Daech à Mossoul en 2017, mon équipe de recherche n’a détecté aucune trace de soutien à la démocratie, qui était vue au contraire comme une tyrannie exercée par les chiites sur les sunnites à partir de l’invasion américaine de l’Irak en 2001. Et sans le développement laborieux d’institutions qui sous-tendent la gouvernance démocratique du genre de celles que l’Europe et les États-Unis ont encouragées pendant plus de deux siècles, la démocratie n’est peut-être pas très efficace pour arbitrer au sujet de frontières et de conflits tribaux, ethniques et confessionnels, pas plus qu'en matière familiale. Pratiquement toutes les personnes que nous avons interrogées et testées psychologiquement embrassaient Daech comme étant « La Révolution » (al-Thawra). Et, bien que nombreux aient été ceux qui en vinrent à rejeter la brutalité de Daech, l’écrasante majorité continue d’adhérer à sa valeur centrale, la loi de la charia, comme représentant la seule voie de salut de la société. De plus, ceux qui croient à la charia comme à la meilleure forme de gouvernement sont prêts, plus que les autres, à faire des sacrifices coûteux, allant jusqu’au combat et à la mort. Nous avons aussi trouvé que bien peu des milliers d’Européens de l’Ouest que nous avons interrogés, comparé aux partisans nord-africains de la charia, au service du djihad militant, étaient disposés à faire des sacrifices d’un coût équivalent pour défendre leurs valeurs supposément suprêmes, comme la démocratie. La majorité des jeunes de 18 à 24 ans en âge de voter ne participent même pas aux élections nationales en France ou aux États-Unis. C’est ce manque d’implication et d’engagement vis-à-vis de nos valeurs fondatrices, bien plus que les menaces de l’extrémisme violent ou de forces externes, qui pourrait représenter le plus grand défi existentiel pour les sociétés ouvertes.

L’enjeu existentiel central pour nos sociétés pourrait bien être de réenchanter nos propres valeurs jadis transcendantes, voire leur réenracinement communautaire, et de les revigorer à travers une citoyenneté engagée et éduquée, dans la quête collective d’un bonheur et d’une liberté individuels. Pour certaines sociétés, la voie de l’avenir sera peut-être de donner une nouvelle vie aux valeurs du gouvernement représentatif, d’égalité et de justice devant la loi, de débat non censuré. Préserver ce qu’il reste de la faune et de la flore de la planète, éviter les catastrophes environnementales pourrait offrir de nouvelles perspectives à d’autres. Pour d’autres encore, il s’agira de se saisir du flambeau de la lutte antinucléaire pour se prémunir contre ce qui est probablement la plus grande menace pour l’humanité.

Notre époque appelle clairement à une transformation de la société civile et des gouvernements pour aborder les problèmes de l’extrémisme violent et de l’illibéralisme radical. Il est temps de ressusciter les valeurs et les rituels civilisationnels ainsi que leur potentiel pour amener chacun à s’engager activement à défendre le bien commun qu’ils représentent. Pour reprendre la phrase de Macron, de telles valeurs et rituels n’ont pas à être obligatoirement des religions institutionnelles ni monothéistes, mais ils ne pourront être que sacrés et transcendants. Car l’histoire nous révèle que les sociétés survivent lorsque les valeurs qui forment le ciment de leur culture et les rituels sociopolitiques deviennent, comme Darwin le notait, « tenus en haute estime et même sacrés », transcendants et suscitant ainsi – anthropologiquement, ontologiquement et métaphysiquement – un engagement qui va au-delà de toute considération utilitaire de contrat social.

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