Veut-on transformer Gand en centre commercial à ciel ouvert ?

Le débat sur la place du commerce dans la ville et sur l'ouverture dominicale des magasins n'est pas uniquement franco-français. Il se pose aussi en Belgique, plus précisément dans la ville de Gand, en Flandre, où un responsable du PvdA (Parti du Travail de Belgique) dénonce la politique municipale en la matière.

  Auteur : Tom De Meester - texte traduit du néerlandais par Vincent Doumayrou
  Paru dans De Wereld morgen le 22 novembre 2016

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« Je veux gérer la ville comme une galerie marchande à ciel ouvert, a déclaré Christophe Peeters, l'échevin [l'adjoint au maire - Note du Traducteur] du parti libéral Open VLD. A cette fin, nous faisons dans la co-création – c’est l’élément de langage à la mode. Nous aimons travailler avec les clients, les détaillants et les investisseurs. Nous accordons beaucoup d’importance à leur opinion. »

Les Tours de la ville historique de Gand © De Wereld morgen Les Tours de la ville historique de Gand © De Wereld morgen


Un Walhalla commercial

Le journal local De Gentenaar pose la question : « Transformer le centre historique de Gand en centre commercial pour attirer les clients, est-ce le bon choix pour l’avenir de notre ville ? Le conseil municipal en semble convaincu, mais qu’en disent les habitants ? »

En effet, les gantois veulent avant tout une ville à vivre, sociale et durable, à taille humaine, pas un Walhalla du commerce. Une ville avec des logements à la portée de tous, où les gaz d’échappement et les particules fines n’asphyxient pas les enfants, une ville qui traite les gens comme des citoyens, pas comme du gibier commercial. Le vivre-ensemble, c’est plus qu’un supermarché.

L’ouverture des magasins le dimanche : une bonne idée ?

Qui dit centre commercial dit magasin ouvert le dimanche. Les magasins de Gand ouvrent donc leurs portes chaque premier dimanche du mois, suivant l’exemple d’Anvers, qui a pris les devants il y a trois ans avec sa campagne « Anvers est ouverte » [Anvers est dirigée depuis 2012 par un parti conservateur, plus précisément le parti nationaliste flamand - NdT]. Ouverte, Gand le sera aussi à partir de mars 2017.

« Nous serons alors, au regard de l’ouverture des magasins le dimanche, sur le même pied que les autres grandes villes, poursuit l’élu. Le statut quo est intenable. Si nous n’ouvrons pas nos magasins, les clients feront leurs achats dans des villes concurrentes ou sur la toile. »

« Toutes les villes le font », nous dit l’élu : et alors ? L’équipe municipale de Gand n’avait-elle pas promis, il y a trois ans [lors des élections communales - NdT], de mener une autre politique ?

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Le manque d’entrain des commerçants

Qui a intérêt à l’ouverture le dimanche ? Christophe Peeters est censé représenter les petites entreprises, lesquelles, pourtant, ne semblent pas enthousiastes. Dès 2014, il avait tenté d’imposer la mesure mais n’était pas parvenu à recueillir une majorité en sa faveur. Selon une enquête, à peine 15 % des commerçants de Gand étaient demandeurs. « Le problème n’est pas là, répond l’élu, en effet le plus important est de ne pas prendre en otage les commerçants qui veulent travailler ».

Même le syndicat patronal UNIZO, qui a consulté sa base, a dû conclure que 70 % de ses adhérents ne voulait pas d’un élargissement des ouvertures le dimanche. Mieux encore, 45 % n’en veulent pas. A peine 15 % d’entre eux se sont prononcé en faveur d’un élargissement.

Les leçons à tirer de l’exemple de Courtrai

En 2016, le conseil municipal de Courtrai [en néerlandais, Kortrijk, ville de 60 000 habitants située à 40 km de Gand – NdT] a décidé d’une réduction drastique de l’ouverture dominicale après la session du mois de novembre, qui s’avéra désastreuse. 65 % des magasins ont participé, à une ou à plusieurs reprises, à l’ouverture dominicale. Selon une enquête menée auprès d’une centaine d’entre eux, il ressort que pas moins de 72% sort insatisfaits de l’expérience. Ainsi, alors que l’équipe municipale de droite revient en arrière à Courtrai, son homologue de gauche à Gand appuie sur l’accélérateur. Les socialistes et les Verts ont-ils perdu le Nord ?

Un travail décent

Les professions indépendantes méritent aussi leur repos dominical. Ce n’est pas sans raison que c’est l’argument le plus repris par les adhérents de l’UNIZO à l’encontre de l’ouverture le dimanche. Les boutiques sont ouvertes le samedi, jour où rester au magasin est néfaste pour la vie de famille ; essayez, si vous avez des enfants.

Ce qui précède vaut aussi, naturellement, pour les employés de commerce. L’an dernier, les syndicats ont adressé 500 lettres de protestation au conseil municipal de Gand, qui n’a pas reculé ; dommage pour une équipe qui évoque la participation citoyenne à longueur de discours. On peut se poser des questions en voyant les partis de la gauche établie prendre aussi à la légère les conditions de travail de milliers de gantois. Le plaidoyer en faveur d'une diminution de la flexibilité et d’une articulation améliorée entre la vie professionnelle et la vie de famille serait plus crédibles si on les mettait en pratique. La remise en question supplémentaire du repos dominical au nom de l’économie de la consommation permanente, 24 heures sur 24, sept jours sur sept, ne correspond pas à ces principes. La notion de travail supportable implique aussi de respecter la vie de famille des salariés.


Le parking gratuit

La situation devient aberrante quand on sait que le parking en surface est gratuit le dimanche, alors que l’autobus et le tramway restent payants. L’ouverture dominicale devrait au moins conduire à des choix en faveur d’une mobilité durable, pour éviter une asphyxie de la ville par les particules fines et les gaz d’échappement. Mais ce n’est pas la décision qu’a prise la municipalité. D’autres villes ont pourtant fait d’autres choix : à Malines [en néerlandais, Mechelen, ville de 80 000 habitants située entre Bruxelles et Anvers - NdT], les visiteurs peuvent se garer gratuitement le week-end au parking de ceinture De Nekker et prendre ensuite une navette gratuite. A Bruges, on se gare pour 3,50 € par jour sur le parking de la gare ferroviaire et il est ensuite possible, avec le ticket de parking, d’aller au centre-ville avec une navette. A Gand, cela coûte 16 €, auxquels il faut ajouter un ticket de tramway pour rejoindre le centre-ville, où l'on peut par ailleurs se garer gratuitement. Il est difficile de faire un choix plus absurde.

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Tom De Meester est Président du PvDA (extrême-gauche) de Gand et membre du bureau national du PvDA.

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Bien cordialement,

Vincent Doumayrou,

auteur de La Fracture ferroviaire, pourquoi le TGV ne sauvera pas le chemin de fer,
Préface de Georges Ribeill. Les Editions de l'Atelier, Ivry-sur-Seine, 2007.

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