Pendant ce temps en Grèce

Si je vous parle de la Grèce, qu’est-ce qu’il vous vient à l’esprit ? La crise économique ? Les migrants ? Tsipras ? Faisons un peu le point sur ces sujets et abordons aussi cette affaire de corruption qui touche des anciens ministres grecs.

La crise économique : le début de la fin

La bonne nouvelle, c’est que l’économie commence à aller mieux. Depuis l’été 2017, la Grèce « teste » les investisseurs en mettant sur le marché des obligations. Après deux opérations réussies en juillet et novembre 2017, la Grèce a mis en vente une obligation à sept ans d'environ trois milliards d'euros à un taux indicatif initial de 3,75%, la première fois depuis 2010. Les investisseurs n’ont donc pas totalement perdu confiance en La Grèce et ne renoncent pas à investir sur du long terme.

En 2017, la croissance a atteint 1,6%, l’économie remonte suffisamment pour que les gouvernements de la zone euro clôturent le troisième programme économique de soutien de la Grèce le 21 juin 2018. D’ici Aout, des économistes estiment que la Grèce sortira la tête de l’eau ; la commission européenne prévoit une croissance de 2,5%.

Pour autant, la situation reste fragile et les grecs ne ressentent pas encore ce retour à la stabilité économique, les gens restent encore assez prudents dans leur achats et dépenses d'argent. La population est fortement marquée par plus de huit ans de récession, le chômage est aux alentours de 20%, il a diminué depuis fin 2016 où il était à 22% ; la dette demeure supérieure à 180% du PIB, le système bancaire est vulnérable, en raison notamment de l’endettement privé.

Ainsi la moitié de la population vit d’une pension de retraite : entre 700 et 1800 euros par mois à partager entre membres d’un foyer. Les jeunes diplômés choisissent alors d’aller travailler à l’étranger (sept sur dix)

Une attitude honorable envers les migrants

L’été 2017, la Grèce comptait plus de 14 000 personnes réfugiées dans les îles grecques et les ONG rendaient comptes des dégradations

Les ONG percevaient directement de l’argent, désormais, c’est le gouvernement grec qui percevra des fonds, problème, des dizaines de contrat d’ONG n’ont pas été renouvelés

L’épopée des migrants réfugiés en Grèce n’a rien de mythologique, ni d’homérique, bien qu’elle suscite le respect : dépenser au minimum 1500 à 2000 € pour monter dans un canot gonflable, pour relier la Turquie à l’île grecque la plus proche, et ne pas pouvoir aller plus loin car les pays de l’union Européenne bloquent le passage, et voilà que la Grèce se retrouve avec une population qui, en plus, ne veut pas se retrouver ici.

La réaction des Grecs est assez admirable, bien que confronté quotidiennement à cette forme de misère, les actions solidaires se multiplient.

Cet élan de solidarité naturelle des grecs pour les migrants peut s’expliquer par l’histoire de ce pays, façonné justement par des crises migratoires diverses.

Par exemple, suite à la « catastrophe d’Asie mineure » en 1922, la Grèce a accueilli plus d’un million et demi de réfugié de Turquie. Les turcs ne parlaient pas la même langue, ils n’avaient pas la même culture non plus, mais les apports de cette autre culture ont été très enrichissantes pour les grecs que ce soit au niveau musical (smyrnaïka, rembetiko), culinaire ou comportemental. Cela ne s'est pas fait sans heurt non plus, une partie de la population grecque ne voulait pas d'eux. Mais des gens se sont battus pour que leur intégration se passe bien. Le fait qu'ils aient la même religion a pu permettre une intégration plus facile.

Mais le peuple Grecs peut se montrer aussi accueillant que possible, faire preuve de toute la bonne volonté qu’il faut, il arrive qu’être confronté quotidiennement à des gens qui souffrent de satisfaire leurs besoins de bases (manger, boire, se laver, etc.) entraîne des violences, ajoutons à cela les centres d’accueil débordés et à la propreté déclinante ; pour autant, il y a peu de violence des migrants vis-à-vis des grecs, quelques unes vis-à-vis de la police ou des représentants de l’autorité lorsqu’ils se sont retrouvés bloqués ou en cas de problèmes, des cas de violences entre les différentes communautés de réfugiés, par exemple, afghans contre pakistanais. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que les cas de violence envers les citoyens grecs sont peu nombreux.

Si les Grecs se montrent plutôt hospitalier, ils ont en revanche plutôt du mal à s’organiser en groupe plus important, les actes de solidarités se font plutôt de manière individuelle, mais collectivement cela devient plus compliqué, de plus, les ONG reçoivent moins d’aide financière depuis qu’ils ne perçoivent plus l’argent de l’Europe directement, mais les subventions sont données au gouvernement Grec, ainsi des contrats d’ONG n’ont pas été renouvelés. Cela peut être une bonne chose que le gouvernement grec s’occupe du problème car cela donne aux grecs du travail et donc favorise leur intégration, ensuite, cela évite toute forme d'ingérence externe. Les réfugiés étant une population fragile et donc facilement manipulable, capable de croire sur parole et de suivre quelqu'un qui leur offre du pain et un toit, c'est à dire qui leur sauve leur vie. Ceci doit être assuré par l'état, à cause de la grande aura dont bénéficie les personnes et institutions assurant ce travail humanitaire.

Il restera à savoir si le gouvernement est aussi motivé que les ONG à venir en aide aux réfugiés et à correctement distribuer ces aides financières.

Il reste encore aux pays Européens d’accepter l’idée que l’immigration est un problème qui doit se régler collectivement et non pays par pays. Rappelons que les états membres étaient tenus de respecter les quotas pour toute personne arrivée en Grèce ou en Italie, jusqu'au 26 septembre 2017. Selon Amnisty International, à cette même date, les états membres n'avaient atteint que 28% de l'objectif fixé au départ. Seules 46 000 personnes avaient été relocalisés à cette date.

Un désaccord entre Tsipras et Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon a demandé le 31 janvier l'exclusion du parti grec Syriza, du Parti de la gauche européenne.

Voici un extrait du communiqué officiel du PG :

« Pour le Parti de Gauche, comme sans nul doute beaucoup d’autres partis du PGE, il est en effet devenu impossible de côtoyer, dans un même mouvement, Syriza d’Alexis Tsipras. Ce dernier vient de pousser sa logique austéritaire jusqu’à limiter le droit de grève, répondant ainsi toujours plus servilement au diktat de la Commission Européenne. »

Mélenchon reproche à Tsipras d'avoir cédé un peu trop facilement à la Commission européenne et d'avoir mis en place une « logique austéritaire ».

Tsipras a dû faire un choix. Pour obtenir une aide financière de l'Europe, il fallait satisfaire des créanciers de la Grèce, l'Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI) en mettant en place une loi de restriction du droit de grève.

Mercredi 14 février, Tsipras a répondu :

"Nous sommes plus à gauche que Mélenchon, a déclaré le leader grec, cité par 20Minutes. Nous, nous sommes à gauche en pratique, et pas seulement en paroles. Nous avons créé plus de 300.000 emplois depuis 2015 (…) Greece is back. Notre obsession n'est pas de revenir à l'époque où les gouvernements ne pensaient qu'à dépenser plus, mais de créer plus d'emplois."

Le PCF désapprouve cette demande d'exclusion qui divise encore davantage les forces de gauche.

Une affaire de corruption

Tsipras a bien d'autres soucis pour se focaliser sur des disputes avec le chef de la France Insoumise, lundi 12 février, il a lancé la saisie du Parlement pour enquêter sur d'éventuelles responsabilités pénales de dix ex-ministres et premiers ministres de droite et socialistes impliqués dans une affaire présumée de corruption visant le groupe pharmaceutique suisse Novartis en Grèce. Le groupe suisse est soupçonné en Grèce d'avoir gonflés ses tarifs en obtenant une position privilégiée sur le marché via le versement présumé de pots-de-vin à des responsables du privé et du public. Le parquet grec anti-corruption d'Athènes, la justice suisse et même le FBI suivent cette affaire depuis 2016, une enquête portant sur la période 2006-2015, avant la montée de la dette, mais aussi durant son pic.

On pourrait commencer comme le début d'une histoire drôle : combien faut-il d'anciens ministres pour prendre part à un scandale ? Réponse, beaucoup ! (Euh en fait, cest pas drôle).

Deux anciens premiers ministres, Mr. Antonis Samaras (Nouvelle Démocratie, principal parti de droite en Grèce) et M. Panagiotis Pikrammenos (proche de Nouvelle Démocratie, et notamment de K. Mitsotakis), ainsi que 8 anciens ministres de Nouvelle Démocratie et du PASOK (Partie Socialiste Historique) sont impliqués dans l'affaire Novartis, qui fait grand scandale à l'heure actuelle, comme le révèle l'enquête juridique du Ministère Public.

La presse grecque mentionne d'autres sources qui disent que les ministres impliqués dans l'histoire sont les suivant: Giannis Stournaras (gouverneur de la Banque de Grèce), Dimitris Avramopoulos (commissaire européen à l'immigration), Evaggelos Venizelos (ex-vice-président du gouvernement, ministre des affaires étrangères, ministre de l’économie et de la défense), des ex-ministres de la santé Adonis Georgiadis, Andreas Likourentzos, Marios Salmas, Andreas Loverdos et Giorgos Koutroumanis (secrétaire d'Etat au Travail), des hommes politiques vraiment très influents et très grands cadres de leur parti respectifs, ajoutons l’actuel gouverneur de la Banque centrale, Yannis Stournaras qui serait également impliqué.

Depuis 2015, Novartis a déjà été condamné à de lourdes amendes pour corruption aux Etats-Unis, en Chine et en Corée du sud :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/07/17/quatre-questions-pour-comprendre-le-retour-de-la-grece-sur-les-marches_5161513_3234.html

http://lesakerfrancophone.fr/et-en-grece-ca-va-la-migration-vue-des-iles-grecques

https://lecourrier.vn/grece-seulement-16-des-demandeurs-dasile-susceptibles-detre-renvoyes/455307.html


La procureur Hélène Touloupaki et deux procureurs assistants Dzouras et Manolis ont donné une partie de l'acte de procès du procureur de la Cour Suprême grecque pour qu'elle soit lue à l'assemblée et que la procédure de loi sur les responsabilités des ministres, et plus particulièrement pour les délits de corruption (pot-de-vin) et de tromperie. L'acte de procès en question a également été lue au Ministère de la Justice.
Selon les informations, il s'agit d'ancien ministres de la santé, de l'économie et du développement. En parallèle, une seule procédure pénale a été engagée contre un cadre de haut niveau de l'entreprise NOVARTIS pour pot-de-vin alors qu'un ordre d'interdiction de sortie du pays pour lui a été publié.


L'enquête parallèle a eu lieu en Grèce et aux États-Unis avec la contribution de whistleblowers, des témoins protégés, qui occupaient des postes stratégiques dans la multinationale. Les témoignages révélateurs mettent clairement en cause l'entreprise, faisant le jour sur les méthodes qu'elle utilisait pour assurer une meilleure part de marché dans chaque pays, comme la Grèce, et d'augmenter le prix de vente de certains médicaments très chers.


Novartis, avec l'aide d'hommes politiques, avait mis en place un vrai labyrinthe dans lequel participaient des directions d'hôpitaux, ainsi que des médecins, afin d'assurer leur préférence pour leur choix pharmaceutique, des hommes d'affaires, mais également des émetteurs de sorte que des pressions soient faites sur des fonctionnaires "non complaisants". Selon le JDD, Une commission d’enquête parlementaire doit décider d’ici à la mi-avril si la justice doit poursuivre les ex-Premiers ministres mis en cause dans le scandale impliquant le groupe pharmaceutique Novartis.

Des tensions entre la Grèce et la Turquie

Cela fera probablement l'objet d'un prochain article, mais l'on peut déjà dire que la liste des sujets qui fâchent sont nombreux : entre la question chypriote, le désaccord autour des zones maritimes d’exploitation de pétrole et de gaz naturel de l’île, les conflits territoriaux de la mer Égée, les multiples incidents militaires, le bras de fer sur la détention de soldats grecs en Turquie et la présence en Grèce de soldats Turcs ayant fui le régime d’Erdogan, la crise risque de se poursuivre sous haute-tension durant les prochains mois, si elle ne dégénère pas en conflit armé, surtout que plusieurs responsables des deux pays persistent à mettre de l’huile sur le feu

Il y a deux mois, la Turquie a refusé de laisser passer un navire du groupe énergétique italien ENI.

La Turquie a aussi récemment relancé la question de l’appartenance des îlots rocheux d’Imia, déjà à l’origine d’un conflit qui aurait pu mener les deux pays à la guerre en 1996. Récemment, plusieurs incidents militaires ont eu lieu dans la région.

Et enfin, il y eut l’arrestation récente de deux militaires grecs. Ils avaient passé la frontière avec la Turquie au nord-est de la Grèce. Le gouvernement turc compare leur situation à celle des huit militaires turcs réfugiés en Grèce après le coup d’État manqué de 2016, huit militaires que la justice grecque refuse d’extrader depuis.

 

Un grand merci à Catherine Baskiotis qui habite à Athènes et qui m'a apporté pas mal de précisions.

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