Nouvelles fusillades aux États-Unis : Les USA mis à l’amende(ment)

Alors que les États-Unis venaient tout juste d'essuyer leurs larmes après la fusillade de Las Vegas, voilà qu'à nouveau, un massacre à eu lieu dans une église. Alors qu'à nouveau le pays est en deuil, c'est la question du port d'armes qui revient sans cesse. Pourquoi ce débat clive autant les américains ?

Une nouvelle fois, une terrible fusillade a eu lieu aux États-Unis. Un homme, Devin Patrick Kelley, ancien militaire de l’US Air Force, violent, déjà condamné en 2012 en cours martiale pour violence envers sa femme. Ce Dimanche 5 novembre, à Sutherland Spring dans le Texas, armé d’un fusil d’assaut, il a ouvert le feu dans une église, en pleine messe et fait plus d'une vingtaine de morts et de nombreux blessés dans une église du Texas dimanche 5 novembre. Le tireur voulait s'en prendre à sa belle-famille qui fréquentait l'église mais qui n'était pas présente dimanche. Au terme d'une course-poursuite avec des riverains, le tueur blessé se serait suicidé (à moins que ce ne soit l’un des riverains).

Touche pas à mon amendement

Comme pour la fusillade de Las Vegas, les débats se sont presque immédiatement tournés vers l’éternelle question qui divise les Américains : faut-il interdire ou non le port d’arme ? La réponse la plus récurrente par les citoyens pro-armes, principalement républicains, c’est de brandir le deuxième amendement de la constitution, ratifié en 1971. Même les démocrates sont partagés sur la question. Ce sacro-saint amendement ! Avant de le lire, je m’attendais franchement à un texte relativement long, genre au moins une dizaine de lignes, avec un jargon de juriste compliqué, un machin interprétable de dizaine de façons. Si je m’attendais ! Je vous en fais la citation :

Vous êtes prêt ?

En anglais d’abord : « A well regulated Militia, being necessary to the security of a free State, the right of the people to keep and bear Arms, shall not be infringed. »

En français maintenant : « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, il ne pourra être porté atteinte au droit du peuple de détenir et de porter des armes »

Voilà...

Une phrase. 27 mots,144 signes. Voilà ce qui clive les Américains.

Alors regardons de plus près : une phrase en deux parties, la première posant vraisemblablement les conditions pour le droit de s’armer : la volonté de créer une milice afin d’assurer une protection en plus de celles du gouvernement. Le concept de milice est ici important, le droit au port d’arme est indissociable de celui de créer et encadrer une milice c’est-à-dire un ancien groupe de défense des citoyens mobilisables par les États. Mais peu à peu, la notion de milice disparaît et c’est vraiment la deuxième partie de l’amendement, celle qui défend le droit de n’importe quel individu de posséder une arme, qui prend le dessus ; défendu begle et onc par le lobby de la NRA (National Rifle Association) et plus généralement par les conservateurs.

Mais alors les armes c’est bien ou pas ?

Je ne vais pas faire la balance pour/contre sur les armes aux États-Unis, mais je veux simplement souligner que les armes font partie intégrante de l’histoire et la culture des États-Unis.

Mais hélas, on entre dans une époque où les tueurs de masses sont en train de faire partie de l’histoire des États-Unis : Las Vegas (2017), Orlando (2016), Virginia Tech (2007), pour ne citer que les plus meurtrières. (Ajoutons aussi les agressions individuelles et les accidents). Combien de morts faudra-t-il pour que les choses changent ? N’étant pas américain je ne comprendrais sans doute jamais pourquoi leur retirer le droit aux armes c’est comme leur retirer le bras droit (« right arm » ...jeu de mots anglais...).

Alors les Ricains ! Vous voulez garder vos armes ? Soit ! Mais je pensais que vous vouliez aussi protéger vos familles. Comment concevoir qu’un homme puisse, dans une ville comme Las Vegas (ce n’est pas un petit village isolé non plus) entrer dans une chambre d’hôtel avec 23 armes ? Puisque business des armes il y a, il manque peut-être le développement d’un business de détecteur d’armes, de portiques de sécurité, etc.

Je vais même plus loin, demain j’apprends une fusillade dans une ville américaine (Detroit par exemple), franchement, je serais choqué, mais pas surpris ; j’apprends une fusillade à Tokyo (élue la ville la plus sûre du monde par The Economist) la surprise sera beaucoup bien plus grande.

Interdire les armes aux États-Unis

C’est compliqué. Obama a eu deux mandats, il n’a pas pu les interdire ; le pouvoir américain est complexe et n’est pas centralisé sur un seul homme comme en France et c’est tant mieux : Donald Trump ne peut pas agir aussi librement qu’il le voudrait, chaque État dispose d’une certaine autonomie.

Pour finir il ne faut pas voir ça sous l’aspect manichéen : les républicains sont de méchants cow-boys et les démocrates des justiciers pacifistes. Les contres pouvoirs sont puissants et si pour la question des armes ils sont, bornés, si Trump a du mal à réaliser ses projets, c’est aussi en partie grâce aux magistrats et au congrès.

 

Rappelons que tous les ans 30 000 morts aux États-Unis à cause des armes à feu (enfin surtout à cause de ceux qui derrière le canon).

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