Glyphosate : on en est où ?

Le vote par la commission européenne concernant le maintien ou l'interdiction de l'utilisation du glyphosate est à nouveau reporté faute de majorité. Faisons un peu le point sur tout ça.

Le vote par la commission européenne concernant le maintien ou l'interdiction de l'utilisation du glyphosate est à nouveau reporté faute de majorité. Faisons un peu le point sur tout ça.

Résumé de l'affaire glyphosate

Glyphosate par-ci, glyphosate par-là, et puis Monsanto et puis Roundup (marque déposée, je n'ai pas trouvé comment faire le « r » entouré sur mon clavier) On n'arrête pas d'en entendre parler en ce moment. Tant mieux ! Car il paraît que cela concerne notre santé.

En 2015, le Circ (Centre international de recherche sur le cancer), agence dépendant de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), a jugé que le glyphosate était un « cancérogène probable chez l’homme ». Moi perso, j'ai trouvé un rapport fait par « EnvitéRA » datant de 2012, très complet proposant une étude du glyphosate et ses effets nocifs, une étude sur Monsanto, ainsi que des propositions de méthodes alternatives.

 L' Union Européenne va donc décider s'il faut renouveler la licence de distribution du glyphosate pour une durée maximum de 10 ans.

Au fait, c'est quoi le glyphosate ?

Il s'agit d'un puissant herbicide commercialisé par la compagnie américaine Monsanto, mais les consommateurs le connaissent probablement mieux sous le nom de Roundup (avec un petit« r  » entouré donc hein ?). Plus fort encore, Monsanto a développé des OGM qui résistent à cet herbicide; l'agriculteur peut donc détruire des mauvaises herbes sans détruire la plante génétiquement modifiée. Aujourd'hui le glyphosate est également fabriqué par d'autres industriels, mais le Roundup (avec le « r » hein ?) représentait encore en 2015 une part importante du chiffre d'affaires de Monsanto (je parle à l'imparfait, d'ici fin 2017, cela pourrait bien changer...). Même si l'union européenne ne représente pas une grande part du marché mondial du glyphosate, en France, il est devenu le pesticide le plus vendu (plus de 47 mille tonnes).

Vous trouverez des détails dans l'excellente émission « Cash Investigation ».

C'est dangereux ?

A priori oui. Le rapport du Circ (en anglais, désolé !) daté du 20 mars 2015 a classé le glyphosate comme probablement cancérogène pour les humains. Seulement voilà, deux agences européennes, l’EFSA (European Food Safety Authority ), responsable de la sécurité des aliments, et l’ECHA (European Chemical Agency), chargée des produits chimiques, contestent la cancérogénicité (oui ce mot existe) du glyphosate. Ils ont reconnu toutefois une toxicité pour les milieux aquatiques : Il modifie l’acidité de l’eau et détruit des algues, ce qui a des effets sur la faune aquatique.

Cet article sur actu-environnement.com apporte des précisions sur cette divergence entre le CIRC et ces deux agences.

Concrètement, le glyphosate « pourrait » donner le cancer à très forte dose mais dans la vie réelle, les gens sont faiblement exposés ; le risque de développement de cancer est donc très faible. Mais de quel cancer parle-t-on ? Le glyphosate serait susceptible de faire développer des lymphomes non hodgkiniens, un cancer qui met de longues années à apparaître.

( c'est peut-être le moment de rappeler que ces agences ont quand même souligné un problème de toxicité pour les milieux aquatiques, vous savez l'eau, les poissons, tout ça...).

Qui est contre ?

Tout d'abord, les gens. Près de 1,3 million d'Européens ont signé une pétition de Greenpeace demandant l'interdiction du glyphosate ; 8 Français sur 10 veulent qu'on l'interdise, un sujet qui a au moins le mérite d'obtenir un consensus auprès des Français quel que soient leurs orientations politiques.

Du côté des politiques justement, le consensus a du mal à arriver. Les députés Européens demandent une interdiction du glyphosate en utilisation non professionnelle dès le 15 décembre prochain. Bientôt le vote statuant de l'avenir de cet herbicide ne devrait pas statuer en faveur de Monsanto, les États membres de l'union européenne semblent être plus à l'écoute des populations.

En France, le Premier ministre Édouard Philippe a préféré décider d'interdire le glyphosate d'ici à 2022. Nicolas Hulot, le ministre de la transition écologique, a proposé un renouvellement limité à trois ans, le temps de laisser les agriculteurs se retourner (faudrait quand même pas les mettre sur la paille, mouarf !) et aussi d'étudier les autres alternatives.

Et dans le reste du monde : Malte serait le premier pays européen à avoir interdit le glyphosate ; d'autres pays ont suivi, le Danemark, la Suède ou encore les Pays-Bas. Ailleurs, des mouvements citoyens se regroupent pour manifester contre l'utilisation du glyphosate comme aux États-Unis.

Qui est pour ?

Les agriculteurs. Non pas qu'ils veulent nous cancériser, mais pour une agriculture de masse, cet herbicide est ce qui se fait de plus efficace. Voilà que les agriculteurs vont encore être les victimes du système. Pour eux, il n'y a tout simplement pas d'alternative aussi efficace et bon marché.

Et puis Monsanto bien sûr. Bien que l'Europe ne constitue pas le gros du chiffre d'affaire concernant la vente du Roundup ( le « r » tout ça...) non seulement ce n'est pas une part négligeable, mais la contestation de ce produit se répand dans le reste du monde, y compris aux États-Unis. Pour protéger ses intérêts financiers et pour ne pas être accusé de rendre les gens cancéreux, voilà qu'arrive cette affaire des « Monsanto Papers ».

Explication : Suite au rapport du Circ , Monsanto a demandé une autre étude censée être indépendante. Par bonheur, cette seconde étude conclut qu'il est « peu probable que le glyphosate induise un risque cancérogène pour les humains ». Une bonne nouvelle pour Monsanto...

à moins que...

l'été dernier, un ensemble de mails internes à la firme a révélé que Monsanto a cherché à influencer les médias et la recherche scientifique afin de minimiser ou nier la toxicité du Roundup. Ils s'y sont pris grâce à une société de conseil Intertek qui a mené l'étude et dont Monsanto a affirmé qu'elle n'était pas intervenue. Mais ces mails internes ont prouvé le contraire. Non seulement Monsanto a influencé l'étude, mais des salariés ont participé à la rédaction de cette étude.

C'est une terrible erreur de la part de Monsanto, les études n'ont pas révélé un réel risque, même si l'Union Européenne préfère appliquer le principe de précaution, le temps de poursuivre les analyses, le glyphosate pourrait revenir, mais le fait qu'un puissant lobby utilise des procédés douteux ne fera que renforcer la suspicion auprès des gouvernements et des consommateurs. Une preuve que même les lobbies ne peuvent avoir un contrôle total sur la circulation de leurs propres informations. Il y a toujours des risques de fuite.

Finalement on en est où ?

Mercredi 25 octobre, la commission européenne devait se prononcer sur le renouvellement ou non de l'autorisation du glyphosate pour dix ans. Pourtant, ce vote est reporté au 9 novembre car il n'y a pas eu de majorité requise (65% et seulement 52% mercredi). Ce vote doit avoir lieu car la licence d'utilisation du glyphosate arrive à son terme le 15 décembre. Pour la France en tout cas, le glyphosate ne devrait plus être utilisé d'ici 2022, le temps de trouver d'autres moyens.

Avons-nous un risque sanitaire aussi grave qu'avec l'amiante ? Certes le glyphosate est moins dangereux, mais il touche une plus grande partie de la population, là où l'amiante touchait principalement les ouvriers de chantiers.

Y a-t-il des alternatives ?

Si l'on cherche une alternative équivalente au glyphosate, les études sont formelles, il n'y en a pas. Comprenez qu'il n'y a pas d'autre molécule aussi efficace. D'autres produits ont été proposés comme l'herbicide BastaF1 qui a dû être retiré car il présente des risques aussi.

Il reste alors le désherbage mécanique ou à la main, mais jugé par les agriculteurs trop couteux et moins efficace.

Une solution intéressante pourrait être de combiner différentes méthodes : désherbage manuel ou mécanique, méthodes préventives, rotations de cultures, pratiques agronomiques, utilisation de produits autorisés en bio, etc. Mais ces approches sont encore en minorités car elles supposent concrètement un changement presque radical des modèles agricoles productiviste qui dominent dans les pays développés. Mais puisque des pays comme le Danemark où les Pays-bas et bientôt la France interdisent le glyphosate, c'est bien la preuve qu'il y a des alternatives au « tout-herbicide » efficaces.

Les alternatives du consommateur

Bon comme j'arrive à la fin, c'est le moment de mon petit paragraphe écolo : genre manger bio...moins de produits de grande distribution...les circuits courts c'est bien...laissez les abeilles tranquilles...

Cette histoire de glyphosate est peut-être notre porte d'entrée vers une réflexion plus profonde sur les alternatives à nos modes de consommation. Ne pourrait-on pas essayer de manger moins de viandes, plus de produits bio et enfin plus de produits acheté en circuit court. Changer son mode de consommation n'est pas facile, c'est presque le bouleversement de tout un mode de vie. C'est comme par exemple arrêter d'aller faire ses courses en magasin, acheter ses produits en ligne et aller les chercher au drive. Au début, on galère.

Nous savons qu'il faut de toute façon changer nos modes de consommations, pour préserver la planète ; ce n'est même plus à prouver. Ceux qui refusent sont ceux qui ne veulent pas perdre leurs conforts et leurs habitudes. C'est normal, nous entrons dans une période de transition sur plusieurs niveaux (énergétiques, écologiques et de consommation), elle ne va pas être simple, mais nécessaire. Dans le pire des cas, nous pourrons compter sur les enseignes de grande distribution qui, comme pour le bio, se mettrons à produire plus de made in France et plus de produits en circuit court, moins cher, et de moins bonne qualité forcément, mais au moins le changement arrivera quand même.

Voici des articles bien meilleurs que le mien sur le sujet, pour en savoir plus :

- glyphosate les clés du débat

- moi, Vincent, agriculteur et utilisateur du glyphosate

- Un herbicide, présenté comme une alternative au glyphosate, retiré du marché français

- Huit Français sur dix estiment qu'il faut interdire le glyphosate

- Glyphosate: Nicolas Hulot promet "d'associer le monde agricole"

Le meilleur pour la fin, un site qui défend bec et ongle le glyphosate :

http://www.glyphosateeu.fr/accueil

 

Voilà, maintenant il faut que je cherche comment faire ce fichu « r » entouré...

Vincent Marianini

 

 

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