La transition écologique, une réelle opportunité économique

Alors que François de Rugy vient de remplacer Nicolas Hulot à la tête du ministère de la Transition écologique, les initiatives visant à favoriser les investissements dans l'économie verte se multiplient.

« Je crois depuis toujours que l'on peut faire marcher main dans la main écologie et économie. Cela doit être l'objectif » affirmait François de Rugy sur l'antenne de France Inter le 5 septembre. L'une de ses premières prises de parole publique en tant que nouveau ministre de la Transition écologique, et le symbole fort d'une volonté parfois controversée d'allier capitalisme et écologie.

L'économie au service de l'écologie

« Je lis à la une de certains journaux qu'il est impossible de faire de l'écologie avec l'économie de marché. (…) Si on croit qu’on ne peut pas les faire converger, alors on attend le grand soir, on attend une révolution » a regretté le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire.

En réalité, et comme l'a d'ailleurs rappelé le nouveau ministre, cette alliance est déjà effective. Ce nouveau secteur, que l'on a dénommé comme « économie verte », définie par l'ONU comme l'ensemble des activités « entraînant une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources » représente déjà en France plus de 4 millions d'emplois.

Cependant, les investissements restent insuffisants pour remplir les objectifs ambitieux fixés dans la loi de transition énergétique, ou même lors de la COP21 à Paris. C'est ce qu'ont tenté de rappeler les près de 10 000 signataires d'une tribune parue le 4 septembre dans les colonnes d'Alternatives économiques.

L'Etat français au centre du jeu

Mis en avant par de grands noms de la politique comme Benoit Hamon, Delphine Batho, mais aussi par des universitaires ou associatifs influents, l'appel exhorte le gouvernement à « lancer d’urgence un grand programme d’investissement public en faveur de la transition écologique et bas carbone, dont le montant serait isolé du déficit budgétaire ». Citant une étude réalisée par le groupe de recherche I4CE, le texte rappelle que pour atteindre les objectifs de réduction de 5% par an d’émissions de gaz à effet de serre, un investissement global d'entre 45 et 75 milliards d'euros serait nécessaire. « Aujourd’hui, nous ne dépensons que 31 milliards d’euros répartis à parts égales entre ménages, entreprises et acteurs publics : le compte n’y est pas » regrettent les signataires.

Outre un engagement financier significatif, l'Etat français doit en effet, et c'est un objectif affiché de François de Rugy, tout mettre en œuvre pour pousser les investisseurs privés à rentrer dans la partie. Il s'agit donc de faire preuve de pédagogie, mais également de mettre en valeur, de manière très pragmatique, la réalité des opportunités économiques de l’économie verte.

Les retombées issues d'investissements dans ce secteur à forte valeur ajoutée, innovant et en expansion à travers le monde entier pourraient devenir colossales. Selon un rapport publié début septembre 2018, par la Commission mondiale pour l’économie et le climat, l'économie verte représentera en 2030 près de 26 000 milliards de dollars de gains potentiels.

Des chiffres prometteurs concernant l'économie verte

Une opportunité donc, pour les grands groupes comme pour les petits ménages, de prendre part à ce qui constituera sûrement une nouvelle ère économique, et un nouveau modèle d'investissement.

La mise en place et le succès rapide des green bonds, est un bel exemple des possibilités de la « finance verte ». La France occupe d'ailleurs la troisième place mondiale pour ces emprunts obligataires à destination de projets écologiques. « Dix ans après la première émission d’obligations vertes, ce marché de la finance verte est devenu particulièrement dynamique. Et ce, grâce aux entreprises qui se sont engagées dans la lutte contre le changement climatique, notamment dans les domaines du transport, du bâtiment et, surtout, de l’énergie » observe Xavier Girre, directeur exécutif en charge de la direction financière groupe chez EDF. Un système qui se développe peu à peu, adopté par plusieurs pays comme les Fidji, la Pologne ou encore l'Indonésie.

Le cabinet d’étude Moody's estime à 76 milliards de dollars les investissements collectés à travers le monde grâce à ces obligations. Le ministère de l'écologie a également décidé, en juin dernier, d'étendre le label Transition énergétique et écologique pour le climat aux fonds immobiliers. Une initiative qui devrait permettre d’accélérer la rénovation énergétique des bâtiments français, priorité du ministère.

Alors que de nombreux observateurs décrivaient Nicolas Hulot comme détaché des enjeux économiques, le nouveau ministre de la Transition écologique semble vouloir faire de cette alliance cruciale le point de départ d'une politique ambitieuse, visant à intégrer la finance à l'écologie. Reste à savoir quelles mesures concrètes seront prises pour encourager les investissements, et quels moyens seront débloqués pour mener à bien cette politique.

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