Comment diviser par 2 nos émissions de CO2 ? En viralisant la question pour commencer

(Im)poser le problème de notre temps, suite. Pour nous sauver du désastre climatique, retour sur la stratégie des questions-qui-tuent, et interview imaginaire à l'appui.

Comme quoi tout est affaire de mots. Certains amis n'ont pas bien perçu l'apport stratégique du billet (Im)poser le problème de notre temps. Comme ce sont des personnes intelligentes, j'en déduis que je me suis mal exprimé. Non, ce n'était pas le contenu qui importait. Oui, je sais qu'il n'y a rien de révolutionnaire à dire : "pour nous éviter de très très gros ennuis, il faut limiter le réchauffement à +1,5 degré. Pour cela, il faut réduire nos émissions de CO2 de moitié d'ici 2030, et il faut commencer dès maintenant." Rien de bien original, puisque c'est le GIEC qui l'affirme, dans son dernier rapport de 2018. La nouveauté réside, me semble-t-il, dans la manière de poser, d'imposer le problème à nos responsables politiques, mais aussi aux grands acteurs économiques et à la société civile.

Repartons du constat qu'il n'y a pas de bonnes réponses à une question non ou mal posée. Tant que nous n'aurons pas un objectif général fermement enraciné dans le débat public, soit la nécessaire réduction de moitié des émissions en 10 ans, nous ne sortirons pas des discours vagues et des propositions dispersées par secteurs, à mille lieues de l'enjeu : quelques mesures/millions par ci pour les mobilités douces, quelques annonces par là pour la rénovation énergétique des bâtiments, etc... sans aucune évaluation possible des progrès accomplis en direction du grand but. Bref, pour mesurer l'efficacité des réponses apportées, il faut imposer ce cap, ce sommet à atteindre, par une série de questions-qui-tuent, qui acculent, empêchent toute esquive, dérobade, noyade de poisson et autre bottage en touche habituel.

Pournoussauver#10anspourdiviserpar2lesémissions#Quelplan?

Cela demeure abstrait ? Alors imaginons l'interview-type suivante, où chaque journaliste poserait cet enchaînement de questions à chacun de ses invités :

Le/la journaliste : "Reconnaissez-vous la validité des travaux du GIEC ?

Le/la responsable politique : - Oui, bien évidemment ! (C'est notre chance. Nous ne sommes pas aux États-Unis, avec un climato-sceptique à la tête du pays. L'ensemble de notre classe politique accepte les conclusions du GIEC.)

Le/la journaliste : - Bien. Donc vous êtes d'accord quand le GIEC nous dit que nous devons limiter le réchauffement à +1,5°C si nous voulons éviter des conséquences dramatiques pour la planète et nous-mêmes ?"

Le/la responsable politique, embarrassé(e), flairant la question-piège : - Euh oui, tout à fait. Nous l'avons même reconnu dans les engagements de l'accord de Paris.

Le/la journaliste : - Êtes-vous aussi d'accord avec le GIEC lorsqu'il affirme que pour limiter le réchauffement à +1,5°C, il nous faut diviser par deux nos émissions de CO2 d'ici 2030, et commencer dès maintenant ?

Le/la responsable politique, sentant le piège se refermer : - Si le GIEC le dit, cela doit être vrai, nous acceptons les conclusions du GIEC, je vous l'ai déjà dit. 

Le/la Journaliste : - Alors je vous pose la question suivante : "Quel est votre plan pour réduire les émissions de CO2 de moitié en 10 ans, puisque vous venez de reconnaitre que c'est le seul moyen d'éviter des désastres humains et écologiques incalculables ?

Le/la responsable politique, sans aucun plan dans sa manche, ni nulle part d'ailleurs : - Eh bien nous y travaillons, mais cela doit être l'affaire de tous, et nous allons engager une vaste réflexion avec la société civile, les ONG et tous ceux prêts à nous aider pour répondre à ce défi colossal, sans précédent dans l'histoire de l'humanité blablabla...

Le/la Journaliste, pugnace : - Très bien. Donc à ce jour, nous sommes bien d'accord, vous n'avez aucun plan pour atteindre cet objectif de réduction de 50% des émissions en 10 ans. Nous vous reposerons donc la question lors de notre prochaine rencontre. Je vous remercie."  

Bien évidemment tout cela suppose un monde médiatique idéal, où les journalistes poseraient les questions qui fâchent, puis les reposeraient encore et encore, jusqu'à obtenir des réponses valables. Soit. Alors nous pourrions aussi TOUS nous mettre à tweeter ou facebooker :

Pournoussauver#10anspourdiviserpar2lesémissions#Quelplan?

Ou si vous avez de meilleures idées de formulation, proposez, participez. C'est le lieu !

 

 

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