Au 9ème jour de confinement : conversion

Après sa « Révolution », le chef de l’État opère sa conversion. Les voies du Seigneur sont impénétrables. Pareil à Paul de Tarse sur son chemin de Damas, Saint Macron alias Frère Emmanuel a recouvré la vue. Bientôt, prophétise-t-il, après les masques et les tests de dépistage, les écluses du ciel s’ouvriront et déverseront la céleste manne sur les hôpitaux et les personnels soignants.

Après sa « Révolution », le chef de l’État opère sa conversion. Les voies du Seigneur sont impénétrables. Pareil à Paul de Tarse sur son chemin de Damas, Saint Macron alias Frère Emmanuel a recouvré la vue. Bientôt, prophétise-t-il, après les masques et les tests de dépistage, les écluses du ciel s’ouvriront et déverseront la céleste manne sur les hôpitaux et les personnels soignants.

Serions-nous face à l’événement d’une authentique conversion, de celle qui vous vaudrait le tribunal suprême de la Signature apostolique avec un procès en béatification voire en canonisation ? Ne nous emballons pas, probablement dans ce dernier cas faudrait-il aller un peu plus loin, et compter quelques bonnes œuvres de surcroît.  

Ou alors aurions-nous affaire aux conséquences du syndrome coronaviral, nom de code Covid 19, en la personne d’un mutant ?

Quoiqu’il en soit, nous en acceptons volontiers l’augure. Il n’est pas si surprenant tout compte fait qu’une conjoncture inattendue nourrisse des événements exceptionnels ou miraculeux, et que le théâtre tragique de la crise mette en scène d’imprévisibles scénarios qui présagent de dénouements opportuns. L’action du virus aurait ainsi la vertu de révéler les faillites et les vilenies, et par là-même d’appeler l’esprit de l’homme à un degré supérieur de réalisation.

Ça va pleuvoir dru le crédit budgétaire ! Réjouissons-nous, ne boudons pas notre plaisir en cédant aux défaitistes, des Saint Thomas ceux-là, qui ne croient qu’à ce qu’ils voient, des chats échaudés qui craignent l’eau froide et disent vouloir s’en tenir au sonnant et trébuchant ! Non, tout homme est capable de venir à résipiscence, de sortir de la Caverne pour embrasser la lumière du Bien et de la Vertu. Et puis il est entendu que le fils doive s’émanciper de la tutelle paternelle, « tuer le père », afin de suivre son propre chemin. Pour l’enfant de la Banque, c’est risquer de rompre avec ses mentors de la Finance et se rendre indigne à leurs yeux, prendre son bâton de missionnaire pour un nouveau pèlerinage, et oser pousser plus loin que les Chès maqueux d’gueugues de son enfance picarde. Tout un programme ; arpenter les couloirs des usines avec sur le dos le bleu de travail qu’avait endossé l’illustre Simone Weil avant de peindre le tableau de la condition ouvrière, fouler les sentiers bucoliques des forêts désertées qui abouchent les champs des exploitations agricoles sinistrées, un peu comme les médecins des quatre coins du pays rejoignent aujourd’hui le front des urgences de réanimation pour porter main forte aux infirmières, saintes parmi les saints ; épauler les enseignants aux fins de mieux comprendre les enjeux d’une refonte profonde du champ de l’éducation nationale et son corollaire des services sociaux…

Qu’il n’ait crainte notre converti, il ne sera pas tout seul, il va se faire plein de nouveaux amis, lui qui aime les accolades, on va lui faire plein de bisous et tout partout ! Quand ils verront se détacher du fond de l’horizon lointain de l’Élysée une silhouette bonhomme esquissant les contours du Petit Pauvre d’Assise, ils reconnaîtront un des leurs et lui ouvriront grand leurs bras. Il y aura là tous les bons François de France et de Navarre, adoubés par le François du Vatican - entre François on se reconnaît -, des Ruffin et Bégaudeau, parmi eux des Bernard et Frédéric flanqués des Rabbi et Rabah, des Manon et Clémentine, des Christine et Nathalie, même Arlette elle aura fait le déplacement pour serrer la paluche de la brebis égarée, et tant d’autres …, aussi Monique et Michel qui sont pas des charlots, et encore Alain, Anasse et l’autre Michel, qui effraie, oui, pour sûr ce dernier il en croira pas ses yeux, tout un aréopage, des bons vivants avec lesquels deviser au coin du feu le soir pour refaire le monde qui en a bien besoin.

Ainsi donc, comme il ne s’agit pas de s’arrêter en si bon chemin, il ne faut pas tarder à déboucher sur le chantier des écoles (« Te souvient-il de ces matins d’hiver, sur le chemin des écoliers, quand nos membres encore tout engourdis… »). Ici, faut se rendre à l’évidence, Jean-Michel y va pas faire l’affaire, on va lui proposer de mettre à profit ses congés, et pas qu’une semaine ! Non, on a le vent en poupe, alors soyons généreux bigre : Il peut prendre tous ses congés. Finalement, faisons plus simple et donnons lui congé.

 

Liste non exhaustive des pataphysiciens édulcorés : François Ruffin, François Bégaudeau, Bernard Friot, Frédéric Lordon,  Pierre Rabbi, Rabah Ameur Zaïmeche, Manon Aubry, Clémentine Autun, Christine Poupin, Nathalie Arthaud, Arlette Laguiller, Monique et Michel Pinçon-Charlot, Alain Badiou, Anasse Kazib et Michel Onfray. 

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