Petit vidéo de la promenade de la banderole RESF le lundi 25 août à Paris, banderole proclamant "Présidence de l'Union - Présidence des expulsions".
Je vous cite texto le rapport d'un militant, Richard, qui y était:
> Petit récit des aventures ubuesques engendrées par la politique
> imbécile du ministre de la rafle et du drapeau.
> Depuis que début juillet, le RESF a fait paraître dans Le Monde une
> publicité affirmant « Présidence de l'Union européenne, présidence des
> expulsions », nous promenons sur les lieux touristiques de la capitale
> une banderole de 20 mètres de long portant le même message.
> Notre-Dame, la Fontaine St-Michel, le Palais de Justice, Chatelet,
> l'Opéra, la place Vendôme, Beaubourg, Paris-Plage, La Villette, le
> Sacré-C¦ur ont ainsi été visités. Et puis parce que cela s'imposait
> pour conclure la saison, ce soir, les Champs-Elysées.
> On était donc une vingtaine hier, au haut des Champs. La banderole se
> déploie. On traverse l'avenue, dans un sens, puis cinquante mètre plus
> bas, dans l'autre. Les touristes interrogent, prennent les tracts et
> pour beaucoup nous encouragent.
> Halte devant Paris Store et Quick-burger occupés depuis 98 jours par
> leurs employés sans papiers, puis un peu plus bas, devant le
> Fouquet's. Deux symboles en cent mètres. Celui des travailleurs sans
> papiers, surexploités des années durant et qui, aujourd'hui, relèvent
> la tête et exigent que leur utilité sociale soit reconnue, que leurs
> droits de travailleurs soient respectés et que des papiers leur soient
> délivrés. Et, sur le trottoir d'en face, la brasserie de luxe où l'ami
> des milliardaires et des dictateurs a choisi d'entamer son
> quinquennat.
> Impossible en 2008, en France, de laisser souiller par des
> manifestations impures les lieux où se déroula la sainte cène selon
> Sarkozy : à peine la banderole impie se déployait-elle à la terrasse
> du Fouquet's que débarquaient de deux fourgons et de plusieurs
> voitures, toutes sirènes hurlant, une trentaine ou une quarantaine de
> policiers de tout poil, des petits, des grands, des gros et des
> maigres, des moustachus, des en civil et des conditionnés, tout un
> petit monde sous le commandement d'un chef qui se croyant peut-être
> encore le 14 juillet devant le dictateur El Assad, fait son show :
> ordres hurlés, grands gestes des bras, pantins qui tournent à droite,
> à gauche, s'alignent, font demi-tour. C'est guignol à la parade, les
> spectateurs sont navrés : il faut vraiment que la police n'ait rien à
> faire pour gaspiller ainsi ses moyens.
> Discussions, palabres, échanges grésillants avec la préfecture de
> police, on obtient 10 minutes pour se concerter et décider ce qu'on
> fait. Prise de parole à l'adresse des clients de la terrasse du
> Fouquet's et des passants et la banderole redémarre, escortée de sa
> chenille policière man¦uvrée par son dresseur hurlant et gesticulant.
> Une vingtaine de mètres plus loin, nouvel arrêt, nouvelles palabres.
> La police nous propose un deal : on plie la banderole et on se
> disperse, ou ils nous embarquent. On réfléchit, on hésite, on discute,
> on se concerte, faisant soviet devant Fouquet's. La tendance
> conciliatrice l'emporte : on s'en va. Mais à peine la banderole
> est-elle pliée qu'une douzaine de flics se jettent sur nous et après
> une vraie bousculade, l'arrachent. Police 1, RESF 0.
> Hurlements du chef, accompagnés de gestes obscènes : nous nous
> retrouvons au centre du cercle des poètes policiers disparus que le
> chef appelle « la bulle ». Pas question de sortir. Discussions,
> palabres : les chefs policiers proposent que nous nous dispersions par
> groupes de deux ou trois, la banderole étant restituée aux derniers
> qui partiront… Mais, quand nous ne sommes plus que quatre, changement
> de tableau : l'officier, un peu gêné, annonce que la banderole ne sera
> pas restituée. L'exact opposé de ce qu'il assurait trois minutes
> auparavant. Police parjure 2 RESF 0.
> Furieux mais maître de lui, un militant lui balance, droit dans les
> yeux : « Monsieur, vous êtes un enfoiré ». L'officier blêmit, on
> craint que ça tourne très mal. Il encaisse puis explique que l'enfoiré
> est celui qui a pris la décision de trahir la parole donnée, celui qui
> grésille dans le talkie et son supérieur, le Préfet de police. On est
> d'accord avec lui. Quelques instants plus tard, nous surprenons un
> officier des RG qui râle très fort au téléphone : « Ce n'est pas ce
> qui avait été dit, vous nous faites passer pour quoi ? ». Ainsi,
> l'opinion est alors unanime : le préfet de police est un enfoiré ou,
> en termes plus choisis, un félon.
> Affaire révélatrice à bien des égards : le Fouquet's sanctuarisé pour
> avoir été le théâtre du sacre de Sarkozy, utilisation (gaspillage !)
> des forces de police pour entraver la liberté d'expression et de
> manifestation et, pour finir mensonges médiocres qui déshonorent les
> policiers et ceux qui les commandent.
> L'histoire n'est pourtant pas finie. Alors qu'en partant un petit
> groupe repasse devant le Fouquet's, un homme en sort, les accoste. Il
> est avocat et saoudien, défenseur des droits de l'homme. Il a été
> impressionné par notre manifestation et, en gage d'amitié et d'estime,
> il nous invite à prendre un verre… au Fouquet's, et pas à la terrasse
> mais dans la cour intérieure, véritable petit havre où tout est
> beauté, luxe, calme et volupté. Est-il besoin de préciser que la tenue
> du manifestant RESF moyen détonne dans le cadre… On trinque donc, «
> aux droits de l'homme partout dans le monde ».
> Peu avant l'intervention des policiers, les vigiles du Fouquet's
> étaient eux aussi sortis. L'un d'eux, robuste gaillard à la tête rasé
> m'interpelle « Vous étiez mon prof à Châtenay-Malabry ». Je l'engueule
> amicalement de s'être mis en situation de ne pas tolérer une
> manifestation qu'il devrait chaleureusement approuver s'il avait
> parfaitement suivi mes cours. Une fois dans la place, je demande à le
> voir au jeune homme qui fait le service. Un quart d'heure après arrive
> le responsable de la sécurité qui explique que « Bruno a
> malheureusement fini son service » mais que, pour nous remercier de
> n'être pas resté trop longtemps, la direction du Fouquet's nous
> invite. Police 2, RESF 1. Notre hôte saoudien, président d'une
> association de juristes luttant pour les droits de l'Homme, double l'
> invitation. Remettez-nous ça la patronne au Fouquet's.
> Quand nous quittons l'établissement, un peu pompette, les policiers
> sont toujours en faction dans leur car. Nous allons les voir pour leur
> raconter notre soirée pendant qu'ils tournaient dans le Désert des
> Tartares un soir d'été. Leurs mimiques disent qu'ils partagent notre
> opinion sur certaines des conneries qu'on leur fait faire. Police 2,
> RESF 2.
> Coup de téléphone à la préfecture de police ce matin : "si on vous a
> promis que la banderole ne serait pas confisquée, elle vous sera
> restituée" et, de fait, cet après-midi un fonctionnaire de police se
> rendait au domicile d'une militante RESF pour lui restituer l'objet,
> sans l'avoir toutefois repassé. Police 2, RESF 3.
> Richard