1000 articles sur Ze Rhubarbe Blog.

Un millier d’articles publiés sur ce blog depuis août 2008. Un chiffre bien rond et prétexte idéal pour un méta-article nombriliste.

En 2008 Facebook et Twitter n’avaient que deux ans d’activité grand public, Médiapart se lançait (et ce blog débutait sur la plateforme « Club » de Médiapart »), le marché financier se crashait, Sarko nous faisait (un peu) marrer, Obama devenait le premier Président noir des USA et le LHC démarrait sans pour autant créer de trou noir ni de fin du monde. Bref, les sujets ne manquaient pas.

Il y a aujourd’hui de l’ordre de un milliard de blogs sur l’Internet mondial, sous diverses formes allant du microblog type Facebook aux plateformes type Tumbler et WordPress. Même si la majorité des blogs sont plus morts que vivants, peu ou pas mis à jour, ces plateformes publient des millions de nouveaux billets et articles chaque semaine.

De la spécialisation.

La doxa du blogging insiste sur la spécialisation, seule manière de se différentier et de s’attacher un public particulièrement intéressé par ce en quoi vous êtes spécialiste. Comme dans la vie et le savoir en général, la spécialisation mène à l’expertise et à la reconnaissance sociale / professionnelle / académique mais, hors sans doute quelques esprits particulièrement larges, elle mène en même temps à une compréhension très parcellaire du monde. On voit tout par son petit bout de la lorgnette, via le prisme de sa propre spécialité de plus en plus cadrée et réduite à une connaissance aussi profonde qu’étroite et, surtout, marchandisable.

Ce blog, évidemment, fait le pari contraire mais en paie aussi les conséquences: peu spécialisé donc mauvais référencement donc peu de visibilité donc peu de trafic. Sans parler d’une possible mise à l’index pour association complotiste vu la teneur politiquement incorrecte de certains articles!

Un autre problème auquel je ne trouve pas de solution est la disparition du radar de 95% des articles: on peut voir, au maximum, une cinquantaine de titres d’articles en scrollant la page. Tous les autres, aujourd’hui les 950 autres, disparaissent dans un vaste trou noir d’où certains ne ressortent, très occasionnellement, que du fait d’une recherche ayant pointé vers un article enfoui sous la pile de ses successeurs.

De la diversité thématique.

Ajoutant à la diversité, la reconstitution d’un espace mettant en avant mon activité photographique (1), parfois liée aux thèmes du blog. Le visiteur occasionnel pourrait trouver déroutant ce mélange des genres et se dire que quelqu’un qui fait un peu de tout ne peut rien faire de bien. Et il aurait sans doute objectivement raison mais le but n’est pas de faire « bien » au sens spécialiste du terme, justement, mais de faire le pari de la boîte de chocolats chère à Forrest Gump: en l’ouvrant on ne sait jamais sur quoi l’on va tomber.

Comptant quelques 1000 à 1200 mots par article, cela nous fait un bon million de mots. Un roman faisant traditionnellement de l’ordre de 100 000 mots j’aurais pu écrire dix romans plutôt que tenir ce blog. Mais il n’est sûr que l’exercice se soit révélé plus intéressant, et puis il n’est jamais trop tard pour essayer.

A peu près tous les articles à caractère socio-politique écrits au début de cette aventure pourraient être facilement reconditionnés et republiés à la date actuelle, en changeant quelques noms, quelques chiffres et en mettant en sous-titre « le même, en pire ». Jeu de mots qui ne sera pas perdu pour les lecteurs et lectrices des articles les plus récents (2).

Mais sont également apparus, au fil du temps, des sujets aujourd’hui de première importance: la problématique écologique mondiale (3), la pré-éminence de la Chine et la restructuration géopolitique du monde qui en découle (4), et l’avènement de l’intelligence artificielle aux mains de l’oligopole des GAFAM et de certains Etats (5).

En physique, cosmologie et anthropologie c’est encore plus dynamique: les remises en question, nouvelles découvertes et hypothèses dignes de Lewis Carroll se précipitent à un rythme plus que soutenu (6). Le cantique du quantique ne sait plus à quel saint se vouer (7). L’univers ne sait pas s’il est à moitié vite ou à moitié plein, ni même s’il existe réellement (8). L’homme ancien n’est plus ce qu’il était: d’un point de départ d’une évolution linéaire récente il s’est transformé en une histoire pleine de zigzags, d’apparitions fantomatiques et de qualités insoupçonnées (9).

Dans les sciences dites « de la vie », malgré une corruption endémique (10), beaucoup de science de pacotille et la domination absolue de la course au profit (11), cette période a vu l’intégration de l’épigénétique dans la boîte à outils des biologistes, apportant une bien meilleure compréhension du fonctionnement du vivant (12).

De la lutte des classes à la lutte des castes.

La complexité est sans doute le maître-mot de toute cette évolution sociale, économique et politique: nous vivons au sein de systèmes de plus en plus complexes, pétris d’interdépendances mais dominés par une caste, extraordinairement riche et idéologiquement puissante (13), qui ne laisse d’autre choix qu’elle-même ou la menace du chaos. De « L’Etat Prédateur » de James Galbraith (14) sorti en 2008 à « Crépuscule » de Juan Branco (15) sorti cette année en pleine révolte des Gilets jaunes, nous sommes passés de l’influence acquise par la caste sur les leviers du pouvoir à l’installation directe de cette caste au poste de commande (16).

J’ignore si dans dix ans les blogs non validés par « l’autorité », quelle qu’elle soit alors, seront encore accessibles. J’ignore si ce blog arrivera un jour à la barre des deux mille articles mais ce n’est pas la matière qui risque de manquer. Même si elle est sombre.

Vincent Verschoore, le 11 juin 2019.

 

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