Relire Romain Rolland ?

En évoquant sa première rencontre avec l'écrivain, Stefan Zweig disait : "Au premier coup d'oeil, je reconnus en lui...l'homme qui, à l'heure décisive, serait la conscience de l'Europe."

Aujourd'hui, on peut affirmer que l'oeuvre (considérable) de Romain Rolland est au purgatoire sinon qu'elle est partiellement tombée dans l'oubli...

Né à Clamecy cinq ans avant la Commune, et mort à Vezelay en 1944, normalien, agrégé , docteur ès lettres, il a connu de son vivant une grande notoriété, qui lui valut le prix Nobel de littérature en 1915.

Son roman-fleuve, Jean-Christophe*, publié de 1904 à 1912, a été un grand succès. Son héros (Jean-Christophe Krafft) était un musicien allemand qui prônait la complémentarité entre la France et l'Allemagne. Il est aussi homme de théâtre et a beaucoup écrit sur la Révolution française, du Quatorze Juillet à Valmy.

Après la Grande guerre, il s'est distingué par ses prises de position pacifistes et son "compagnonnage de route" avec le Parti communiste.

En 1923, il a fondé la revue Europe qui a contribué à diffuser les idées progressistes et à combattre le fascisme rampant qui s'était emparé, enrobé dans le nationalisme, de toute l'intelligentsia de droite...

Au-dessus de la mêlée, L'âme enchantée, Le voyage intérieur ainsi qu'une abondante correspondance avec son ami Stefan Zweig, en font un auteur important, qui a été un phare pour plusieurs générations.

Il a été le premier à vouloir s'engager pour la construction d'une Europe culturelle et on retrouve son influence chez les premiers résistants à l'occupation nazie, notamment avec Berty Albrecht, Danielle Casanova, Emmanuel Mounier et Henri Frenay...

Romain Rolland, dont le message universaliste me semble bien rejoindre le rêve communeux, est le véritable pionnier de cette "Europe des peuples", démocratique et fraternelle, ce vieux continent où beauté pourrait rimer avec solidarité.

Mais en 2017, où est la "conscience européenne" ?

* 1500 pages, réédité par Albin-Michel

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