De Charybde en Scylla

Un sondage de l' IFOP publié dans le numéro 902 de l'hebdo "Marianne", est à la fois terrifiant et désespérant...

Placant Marine Le Pen en tête avec 26% des intentions de vote pour les futures présidentielles, il prévoit l'élimination au premier tour de tout candidat proposé par la gauche, Sarkozy (avec 25%) se qualifiant pour l'empoignade finale qu'il gagnerait à peu près certainement.

La gauche, toutes tendances confondues, totaliserait à peine 30% des intentions de vote, c'est à dire qu'elle réaliserait un des scores les plus faibles de notre histoire récente. "C'est une Berezina aux dimensions de l'embouchure de l'Amazone. C'est près d'un demi-siècle de reconstruction du Parti socialiste en France - le congrès d'Epinay date de 1971 - qui s'écroule en poussière. C'est la France qui devient l'homme malade de l'Occident" ...commente Jacques Juillard qui note par ailleurs que ni le Front de gauche ni l'écologie politique ne trouvent grâce aux yeux du corps électoral !

Je sais bien qu'il s'agit là d'un sondage et que les sondages n'ont d'autre  valeur que d'être une image instantanée de l'opinion. Mais les observateurs politiques de tout poil feraient bien d'analyser sérieusement cette lame de fond nationaliste  qui porte cette marée toxique susceptible de se transformer en tsunami.

Car le problème n'est ni institutionnel (la 6e République) ni véritablement programmatique (social-démocrate/social-libéral) mais européen.

Aujourd'hui, gauche et droite de gouvernement ne sont plus crédibles : elles sont toutes les deux européistes et provoquent un rejet massif de la population qui ne comprend pas pourquoi la Commission de Bruxelles (qu'elle n'a pas élue) impose et décide de tout.

Si Jean-Luc Mélenchon - qui dans ce désastre annoncé reste néanmoins un recours - pouvait à l'instar de son homologue grec, proposer une ligne d'action claire et simple pour moduler la "construction européenne" vers une coopération économique et sociale progressiste, le Front de gauche pourrait retrouver sa couleur initiale, le rouge.

Sinon, ce sera Sarkozy.

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