"J'veux du soleil !"

Pour bien commencer l'année, revenons sur ce qui restera de 2019 dans la mémoire du peuple français : l'émergence des Gilets Jaunes qui ont poussé comme du chiendent sur tous les ronds points de l'hexagone, ainsi que leurs cortèges joyeusement animés dans les grandes villes...

...et c'est en hommage à leur soixantième samedi que j'écris ce billet pour rappeler que François Ruffin et Gilles Perret les ont immortalisés dans un film documentaire, intitulé 'J'veux du soleil" à l'instar de la chanson-titre du groupe "Au P'tit Bonheur".

Ce tract audiovisuel bouleversant, qui va sans doute être "nominé" pour la prochaine compétition des Césars, est non seulement le road-movie de cette "France périphérique" qu'a décrite et analysée le géographe Christophe Guilluy, c'est aussi un matériau d'histoire incomparable dont la véracité ringardise tous les "reportages" des chaînes TV dites "d'informations continues"...

En effet le cinéaste-député François Ruffin ne s'est pas contenté de promener sa caméra comme l'aurait inévitablement fait un reporter à la recherche d'images insolites ou de situations exceptionnelles, il a simplement tourné le dos à ce voyeurisme touristique pour s'engager personnellement au dialogue avec les insurgés du 17 novembre 2018 qui se sont toutes et tous, distingués en portant le gilet jaune d'identification imposé pour les usagers de la route.

Cette quête des confidences et des revendications, qui fait inévitablement penser à celle qui a précédé les Etats Généraux de 1789, est une litanie de la douleur sociale et de la détresse humaine. Et elle est stupéfiante car elle concerne un pays qui est considéré comme étant une nation riche et pleine de ressources...comme vient de l'affirmer avec impudence le muscadin qu'elle a eu l'imprudence de porter à la présidence.

Filmé à l'emporte-pièce, trés bien monté (Cécile Dubois) sur le rythme des chansons de Charles Trénet, ce film est un pavé dans la mare de la bien-pensance bourgeoise et de l'égoïsme des classes possédantes : il marque le début d'une prise de conscience collective qui est en train de porter ses fruits avec le réveil salutaire des syndicats et le vaste mouvement de grèves depuis le 5 décembre 2019.

C'est pourquoi, aux images terrifiantes et douloureuses de la cathédrale Notre-Dame en flammes, j'opposerai le grand portrait de l'icône des Gilets Jaunes, Marcel, cet homme fraternel au visage buriné, qui veille sur l'un des ronds points de la colère, quelque part en France.

"J'veux du soleil dans ma mémoire"

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