Pique-nique sur les bords du Styx

Alors qu'un préfet de police arrogant vient de stigmatiser toutes celles et tous ceux qui se sont contaminés en ne respectant pas les consignes du confinement et qui encombrent les services de réanimation des hôpitaux, la France de la génération des années 20 et 30, captive dans les EPHAD, fait la queue pour monter dans la barque de Charon...

...et pendant ce temps là, le soleil printanier, neuf et généreux, inonde les villes, les villages et les campagnes de notre pays où règne un silence de mort. Néanmoins troublé par les aboiements des chiens et parfois agrémenté par le chant des oiseaux.

Voici venus le temps de la vie carcérale, le temps des vacances d'outre-tombe, le temps des randonnées dans les grands cimetières sous la Lune...

N'est-il pas véritablement aberrant que notre existence quotidienne, qui pourrait bénéficier de gigantesques progrès scientifiques et technologiques, soit mise entre parenthèses voire compromise par l'action délétère d'un virus microscopique ?

N'est-il pas invraisemblable que la totalité de la planète soit soudain paralysée par cet ennemi invisible ?

N'est-il pas profondément révoltant que l'économisme, la financiarisation et le productivisme, imposés à tout un chacun par les oligarchies mondiales, le club des milliardaires et les super-nantis de tout poil prennent tous ceux qu'ils exploitent en otages afin de pouvoir éradiquer la pandémie pour recommencer sans vergogne, la même politique basée sur la recherche du profit ?

Il est probable que nous allons assister à un gigantesque bras de fer entre le capitalisme d'Etat chinois et le capitalisme néolibéral américain, les autres pays se vassalisant à qui mieux mieux pour grappiller des miettes de croissance...y compris les membres d'une "Union européenne" qui est restée confinée aux abonnés absents.

Mais ce grand choc est assimilable à une collision avec un météorite : il devrait nous faire prendre conscience de l'impérieuse nécessité d'un changement radical de mode de vie, du système de la gestion collective, de la gouvernance politique.

Je propose cette formule, qui reste une idée neuve en Europe :

liberté, égalité, fraternité.

 

 

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