L'affrontement mémoriel communard/ communeux

Il s'agit évidemment de la juste mémoire de la Commune de Paris pour laquelle ce blog a été créé il y a douze ans et qui a induit mon essai historique "Les 72 Immortelles", lesquels ont été ignorés par un article d'expert publié en page Culture, comme si coexistaient deux journaux au sein de Mediapart, celui de la caste journalistique éclairée et celui des autres, les blogueurs analphabètes...

...car cette lutte sourde mais vive pour une restauration de la mémoire communeuse qui essaye de poindre et d'éclore dans un massif entièrement dominé par la mémoire communarde constitue le champ de bataille permanent où n'en finissent plus de se détruire, tous les courants de gauche !

C'est ce que j'ai tenté de montrer dans "La grande déchirure...", un essai sur le sabordage du socialisme français à Tours en 1920, avec la naissance du Parti Communiste français en rivalité permanente avec la SFIO puis avec un Parti dit "socialiste" pendant tout un siècle. Et ce complexe de la division est devenu la règle et un poison pour tous les opposants anti-capitalistes !

Il faut bien admettre aujourd'hui que les Partis politiques ne sont ni des bureaucraties ni des sectes. Et aussi que les groupuscules idéologiques ne sont ni des officines ni des commandos...alors, où se situe la lutte des classes ?

Car si Thiers a bien réussi à écraser la Commune, le mouvement d'émancipation prolétarienne s'est vu manipulé et canalisé par la bourgeoisie vers un activisme parlementariste qui ne lui rapportera que des miettes, il a d'autre part été récupéré par la bolchevisation de l'organisation militante d'une nouvelle Internationale, pilotée par la Russie soviétique.

Une structure verticale, pyramidale, dont tout débat démocratique est exclu ou falsifié par la pratique généralisée de l' autocritique

Afin de se référer à un symbole de l'émancipation des travailleurs, Lénine s'était inspiré de l'analyse marxiste de la Commune de Paris ; en publiant vingt ans après Arthur Arnould, un livre qui porte le même titre ("L'Etat et la Révolution") mais pas le même discours, le leader bolchevique donnait à son successeur une caution historique dont il saura profiter pour construire son autocratie criminelle, et Staline pourra ainsi recevoir en 1936 en grande pompe au kremlin, le citoyen Lejeune, désigné comme étant l'un des derniers combattants de la Commune.

Ce repère historique du stalinisme va induire une mémoire communarde ; paradoxe ! cet adjectif fort péjoratif avait pourtant été trouvé et pratiqué par les Versaillais, qui n'avaient de cesse de l'utiliser pour déverser des injures sur "la canaille insurgée".

Or cette "mémoire communarde" basée sur la puissance jacobine d'un pouvoir vertical, est très différente (et s'oppose même) à la "mémoire communeuse".

Je n'entrerai pas dans le maquis des citations ni ne souscrirai pas à la cuistrerie du jargon socio-historique afin d'être bien compris par toutes et par tous.

Le Conseil de la Commune, amalgame d'élus intellectuels et manuels issus de toutes les classes sociales, ne constitue pas une "dictature du prolétariat" ; il est une assemblée de mandataires délégués par les arrondissements et fonctionne comme un parlement. Il ne comporte aucun Président ni leader et toutes les décisions qu'il est amené à prendre sont collectives. Il n'y a aucune hiérarchisation du pouvoir communal qui publie chaque jour ses débats dans un Journal Officiel, lequel fait l'objet en soirée d'une lecture publique dans les Clubs rouges, qui est suivie d'une discussion critique et de motions que l'on déposera immédiatement au Conseil.

Il s'agit donc du fonctionnement d'une réelle démocratie participative, les lois et décrets étant conçus pour le peuple, à sa demande et sur sa volonté.

L'exécutif et le législatif sont confondus dans la même équipe, dans une structure d'administration horizontale, les ministères et directions des grands services étant gérés par des Commissions renouvelables dont les membres sont responsables de leurs actes devant les citoyens.

Il n'y a en conséquence ni Dieu ni Maître ni Gourou. Une gouvernance des Communs, au bénéfice de tous grâce au fédéralisme, qui permet aux arrondissements démunis de bénéficier des éléments ou de l'excédent des arrondissements trop bien nantis...

Ce communalisme socialiste est basé sur l'égalité et le souci absolu du bien commun, selon la règle d'une juste et équitable répartition.

Occupation par les ouvriers et autogestion des entreprises désertées par leurs propriétaires ! etc...

Sous les pavés, la vie !

Et la Culture devient un bien commun, "un luxe communal", comme l'a proclamé Courbet.

Horizon esquissé : une société sans exploitants ni exploités, autonome et libre, égalitaire et fraternelle, constituant un phalanstère érigé en classe de la conscience humaine. Jusqu'à "L'extase harmonique" (Rimbaud).

Tout cela a été raconté au jour le jour dans les "72 Immortelles" et j'y analyse tous les effets secondaires de cette ébauche d'un ordre libertaire en matière d'identité personnelle, d'éducation, de savoir-vivre et d'union libre, de convivialité, de fête, de sécurité, de croyance religieuse et philosophique, de curiosité scientifique, d'internationalisme, de fraternité, de bien-être et de poésie...sous l'intelligente et bienveillante influence d'une Commune-bis, celle de "l'Union des femmes pour la défense de Paris", qui est en quelque sorte la première marche d'une société patriarcale vers une parité civique réelle et reconnue.

Bref, la Commune de Paris de 1871 c'est l'imagination populaire au pouvoir !

"Le lien du désir à la réalité" (Foucault)

Jean A.Chérasse

Nb/ tant que les gauches n'auront pas pris acte du message prémonitoire de la Commune en refusant toute participation aux règles fixées par la république bourgeoise, elles seront reléguées à l'office de la domesticité et de la servitude.

Il faut donc écouter le message que nous ont adressé les lanceurs d'alerte de 1871 !

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