Dies irae ?

Au XIIIe sècle, cette "prose des morts", intégrée au corpus grégorien dans la messe de requiem, s'efforçait d'apaiser la colère de Dieu. Aujourd'hui, ce "jour de colère" est celui où le peuple exprime son refus d'être traité comme un troupeau de moutons...

...car il s'agit bien de cela avec ce projet technocratiquement scélérat de déconstruction du système des retraites que la bourgeoisie macronarde a l'intention d'imposer aux Françaises et aux Français, pour qui elle a les yeux de Panurge !

Mais cet immense ras-le-bol, qui se manifeste aujourd'hui, ne se résume pas à une contestation frontale de la "réforme" des retraites, il est sans aucun doute la réaction vitale du monde du travail, de la multitude des "atlantes et des cariatides qui supportent tout le poids humain" comme l'a si bien écrit Victor Hugo, aux décennies d'exploitation, de pressurisation, d'humiliations...que les classes dominantes font subir à tous ces exclus de la prospérité qui font néanmoins marcher la machine France.

Car le "mal-être" des classes populaires n'est pas un phénomène récent. Il devient insupportable fin 2019 parce qu'il est l'accumulation des impérities de la gouvernance bourgeoise depuis la Libération. Et ce ne sont pas les sept mois de Pierre Mendès-France et le tout début du règne de François Mitterrand où l'espérance du changement était vive, qui sont en mesure de contrebalancer la gestion partisane et comptable des intérêts de classe sinon la corruption masquée ou l'incompétence des politiciens cooptés à l'Elysée ou à Matignon.

L'héritage du gaullisme est fait du meilleur et du pire. Nous avons profité du meilleur avec la charte du CNR et l'extraordinaire élan des relevailles donné au pays par le gouvernement d'unité nationale de 1945 ; nous sommes astreints au pire depuis que la bourgeoisie d'affaires reconstituée grâce à la non épuration des affidés de Vichy, a réussi à accaparer le pouvoir politique qu'elle a subordonné au pouvoir de l'argent.

Ainsi la "République française" a glissé peu à peu vers la monarchie élective et l'autocratie, la démocrature.

Le 5 décembre 2019 marquera-t-il le début d'un requiem pour la bourgeoisie ?

L'affrontement est inévitable.

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