Silence, on pique !...

Alors que le pouvoir bourgeois continue à se fourvoyer dans la mise en oeuvre incertaine de sa politique de lutte contre la pandémie, j'ai retrouvé mon carnet des notes prises à Censier du 13 au 20 mai 1968, lors des riches heures de la Commune étudiante...

...ces propositions préliminaires pour une révolution culturelle annoncée déjà il y a plus d'un demi-siècle, devraient pouvoir nous vacciner contre l'intolérance, la bêtise et l'injustice. Mais aussi contre la résignation ou l'inertie. En voici quelques unes :

- toute lutte critique est politique ; la politique critique n'est ni courage ni débauche, elle est un simple devoir.

- que toute personne se laisse emporter par son enthousiasme, sans se sentir coupable, pour réapprendre le sens de l'humain.

- prendre dans ce qui existe tout ce qui est bon et qui a été défiguré. Tout peut s'expliquer à tous.

- on est jeune par l'esprit et non par l'âge.

- seule l'autonomie véritable permet la créativité. Toute création part d'une émotion vécue.

- être responsable et penser politiquement appartient à tous ; ce n'est pas le privilège d'une minorité "d'initiés".

- construire des milliers de parkings pour que les enfants puissent jouer aux billes dans les caniveaux.

- prendre le temps d'aimer et d'apprendre à aimer.

- sous la lutte des classes il y a fondamentalement une lutte pour le pouvoir.

- pour réapprendre à penser, sabordons-nous en tant qu'individus conditionnés par une classe.

- que le goût des fêtes nous revienne.

- seul l'éclatement de nos actuelles méthodes de pensée permettra de repenser un monde nouveau.

- à partir de la créativité de chacun une nouvelle culture et une nouvelle idéologie seront fondées. Le nouveau manifeste qui en sera l'émanation sera en fusion perpétuelle grâce à la contribution personnelle de chacun.

- personne ne peut accéder à l'autonomie sans avoir appris à marcher. Que ceux qui savent marcher apprennent d'abord comment l'enseigner. Que ceux qui savent marcher et enseigner l'apprennent aux autres.

- et tout cela simplement pour que l'homme puisse devenir lui-même !

Et comme le disaient les katangais de la Sorbonne :

"il faut péter le feu et cracher venin..."

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