Vive la Commune !

Afin d'apporter un complément d'information à l'excellent article d'Antoine Perraud intitulé "De la Commune aux gilets jaunes et vice et versa", voici quelques lumières sur mes deux livres "Les 72 Immortelles", publiés par les éditions du Croquant pour ouvrir la commémoration du cent-ciquantenaire de la Commune de Paris de 1871...Mais les avis de lecteurs seront les bienvenus !

Voici deux livres, offrant au total un bon millier de pages pour retracer l'héroïque saga des Communeuses et des Communeux, avec une restitution exacte des faits, des sentiments, des mentalités et des réflexions et aussi avec l'analyse historique, politique et philosophique de ce phosphène à nul autre pareil puisqu'il fut la seule tentative de promouvoir un ordre libertaire dans toute l'histoire de France.

Malgré sa présentation rigoureuse, qui respecte en tous points le protocole universitaire, l'irruption de cet essai historique a été soigneusement occultée par la grande presse et les médias bourgeois ( y compris, ce qui est ahurissant, par "Le Monde libertaire") alors que Louis Weber, l'éditeur, leur a adressé une lettre où il expliquait le choix de la coopérative d'édition du "Croquant" de publier cette nouvelle lecture de la Commune, dans la perspective du cent-cinquantenaire.

Car il s'agit bien d'une nouvelle lecture, ou plutôt d'un nouveau regard, après un XXe siècle qui a faussé les cartes et égaré la plupart des exégètes et commentateurs. Puis il y a eu aussi, l'intrusion anglo-saxonne dans l'historiographie des "72 Immortelles" (Tombs), qui a jeté le doute sur la répression en contestant notamment le nombre des victimes...

Je vais donc essayer de résumer l'originalité et l'importance de mon apport personnel :

1 - Partir d'une base indiscutable : établir une éphéméride nourrie par les archives et tous les vestiges signifiants afin de pouvoir examiner un corpus sensiblement conforme à la réalité historique en ne sous-estimant jamais les faits divers ainsi que la micro-histoire. 

2 - Etablir la responsabilité de l'Assemblée nationale de Bordeaux dans l'affaire des canons du 18 mars 1871 : c'est donc Versailles qui a initié la guerre civile, qui devait se terminer par le génocide des Communeux.

3 - Lors de la Semaine sanglante, 80% des incendies de Paris ont été provoqués par les obus à pétrole dont Thiers avait pu doter l'artillerie de Mac Mahon ; il les avait récupérés à la Pyrotechnie de Bourges en les faisant venir à Versailles par voie ferrée (correspondances des cheminots qui travaillaient pour la ligne Paris-Orléans). Il n'y a donc pas eu de "pétroleuses" avec leurs pots à lait !

4 - L'essentiel de la richesse du débat d'idées communeux se trouve dans les archives des Clubs rouges et non pas dans le pseudo-parlementarisme convenu et obsolète des séances du Conseil de la Commune.

5 - C'est la minorité de ce Conseil, et notamment Arthur Arnould (auteur du livre fondamental "L'état et la évolution") qui constituent le fer de lance libertaire de cette révolution communaliste qui a le mérite de prolonger le grand souffle émancipateur de 1793 en l'orientant vers une république sociale et fraternelle, qui serait pilotée par la gouvernance collective d'une classe de la conscience humaine, résultat de l'amalgame des travailleurs intellectuels et manuels.

6 - Grâce à mes archives familiales, j'ai pu montrer comment avait fonctionné dans le cadre d'un ordre libertaire , la manufacture des tabacs Reuilly-Diderot, qui employait une centaine d'ouvrières. L'économie autogestionnaire. De même que j'ai souligné le rôle essentiel joué par la photographie dans l'identification populaire...

La Commune ce fut le premier pas vers une"Anarchie positive", selon la belle formule oxymorique de Proudhon. Mais sous l'impulsion d'Adolphe Thiers ("le nain sanglant"),  la République française a malheureusement choisi une autre voie : celle que lui ont dictée les classes dominantes, la république bourgeoise et conservatrice.

Vive le temps des "72 Immortelles" !

Jean A.Chérasse

 

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