Liberticide ?

Le faux débat sur les raisons pour lesquelles il faut ou il ne faut pas aller manifester contre l'islamophobie tout en signant ou en ne signant pas la tribune publiée par Libération qui appelle à ce cortège est à proprement parler ahurissant ...

...car si la quasi totalité des intervenants est naturellement hostile à toute parole de discrimination islamophobe qui risque de jeter l'opprobre sur une bonne partie de nos concitoyens, il est absurde de pointer comme étant liberticides les lois de 1905 établissant la valeur majeure de la République qu'est l'instauration de la laïcité.

Un principe garantissant à toute citoyenne et à tout citoyen la liberté religieuse en adoptant la foi de son choix : cette tolérance de la liberté spirituelle fonde la règle principale de l'harmonie sociétale et ne saurait être remise en cause.

Il faut aussi savoir respecter le libre arbitre de celles et de ceux qui refusent tout Dieu et tout maître !

Pourtant, si le mot liberticide a été inventé par Babeuf en 1791 afin de protester contre certains vestiges de la féodalité survivant au psychodrame de la nuit du 4 août (on le trouve dans une lettre qu'il adressait à Jacques-Michel Coupé), son sens ne fera que s'affiner tout au long du XIXe siècle avec l'émergence et le développement du capitalisme.

Car la raison de l'existence du capitalisme est l'aliénation des hommes, leur exploitation, une raison pour les priver de la liberté de vivre...

Aussi comment revendiquer une "liberté sans rivages"* lorsque le paradigme carcéral découle de l'ensemble des pratiques économiques et des morales sociales imposées par les classes dominantes ?

Jules Vallès et les Communeux avaient tout à fait raison lorsqu'ils dénonçaient la "république des Jules, celle des faux-semblants", le régime-souche des IIIe , IVe et de notre Ve République.

Aujourd'hui où on veut tourner le dos à un passé qui ne cesse de nous interroger, on s'accroche encore à des arguties sémantiques afin de justifier notre lâcheté... ou notre résignation.

Il faut avoir le courage de réinventer un autre espace de vie, de pensée, de discours...

Communalisme j'écris ton nom liberté.

* Jules Vallès

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